‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 34 sur 95 · BRETONNEAU A MME CONSTANT DUMERIL · texte numérisé non relu

BRETONNEAU A MME CONSTANT DUMERIL

vous aviez la bonté de m' adresser , que les pensées les plus sinistres entrèrent à la fois dans mon âme : c'est de Mme Duméril ! mon Dieu, mon ami est . malade... Non, c'est un de ses enfants. Oh ! certainement, il n'y a pas de malades qui puissent me retenir ;' je pars ce soir. Mon effroi gagnait ma femme. M. de Villeneuve, qui était chez nous, conservait seul un peu de sang -froid et cherchait à me rassurer : « Remettez -vous, lisez; le mal « n'est peut-être pas si grand. » Quel bon conseil ! que votre lettre , Madame , était propre à calmer le trouble dans lequel elle m'avait jeté ! le ménagement avec lequel vous traitiez le coupable était bien propre à augmenter ses remords ; mais, je vous l'avouerai, j'étais si heureux, que j'échappais presque entièrement au sentiment de la honte dont je devais être pénétré. Mon ami n'avait qu'un peu de rhume , mais point de vilaine toux ; vos aimables enfants se portaient bien. Mme Delaroche, après une indisposition de peu de durée, était beaucoup mieux. J'étais rassuré par tous les mots de votre lettre, qui avaient pu m'alarmer au moment où je voulais la deviner tout entière. Que je suis touché de la bienveillance qui règne dans toute cette lettre de la femme de mon meilleur ami ! J'éprouve bien vivement, en la recevant, le besoin de vous témoigner ma reconnaissance. Comment ai -je pu avoir de nouveaux torts? Pour cette fois, j'en ai d'autant plus de honte que j'ai plus de peine à le comprendre. Car, il le faut avouer, mes malades se sont comportés à ma très grande satisfaction. La jeune femme même qui avait une fièvre maligne est en parfaite convalescence. Je n'ai pas visité une seule fois mes ruches. On a eu bien de la peine à me faire indiquer les opérations que je voulais faire faire dans le jardin. Je ne suis

pas une seule fois allé voir mon ami Moreau, qui se plaint de moi à juste titre. J'ai dû avoir du loisir, j'en ai eu ; il faut convenir que je l'ai bien mal employé. Au moment où je recevais votre lettre, je terminais des briquets phosphoriques ; je connaissais enfin la composition de ce mastic inflammable. Sous peu de jours, j'allais trouver moyen d'en fabriquer. Je vous raconterais ma découverte si vous y preniez quelque intérêt. Je me laissai entraîner à cette recherche, et les journées et les semaines y sont allées. Un appareil, un procédé a été substitué à un autre. Que de soins pour chercher une matière toute trouvée ! pour acquérir la satisfaction de savoir qu'on vendait quatre francs , dans la rue , ce qui revient à quatre sols ! Je joins ici pour M. Duméril un croquis des divers appareils que j'ai employés pour oxyder le phosphore ; je lui fais grâce des fausses tentatives qui m'ont arrêté si longtemps.

« Cent fois, j'avais retracé à ma femme le tableau de votre intérieur ; votre lettre, bien mieux que moi, lui en a peint toute l'aménité. Que peut dire maintenant en ma faveur votre excellente tante ? J'ai mis à bout son inépuisable bonté. Je voudrais bien lui suggérer quelque excuse, mais je ne sais que la remercier de l'intérêt qu'elle a bien voulu prendre au coupable. Je n'ose implorer Mme Delaroche, elle est bien indulgente ; mais l'indulgence a un terme et je redoute sa justice. Il n'y a que Constant, qui ne sent peut-être pas toute l'énormité de mes torts, qui puisse plaider ma mauvaise cause. Mon ami devrait bien aussi dire un mot en ma faveur. Ma femme triomphe de tous les avis qu'elle m'a donnés ; mais je vous assure qu'elle est en ceci plus ma complice qu'elle ne l'imagine. Elle ne se couche pas encore comme vous, à deux heures

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