‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 49 sur 95 · LETTRE LP · texte numérisé non relu

LETTRE LP

DU MÊME

« 18 juin 1820.

« Ayant appris, Monsieur, que votre ami M. Moreau, d'Amboise, était à Paris, j'étais allé savoir s'il ne pourrait me donner quelques renseignements sur l'état de votre santé, dont j'étais fort inquiet. N'ayant pas eu le bonheur de le rencontrer, j'avais résolu de choisir un moment plus favorable; mais en rentrant j'eus la satisfaction de trouver une lettre de M. Leclerc*, qui, par son silence

1 Médecin de Tours, collègue de Bretonneau à l'hôpital.

sur votre état, me porte à croire que vous êtes mieux, et puis il vous débarrasse de la visite de l'hôpital, ce qui vous soulage d'autant.

« Mes trois malades ne sont pas morts ! ils ne sont pas sûrs de se sauver ni l'un ni l'autre, le kina les tirerait peut-être de là, mais !... Celui de la Charité est actuellement le mieux, quoique très mal encore. Je vous ai dit un mot de sa complication pulmonaire. M. Lerminier veut que ce soit une vraie péripneumonie, à cause des crachats que nous appelons marbrés. Si vous vous rappelez le n° 8, Rey, de la salle 2, que nous désignions sous l'épithète de marbré par excellence, vous aurez une idée de l'état du malade dont il est question ici. Son expectoration a été plus abondante encore; j'avoue que j'ignore pourquoi il n'est pas mort; la médication employée est si embrouillée qu'on n'y peut rien reconnaître. On lui a donné des potions toniques, camphrées, du kina en petite quantité, du polygala , etc. Le dévoiement est presque cessé, la langue humectée, mais faiblesse extrême. — Celui de l'Hôtel- Dieu était dans l'adynamie et l'atonie les plus prononcées, lorsque M. Husson se décida à lui administrer du kina; mais il fallut y joindre les stimulants, aromatiques et diffusibles. Néanmoins allégement léger pendant trois ou quatre jours. On est revenu aux antiphlogistiques , les sangsues, les bains; toujours diète sévère. Une chose m'étonne, c'est qu'on puisse tirer autant ' de sang à cette époque et chez un sujet aussi faible et aussi déteint que celui-ci sans le tuer. Aujourd'hui, sa vie ne semble tenir qu'à un fil. Pourtant on en a vu revenir d'aussi malades. — Celui du Val-de-Grâce est le plus mal des trois; depuis quinze jours, il n'avale que des adoucissants, aucune substance alimentaire. Vous

savez qu'il a été saigné suffisamment , il lui est survenu ce qui arrivait aux chiens que M. Magendie nourrissait exclusivement avec du sucre, c'est-à-dire qu'une de ses cornées s'est perforée sans inflammation^ qu'il y a eu staphylôme de l'iris et que son œil est perdu. Ce n'est pas grand dommage, car il est presque certain que le patient mourra sous quelques jours.

« Vous distinguerez aisément, je pense, quelle a été la conduite médicale la plus raisonnable de ces différents praticiens. Et, je le demande, ont-ils beau jeu de se targuer de leur prééminence de savoir l'un sur l'autre ? — Pourquoi cette fièvre est-elle si fréquente? Pourquoi, dans presque toutes les maladies aiguës, qui n'ont pas une phlegmasie locale pour cause, trouve-t-on les mêmes altérations? Qui est-ce qui a raison dans les explications qu'on en donne? Est-ce Broussais? Sont-ce les autres? Est-ce vous? Enfin quel est le traitement qui lui convient le mieux? Mais, voyons, j'en veux peut-être trop à Broussais; il s'agit de trouver le vrai, et pour cela il faut laisser de côté les préventions, l'esprit de système et les intérêts particuliers. A l'une de ses dernières leçons on lui apporta le tube digestif d'un homme mort au Val-de- Grâce, dans les rangs d'un autre médecin. L'historique portait qu'il était entré pour un catarrhe pulmonaire, qu'il était survenu de la diarrhée, qui n'avait cessé qu'avec la vie de l'individu; un des poumons était, disait -on, hépatisé et renfermait beaucoup de tubercules; nous ne le vîmes pas; mais les glandes mésentériques , d'un volume considérable, étaient entièrement réduites en substance blanche , caséeuse , assez tenace , que personne à Paris ne distingue de la matière tuberculeuse. A l'extérieur de l'intestin iléon , on voyait une foule de plaques noirâtres ,

circonscrites et couvertes d'une grande quantité de petits tubercules granulés de la même nature que les glandes. A l'intérieur, de larges et profonds ulcères correspondaient à ces différentes plaques extérieures; leurs bords étaient également garnis des mêmes granulations. — Broussais ne voit là qu'un catarrhe pulmonaire , qui a déterminé la formation de tubercules dans le poumon , puis une gastroentérite suivie de ceux du mésentère, etc. Moi, je vois quelques symptômes et surtout toutes les altérations de l'entéro-mésentérique. Je vois la désorganisation des ganglions mésentériques comme suite de résorption de matières hétérogènes pendant un long laps de temps, et je ne vois point de tubercules vrais des phtisiques. Mais cet homme a-t-il donc eu la fièvre entéro-mésentérique, ou bien ces altérations ne sont-elles que les suites de l'inflammation ordinaire de ces parties ? Dans ce cas tout s'explique pour le mieux du monde, et vivat Broussais pour l'étiologie. Alors tous les individus, phtisiques ou autres, qui ont eu la diarrhée, devraient présenter les mêmes altérations; en effet, c'est ce qui arrive fréquemment. Tourmenté de ces réflexions, j'examine à la Charité l'intestin d'une femme morte d'une vieille maladie pulmonaire et qui avait eu la diarrhée pendant des mois. J'y vois bien quelques excoriations, mais rien d'entéromésentérique. Je me dis : C'est peut-être l'âge, car la femme était vieille. Je retourne à l'hôpital de M. Guersant, où je vois une jeune fille de vingt ans, morte on ne sait trop de quoi, qui, me dit votre ami, avait eu le typhus accompagné de symptômes d'entéro-mésentérique, et chez laquelle la diarrhée avait persisté jusqu'à la mort. Nous devions , en conséquence , rencontrer des plaques et le reste; mais rien de tout cela n'existait, il n'y avait

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qu'une légère rougeur dans tout l'intestin ; il n'y avait point non plus de groupes de eryptes muqueux formant plaques, que vous crûtes autrefois et que M. Guersant croyait aussi être très naturels au tissu. J'envoyai Broussais au diable pour la millième fois. — Or, examinez donc tous vos malades qui mourront après avoir eu la diarrhée, et que Ton juge cette question importante. Car il est révoltant de voir mourir la moitié du genre humain des suites d'une maladie que l'on guérirait peut-être toujours si elle était mieux connue. Il paraît qu'elle est fréquente chez les enfants, même les plus tendres, mais qu'alors elle se manifeste par des symptômes légers, puis qu'elle finit par la chronicité; d'où la plupart des maladies de cet âge , peut-être les scrofules , et surtout le carreau, que je serais très porté à lui attribuer comme suite; car je vous ai dit que M. Guersant trouvait souvent des plaques ulcéreuses avec de gros ganglions chez eux. Je vous ai dit aussi que son dernier croupe avait des plaques et quelques ulcères, et aujourd'hui je vous dis que je viens de voir un enfant de dix mois dans le marasme, mort du croup, sur lequel je reviendrai, dont on ne connaît point l'histoire antérieure. Chez M. Guersant, ils en sont toujours là; eh bien! dis-je, cet enfant avait tous les ganglions mésentériques et bronchiques considérablement développés , et dégénérés en matière crémeuse, caséeuse, ou tuberculeuse, comme le disent les Parisiens. Puis dans l'intestin , des plaques affaissées , cicatrisées; des ulcères dans le même état et d'autres ulcères à bords relevés , profonds , taillés à pic , enfin , vous savez, et quelques plaques encore saillantes, tout cela sans rougeur de la muqueuse. Or, je vous demande si cet enfant n'a pas eu la maladie de nos militaires,

quelle qu'elle soit? et je vous demande aussi s'il y a loin de l'état du mésentère de ce malade à celui des individus affectés de carreau?

u Ces questions m'en font naître une foule d'autres; il faudrait que je vous écrivisse un volume, et je m'aperçois que mon papier se remplit, quoique j'aie beaucoup de choses plus pressantes à vous dire. La première c'est que je me suis enfin résolu à mettre vos idées sur cette fièvre sous les yeux de M. Guersant. Il avait une fille de quinze ans au plus haut degré d'adynamie. J'ai dit que sa maladie était dans le ventre; il s'est moqué de moi; j'ai soutenu ma proposition. Il lui donnait du sirop de kina, des gommeux, des vésicatoires , etc. ; j'ai dit que vous auriez donné le kina à haute dose, en lavement surtout. On l'a fait, elle est convalescente de l'adynamie, mais elle reste avec de graves symptômes pulmonaires; il l'a dit phtisique. Je lui ai dit que vous pensiez que cette fièvre était due à un exanthème spécial de la muqueuse intestinale et que le kina en était peut-être le spécifique, administré d'une certaine manière. J'ai défendu la cause des boutons et des plaques de toutes mes forces, et il est presque d'accord; mais il veut qu'il y ait plusieurs éruptions différentes; c'est probable, mais il en sépare qui ne le méritent pas. Quant au kina, il pense absolument comme vous, et il croit aussi que les autres toniques nuisent. — Enfin, plus j'avance et plus je crois fermement à vos premières idées sur la spécificité de cette maladie.

« Je vous donnais l'état de mes trois malades jeudi; aujourd'hui, dimanche, celui de la Charité est en pleine convalescence , celui de Broussais est ad patres d'avant hier soir. Les deux yeux étaient pleins de pus, rien au cerveau, les poumons sains, et dans le ventre

rien de bien manifeste jusqu'à l'iléon. Mais alors ulcères nombreux, larges, profonds, ganglions volumineux, quelques-uns en suppuration, etc. Hier, à l'hôpital Saint- Louis, avec M. J. Gloquet, nous examinâmes les intestins d'une fille de vingt -deux ans, qui avait, disait -on, un catarrhe vésical et une gastro-entérite; elle avait succombé après quatre ou cinq jours d'entérite, avait eu le dévoiement; mais l'histoire qu'on m'en fit ne me présentait rien qui approchât de la marche ordinaire de notre maladie; vous pensez combien j'étais curieux de voir si les mêmes altérations s'y trouveraient.

« Rougeur assez marquée de la muqueuse à la partie concave dans l'iléon, par portions seulement, phlogose décidée dans le gros intestin; mais point de plaques, d'ulcères, ni de groupes muqueux; quelques trous d'inflammation et des excoriations dans la vessie. Il y avait de quoi crever de rire à les voir se débattre pour qu'il y eût là gastro-entérite intense. L'inflammation terrible dont on voyait quelques restes avait tué la malade dans son premier stade, puis s'était évanouie, etc. etc. Notez qu'elle avait été saignée assez abondamment et tenue au régime antiphlogistique.

Le croup. — « Je ne trouve rien de curieux ni d'intéressant sous ce rapport dans les auteurs. J'ai parcouru les nombreux volumes du Journal général de la société, ou de M. Sédillot où on trouve une lettre adressée à M. Bouriot par M. Valentin, qui cite Samuel Bard (lettre à John Morgan sur l'angine suffocante, premier volume des Transactions philosophiques, de Philadelphie). J'ai cherché cet article; mais comme elles ne sont pas traduites, je n'ai pu déchiffrer l'anglais pour vous en rendre compte. (Voyez le 23e, 24e ou 25e volume du Journal

général, au commencement1.) J'ai vu, au Val-de-Grâce , un militaire pris de la fégarite à un très haut degré; il m'a fait entendre que plusieurs de ses camarades en avaient autant. Gomme il ne parle pas français, je n'ai rien pu savoir de plus. Gargarisme muriatique; touché avec le collyre de Lanfranc, il guérit. M. Guersant dit qu'elle affecte souvent les enfants. J'en ai vu plusieurs chez lui , il les touche avec l'acide hydrochlorique , et ils guérissent comme chez nous. Dans ce moment, il a deux frères pris en même temps, l'un beaucoup plus malade chez lui, et l'autre, moins, chez M. Jodelot, chirurgien du même hôpital2. Le sien a été touché et bientôt guéri; l'autre, traité par les sangsues et les injections détersives, est dans le même état que lors de son entrée 3. Il commence à croire la contagion possible, Je reviens au croup. Celui dont je vous parle plus haut a été vu par M. Guersant. Le second jour, tous les symptômes du croup

1 L'ouvrage de Samuel Bard, Researches on ihe Nature, (Causes, etc., of sore throat (New York, 1771), avait cependant été traduit par F. Ruette, Paris, 1810. — Bretonneau en cite des passages dans son livre. — T.

2 Jodelot (Jean-François-Nicolas), né à Nancy, reçu docteur en cette ville en 1791, servit dans l'armée, puis fut à Paris médecin de l'hôpital des enfants malades et de l'hôpital des orphelins. — T.

3 On retrouvera plusieurs fois le terme de « fégarite » dans les lettres de Bretonneau et de ses élèves. Pour le médecin de Tours, en effet, la fégarite des Espagnols, la stomacace des anciens, la gangrène scorbutique des gencives, qui avaient toujours été considérées comme indépendantes de l'angine maligne et qui au fond sont des noms différents répondant à une interprétation identique, n'étaient qu'une variété d'une seule et même affection, la diphthérie buccale ou stomatite diphthéritique.

Cette manière de voir, que Bretonneau basait sur ses célèbres observations de la Légion de la Vendée (1818), a été admise jusqu'au remarquable mémoire de M. Bergeron sur « l'identité de la stomatite ulcéreuse des soldats avec la stomatite membraneuse des enfants ». Dans ce travail et dans ceux qui ont suivi ( les Stomatites , Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Première partie, tome XII. — Discours

décidé , fausses membranes et boutons couenneux sur les amygdales et les autres parties de Y arrière-bouche ; touché le matin, touché le soir, fumigé le lendemain deux fois, le troisième aussi, mort dans la nuit. Croûte épaisse sur les piliers et derrière le voile du palais , presque plus rien sur les amygdales, quelques portions de membrane dans le larynx et la trachée , beaucoup de mucus grisâtre dans les bronches, poumons tuberculeux au sommet, et l'abdomen comme je vous ai dit, etc.

« On l'a pourtant touché et fumigé , disent les élèves , et il est mort ! En voici la raison , et il s'en faut bien qu'elle soit exagérée : Un remède donné, il doit guérir une maladie; la médication n'est comptée pour rien. M. Guersant voit le malade, dit : Il faut le toucher. MM. les élèves , imbus chacun de leur doctrine , le font ou ne le font pas, ou comment le font-ils? J'en ai eu un échantillon dans une fumigation qui a été faite devant M. Guersant : une cupule de la capacité de trois onces à peu près, dans laquelle une cuillerée de sel et de manganèse; on verse là -dessus de mauvais acide hydrochlo-

prononcé au Congrès international d'Hygiène, août 1891), cet auteur conteste l'existence de la stomatite diphthéritique , et reproche à Bretonneau d'avoir confondu avec elle la stomatite ulcéreuse. — Il est certain que le médecin de Tours, à qui on doit cependant la description de cette dernière affection, alla trop loin en niant son existence spéciale, et en la faisant rentrer dans le cadre de l'angine maligne; et, à ce point de vue, les critiques de M. Bergeron, appuyées sur de brillants travaux, sont d'une irréprochable justesse. Mais cependant, s'il est vrai que nombre de faits rapportés par Bretonneau peuvent être attribués à une épidémie de stomatite ulcéro -membraneuse évoluant au voisinage d'un foyer de diphthérie , — ce qui a pu expliquer l'erreur du grand praticien, — il n'est pas moins incontestable que la stomatite diphthéritique, c'est-à-dire la localisation buccale de la diphthérie, existe réellement, et qu'à ce point de vue Bretonneau ne s'est pas trompé et a pénétré avec sa sagacité ordinaire un des processus les moins connus avant lui de l'affection. — T.

rique, non pas du sulfate; il se dégage une petite fumée qu'on passe devant le nez de l'enfant assis dans le lit et incliné en arrière; puis c'est là une forte fumigation, jugez du reste. Je me suis mis en colère, j'ai juré, pesté, sermonné M. Guersant. Il est convenu de tout, qu'il faudrait agir soi-même, mais que dans un hôpital c'était difficile. Hier, il fut appelé auprès d'un enfant de vingt mois atteint du croup depuis deux jours; il voulut m'envoyer chercher, mais il avait perdu mon adresse. Il a remarqué la couenne au fond de la bouche, mais il a cru que la trachée et les bronches étaient prises; en conséquence, il s'est contenté de fumigations, très fortes, cette fois -ci. Je dois le voir ce soir avec lui. — Vous voyez que tout va comme à Tours. On ose vous accuser de paresse, il leur faudrait votre mémoire pour fixer leurs idées. M. Guersant défend maintenant votre opinion avec ardeur. M. Jodelot, à qui nous en avons touché un mot ce matin, se raidit vivement; cependant il se rendra après avoir lu le mémoire. Suivant lui, le croup peut se développer cette année de cette manière , et d'autres fois affecter une marche bien différente, etc.

« M. Lerminier a vu M. Moreau, l'a chargé de vous parler de ses phtisiques et de la fièvre. Nous avons eu une longue conférence ces jours. C'est un bon homme, il me prête des livres , il est bientôt de votre avis , mais je n'aime pas qu'on se rende sans examiner les choses. Il se joint à MM. Guersant, Husson, Jules et Hippolyte Gloquet pour me charger de vous dire bien des choses gracieuses de leur part.

« J'ai eu le malheur de dire un mot sur l'application des sangsues dans l'œil à M. J. Gloquet; il veut absolument que je lui en donne une note. »

LETTRE LIIe

DU MÊME

« Paris, le 19 juillet 1820.

<( Monsieur,

« Vous m'avez dit une fois de vous écrire longuement et souvent; vous voyez que je n'oublie pas cette permission. Dans mes lettres précédentes, je vous parlais de maladies plus ou moins intéressantes, ce qui pouvait peut-être vous amuser un peu. Mais il n'en est pas de même cette fois-ci; je ne veux vous parler que de moi ou de ce qui m'intéresse personnellement, et ce n'est pas sans répugnance que je m'y décide. Le temps et les circonstances me pressent tellement que je ne puis vous entretenir d'aucun malade qui semble vous intéresser, quoique j'en ai un bon nombre.

« Je vais donc vous dire que depuis que je suis à Paris toutes les personnes de vos connaissances ou celles que jaye pu faire ont paru très étonnées de ce que je ne faisais pas les démarches convenables pour me faire recevoir docteur. Je leur contais ma situation malheureuse, mais je n'avais pas l'air d'attacher beaucoup de prix à ce titre ; en conséquence, ils me sollicitaient pour que je fisse au moins un effort. J'avais résisté à MM. Duméril, Guersant, Lerminier, Hippolyte Gloquet, etc. Mais depuis environ un mois M. Jules Cloquet s'est mis après moi , plus fort

encore que les autres. Je suis confus de toutes les bontés dont il m'accable. Il prétend que mes études à l'hôpital de Tours seraient prises en considération, et pour cela il veut que j'adresse une pétition au Conseil de santé afin d'obtenir au moins mes inscriptions, et de subir ensuite mes examens quand il me sera possible d'en faire la dépense. Il se charge de me faire inscrire à la Faculté et de m' avertir lorsque mon tour serait venu. Ce service ne serait pas un des moindres. Nous avons parlé ce matin ensemble à M. Richerand, avec lequel il est ami, qui ne m'a pas paru mal disposé. Il m'a dit de me présenter mercredi prochain muni d'un certificat de six ans au moins d'études dans un hôpital. Comme je n'en ai que cinq, je craignais de blesser votre délicatesse en vous demandant plus; mais M. Cloquet s'est mis à rire de mon scrupule en disant que les années n'étaient que pour la forme, à cause de la loi, en sorte que celui qui les donnait ne pouvait attacher aucune importance à un plus ou moins grand nombre, mais que l'on attachait beaucoup d'importance à ce que le certificat fût bien en ordre, en toutes lettres, et le service dont on a été chargé bien circonstancié. C'est d'après ses conseils, Monsieur, que je me suis déterminé à vous demander cette pièce qui me devient indispensable pour mercredi 26 juillet. Il faudrait qu'elle fût signée de vous et de M. Leclerc, au moins, et de MM. Mignot et Gouraud, s'il était possible. « Etant ainsi disposé, je pourrai du moins, si jamais il m'en prenait envie, me faire recevoir en peu de temps; tandis qu'autrement, et d'après la nouvelle ordonnance, cela me deviendrait tout à fait impossible. Je ne vous en dis pas plus. Vous voyez ma position et j'attends avec impatience votre réponse, craignant fort que vos occupa-

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lions multipliées ne vous empêchent de vous occuper de cette affaire ' .

« Je n'entends plus parler de votre croup ; n'aurai -je donc pas l'avantage de voir les médecins de Paris se disputer sur l'opinion qu'ils doivent porter de cet ouvrage? J'en ai parlé à M. Larrey, qui me prie de transmettre ses amitiés à M. Gouraud, si j'en ai l'occasion. Il dit que la croûte observée sur le vivant n'est pas la même que celle vue sur le mort ! . . . Un de ses anciens élèves doit publier incessamment un ouvrage intéressant sur cette maladie, très commune cette année dans toute la France. Je n'ai pu savoir ce qu'il en dit de neuf ni où on trouve ses observations. Prenez garde à vous.

« Votre très humble et très obéissant serviteur.

« P. -S. Mes humbles civilités à tout le monde, s'il vous plaît (je m'entends). »

Note de J. C loquet annexée à la lettre de Velpeau.

« Je pense, mon cher ami, que vous pouvez sans scrupule accorder à M. Velpeau la demande qu'il vous fait, la chose étant purement de forme; l'essentiel dans cette affaire consiste dans l'étendue des connaissances que pourra montrer votre protégé, qui a été, je m'en suis aperçu, éduqué à fort bonne école.

« Tout à vous; je vous embrasse bien tendrement et présente mes respects à Madame.

(( J. Gloquet2. »

1 Bretonneau rendit à Velpeau le service qu'il lui demandait. — T.

2 Cloquet (Jules), fds puîné de l'ami de Bretonneau, né à Paris en 1790, mort à Paris le 24 février 1883. Familiarisé de bonne heure par son père

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