‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 35 sur 95 · BRETONNEAU A MME CONSTANT DUMERIL · texte numérisé non relu

BRETONNEAU A MME CONSTANT DUMERIL

du matin ; dès minuit elle aime à être au lit, et si elle est éveillée, elle ne peut plus s'endormir. Si ce n'eût été par ménagement pour elle , assurément j'aurais bien trouvé, comme à Paris, le temps d'écrire pendant la nuit. La main sur la conscience, il n'y a guère de justice dans cette inculpation ; n'y entre-t-il pas un peu d'ingratitude ? Ma pauvre femme , qui depuis quinze jours passe sa vie à chercher tout ce que j'égare, qui souffre que mon laboratoire envahisse la maison ! Il est difficile de voir un plus bizarre assemblage que celui qui couvre la table de la salle à manger. Des vessies, des bouteilles à vin, des tubes, des limes, des creusets, des outils, des livres, des ustensiles de cuisine sur une litière d'allumettes. Je crois réellement qu'au moment de quitter mes hochets, j'ai joui de mon reste. Hélas ! il n'est que trop vrai, il faut être le 15 à Tours pour y commencer mon service. J'ai entrevu mon collègue, c'est un bonhomme. Je suis, suivant lui, un petereau: c'est une expression du cru, qui signifie un rejeton ; je remplacerai toutes ces vieilles souches, qui tirent à la fin. Il ne voit qu'argent dans cette affaire ; il veut avoir moitié dans les émoluments attachés au dépôt du vaccin. J'aurais bien dû prier notre préfet de penser à ma présentation ; mais je suis resté tout confit dans mes idées phosphoriques.

« J'embrasse mon ami de toute mon âme, vos aimables enfants bien tendrement. Veuillez bien, Madame, présenter mes respects à Mme Delaroche, et recevoir l'assurance du dévouement le plus tendre et le plus respectueux qui fût.

« J'ai l'honneur d'être, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur. »

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