LETTRE LV
DU MÊME
« 24 août 1820.
« Qu'est-ce que c'est, Monsieur? Le Constitutionnel me fait bien peur ce matin ; il parle d'un incendie qui a peut-être détruit tout un quartier de la ville de Tours?
« J'ai reçu votre lettre de par M. Joubert, que je suis allé voir. Je ne doutais pas que vous ne fussiez extrême-
ment tracassé par les malades et autres affaires, mais vous m'aviez dit que votre lettre était prête ; il me semblait qu'elle n'avait qu'à partir, c'est pourquoi je l'attendais et la désire encore bien vivement, car vous me devez, s'il vous plaît, furieusement de détails. sur le croup et les ampoules surtout, qui sont attendues avec quelque impatience. Car je les ai promises pour vous dans le temps. Mme de Puységur vient à Paris, me dites - vous , et elle désire me voir. Vous m'obligeriez beaucoup de me la faire rencontrer, si surtout elle m'apporte une de vos lettres.
<( Je ne vous écris qu'un mot à la hâte , puisque M. Joubert ou un autre Tourangeau vont me servir pour vous en faire passer un cahier. Fallait-il encore que votre sensibilité vienne ajouter à vos embarras ? En vérité , M. Leclerc devrait bien prendre en considération la conjoncture présente, et ne pas aller si souvent à la campagne. Qu'y fait-il ou qu'y a-t-il à faire ? Je me permettrai de lui en glisser un mot en plaisantant ; car j'ai peur qu'on ne murmure après vous. Votre travail est promis depuis si longtemps, qu'on a droit de l'attendre sous peu. Je suis à l'hôpital Saint -Louis , remplaçant un élève de seconde classe, sous M. Richerand et, par contre -coup, sous M. J. Gloquet. J'ai la chambre et on me nourrit en secret, pour ainsi dire, par la voix de M. Jules. Ce n'est pas trop plaisant, mais qu'y faire? mille fois trop heureux encore de l'avoir. Ma demande à l'école n'est pas encore expédiée : ils me promettent tous leur faveur, mais il faut que la commission d'instruction publique décide avant ; j'y ai adressé une pétition hier, et je n'espère guère avoir la réponse définitive qu'à la fin du mois prochain. Les membres du conseil me disent qu'ils pensent
que j'aurais toutes mes inscriptions en les payant, et que trois ou quatre mois ensuite suffiraient pour passer mes examens. Si on parvient à m'employer à Paris, ce ne sera plus le temps qui me chagrinera; déjà j'y peux vivre; c'était l'objet indispensable, et je ne désespère pas que les faveurs de tant d'hommes réunies n'arrivent peut-être à me procurer quelque emploi lucratif. J'écris à M. Mignot et à M. Leclerc. Mille fois merci de votre petit conseil. J'aurais écrit à M. le docteur, mais à M. Mignot j'hésitais. Cet homme a vraiment de bonnes qualités ; il m'a toujours traité avec une grandeur d'âme remarquable, et assurément je n'ai jamais remarqué chez lui d'aussi mauvais sentiments qu'on lui en suppose, sous aucun rapport. Je l'ai toujours vu porté à faire le bien. Pour moi, j'ai des preuves de son enthousiasme à mon égard. Et quelle autre faut -il que cette dernière partie d'un si respectable trio?... J'apprends que l'incendie de Tours n'était rien. M. Cloquet vous a écrit, il m'a remis une brochure que je vous enverrai par les occasions qui se présentent.
« La note des sangsues est imprimée. Ils me Font chippée, elle est dans le numéro de juillet de leur journal; il doit m'en venir quelques feuilles, je vous en ferai passer une pour que vous me disiez si j'ai menti, car j'ai fait de mémoire. Vous n'y verrez pas tout à fait ce que j'ai dit, parce que les épreuves n'ont pas , ce me semble , été corrigées ; encore moins ce que j'aurais voulu dire , parce que je ne voulais pas qu'on m'imprime : il eût fallu mieux traiter le sujet, mais je n'y tiens pas. Seulement le titre qu'on m'y donne ne me plaît pas '. Si elle tombe dans les mains
1 Mémoire sur l'emploi des sangsues à la face interne des paupières contre les oplhalmies aiguës. (Journ. de médec. chirurg. et de pharmacie. Juillet 1820.)
de quelques connaisseurs, on me croira présomptueux. Je serai bien content de voir Mme Chastenet de Puységur. »