‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 54 sur 95 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

DU MÊME

A M. Bretonneau pour Messieurs les étudiants en médecine et en pharmacie de V hôpital général de Tours*.

« Ce que je vois ici me fait sentir le prix des avantages que présentent les hôpitaux de province à ceux qui veulent se donner la peine de travailler; car réellement il est fort difficile dans la capitale d'apprendre autre chose que des théories, à moins d'être interne quelque part. Oh! alors, les avantages sont immenses : les internes de lre classe sont logés, nourris, et ils ont six cents francs de pension. Ils sont obligés de diriger le service médicochirurgical pendant l'intervalle des visites. Ils coupent, tranchent, réduisent les fractures, etc., et traitent les malades selon leurs caprices, en suivant les préceptes du maître cependant; de sorte que celui-ci ne s'occupe, pour ainsi dire, que des opérations sérieuses. Vous voyez que ceux-là ont bien les moyens de s'instruire , tandis que ceux qui ne sont attachés à aucun service ne peuvent entrer à l'hôpital qu'à l'heure des visites; ils n'ont pas le droit d'interroger un malade, le plus souvent même ils

1 Fragment de lettre.

ne peuvent pas le voir, à cause de la foule qui se précipite toujours autour des lits. Quant à la chimie , la physique, l'histoire naturelle, la botanique, etc., on a toutes les commodités désirables. On vit ici pour ce que l'on veut, comme Ton veut; rien ne paraît ridicule, on trouve des exemples de tout.

« J'ai vu MlleRous..., qui ne m'a pas paru connaître ce nom ; elle m'a dit aussi qu'elle ignorait encore le mariage de son cousin. Moi, je dis à monsieur son frère, afin qu'il lui redise si bon lui semble, qu'elle n'est pas là dans un établissement convenable à l'obtention de son bonheur; il m'a semblé qu'elle manquait de quelque chose dans cette maison; du reste, c'est dommage, elle ressemble beaucoup à son petit Rous..., et par conséquent c'est une bonne petite personne. J'ai vu aussi M. Amédée, qui se porte très bien et qui se plairait, je crois, autant à Tours qu'à Paris. Je prie M. Remond d'avoir la complaisance de me rappeler au souvenir de sa parente, et de présenter l'hommage de mon respect à M. et Mme Parmentier. Je vous prierais aussi de me donner des nouvelles de ce pauvre Moreau, et comment s'est terminé la maladie de son beau -père, et des nouvelles aussi des curiosités qui arrivent dans l'hôpital. Adieu.

<( Votre ami.

« P. -S. Mon adresse est : rue du Foin, maison des Abeilles, n° 19. — Je n'ai vu ni Merg., ni Durand; j'ai rencontré le grand Lavergne et M. Fouquet le lendemain de mon arrivée. »

LETTRE LVIIT

Dïï M Ê M E

« Août 1820.

« Lorsque Mlle Henriette m'a remis vos chères notes, j'attendais encore quelques jours pour vous écrire à cause d'un typhus dont je voulais vous donner l'histoire. Elle m'a fait bien grand plaisir, cette pauvre demoiselle; j'avais besoin de quelqu'un de Tours pour me donner une foule de petits détails. Elle m'a dit aussi que Mme X... avait été dangereusement malade. Mon Dieu, ayez -en donc bien soin de cette chère dame ; il me semble qu'elle ne se donne pas suffisamment de distractions , qu'elle cherche trop la solitude. Cette vie n'est pas en rapport avec les besoins moraux de son âge.

« Le croup règne donc encore ? J'attends avec impatience ce que vous voudrez bien m'en dire. Vous avez enfin trouvé Ghisi. J'en suis extrêmement content, mais que dit-il ce Ghisi?

« M. Tonnelé1 est rendu, m'avez-vous dit; tant mieux ! qu'ils se rendent tous , vous en serez plus fort contre ceux de Paris, qui ne seront pas moins opiniâtres. Vous me demandez la fin de mes observations, elle ne sera pas longue. Le petit croup de M. Guersant a suc-

1 Médecin à Tours, père du docteur Tonnelé, qui fut directeur de l'École de médecine (1841).

combé, comme je vous l'annonçais, le jour même où je le vis. L'autopsie n'a pas été faite à cause des parents; il faudrait que vous fussiez là pour leur apprendre à sacrifier un peu d'intérêt mal entendu à l'avantage de se pouvoir convaincre de la vérité par l'observation des faits. M. Guersant commence à se convaincre de vos idées , non plus par ce que vous lui en avez dit, mais, ce qui vaut beaucoup mieux, par ses propres observations. Depuis ce dernier enfant, il a été appelé auprès d'un autre qui lui offrait la plupart des symptômes du croup, à tel point, m'a-t-il dit, qu'autrefois il n'aurait pas balancé à le traiter comme tel et par la méthode perturbatrice.

Enfin , lui ayant observé le gosier, dans lequel il n'y avait rien du tout, et se rappelant ce que vous lui aviez dit du croup sine materia, il s'est contenté de quelques sangsues appliquées au cou et d'eau de guimauve pour tout médicament. L'enfant est parfaitement guéri après quelques jours de ce traitement, et je ne doute plus maintenant, me dit-il, d'avoir pris un grand nombre de fois de telles affections pour de vrais croups, que je guérissais en effet ; mais voilà l'explication de nos miracles. M. Duméril en a parlé à M. Rover -Gollard; impossible de lui faire entendre raison. Ce n'est pas étonnant, il a écrit sur le croup et jamais il n'en a vu, le pauvre sire1;

1 Royer-Collard (Antoine-Anastase), né en 1768 à Sompuis (Marne), mort à Paris en 1825. Médecin en chef de la maison d'aliénés de Charenton, inspecteur général de l'Université, professeur de médecine légale à la Faculté (1817), puis professeur de pathologie mentale (1819), membre de l'Académie de médecine , il a occupé de grandes positions , mais a laissé peu de travaux qui méritent d'être signalés. Velpeau dit qu'il écrivit sur le croup sans en avoir jamais vu. — Ce ne fut pas, en effet, un praticien, il exerçait trop de fonctions officielles pour cela. Il avait fait partie, eu 1802, de la commission d'examen des mémoires envoyés au concours sur le croup , et avait été rapporteur de cette

enfin, quoi qu'il en soit et qu'ils en puissent dire, vous voyez que tout s'accorde ici pour confirmer votre opinion sur le mal.

« Mon malade de la Charité est à peu près guéri , celle de l'Hôtel-Dieu a fini par aller beaucoup mieux; le jour que j'ai reçu vos notes, elle était très bien; mais depuis ce temps j'ai aussi été malade, et il a fallu que je reste au lit cinq jours. Cette interruption a gâté toutes mes affaires; de sorte que le 3 juillet je suis allé pour la voir et l'on m'a dit qu'elle était morte. Je ne sais qu'en croire; j'ai déjà inutilement cherché des renseignements plus positifs, et je veux encore voir s'il ne me serait pas possible de savoir au juste ce qu'elle est devenue. Cette fièvre diminue beaucoup dans les hôpitaux de Paris, sans être rare cependant. Je viens de voir encore une de ses victimes : un jeune homme de vingt à vingt -cinq ans est apporté dans les salles de M. Lerminier, dans un état très avancé de la maladie; on dit vaguement huit jours, moi je suis sûr qu'il y en avait au moins quinze; d'ailleurs, voyez-le plutôt : face terreuse, plombée, yeux caves, pommettes enfoncées, toute la peau sèche et terreuse, plus de tissu adipeux, délire tranquille, continuel, stupeur, langue humide sur les bords , sèche , noire , râpeuse , encroûtée au centre , dents et lèvres fuligineuses , respiration lente et faible, expectoration marbrée, diarrhée très fluide, etc., carphologie, symptômes ataxiques faibles. Je n'ai jamais pu faire entendre à M. Lerminier que c'était la même fièvre; il en revenait toujours aux symptômes cérébraux.

commission (Rapport à son Excellence le Ministre de l'intérieur sur les ouvrages envoyés au concours sur le croup. Paris, 1812). Il était le frère du grand homme d'État, et le père d'Hippolyte Royer-Gollard. — T.

On lui a administré des infusions de kina, de polygala, du camphre, des vésicatoires , des sinapismes, etc. Il est survenu une parotide très volumineuse à droite, et ce malheureux a encore prolongé son existence une dizaine de jours. A l'ouverture, on est vite allé au cerveau, cpii n'a rien présenté de particulier ; ensuite on est descendu dans la poitrine : encore rien là , si ce n'est la muqueuse bronchique un peu rouge, vous m'entendez, ce rouge violet. Donc voilà une fièvre adynamique essentielle.

« Mais , Messieurs , les intestins ? — Bah ! que voulezvous qu'il y ait? quelquefois des ulcères, mais c'est un effet de la fièvre.

« On les ouvre enfin, et on les trouve couverts de plaques et d'ulcères depuis le jéjunum jusqu'au colon descendant. M. Lerminier, pendant ce temps , était à causer avec quelque autre ; il est venu jeter un coup d'œil : « Ah! oui, voilà des ulcères; » puis il s'est en allé. « Nous en causerons, » m'a-t-il dit en courant.

« Mais que diable voulez -vous faire avec ces gens -là ? Pour moi j'y perds patience et ne veux plus rien dire. D'ailleurs, je suis ici pour apprendre et non pour raconter. Et pourtant on ne peut s'empêcher de voir, avec une espèce d'indignation, tant d'hommes célèbres se débattre, pour ainsi dire, à qui s'engagera dans l'absurde.

(( J'arrive de la société de l'Ecole, où l'un d'eux, M. Récamier, présente gravement un côlon qui offre une perforation à la suite, dit-il, d'une maladie chronique du basventre, et cette perforation, selon lui, s'est effectuée du péritoine vers la muqueuse. D'après le rapport de mes yeux, elle est en tout semblable à celles que nous avons vues à Tours. Et aussitôt en voilà une foule qui se lèvent et disent : « Gela est particulier, que les perforations de

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« l'intestin soient si fréquentes dans une foule de malau dies. » M. Husson dit : « Moi, j'en ai eu deux ou « trois depuis un mois, une surtout la semaine dernière, « chez une malade qui, convalescente d'une fièvre putride, (( s'est donné une indigestion , et chez laquelle la mu- « queuse était enlevée comme avec un emporte -pièce. » Un autre dit : « J'en ai presque toutes les semaines. » Un troisième dépose dans les cabinets de l'Ecole une portion de côlon garni de nos gros boutons encore crus. M. Duméril dit : « C'est létiologie de ces différentes « altérations qu'il faudrait établir. »

« Vous voyez qu'ils ont le nez dessus, mais ils n'y verront pas clair. Le principe de leur imagination les éloigne de plus de cent lieues. Ils vous décriront une perforation, une plaque, un ulcère, un bouton, etc., comme autant de maladies différentes. Mais ne craignez pas qu'ils aillent placer là la cause des fièvres essentielles ; il faut convenir qu'avec des contagionnistes semblables, Broussais pourrait bien triompher, quoiqu'il prenne lui-même une fausse route; car, je vous le demande, y a-t-il un seul de leurs principes capable de résister à la moindre des objections ? En vérité , la médecine suit la marche de notre gouvernement, elle s'enfonce dans l'arbitraire ; et si quelqu'un ne prend pitié d'elle, Dieu sait ce qu'elle deviendra! 0 Molière! Molière! où es-tu?...

« Je vous disais l'autre fois que le typhus ne pourrait bien être autre chose que l'entéro- mésentente avec quelques modifications dans les symptômes. Eh bien ! je persiste. Lisez, si vous en avez le loisir, de Hildenbrand, qui passe pour un modèle, et Hernandez, et si vous y pouvez trouver autre chose d'un peu clair que la fièvre en question, je vous dirai, moi, ce que j'ai vu ici depuis quelque temps : trois

typhiques. Premier jour, rien autre chose que ce que nous voyons toujours, c'est-à-dire invasion par brisement des forces, mal de tête, frissons irréguliers, bouche pâteuse, langue rouge à la pointe, puis borborygmes et le dévoiement. Ensuite il survient du délire et de la stupeur, alors c'est le typhus; surtout prenez-y bien garde, s'il arrive à cette époque une éruption de petites taches rouges sur toute la surface du corps. Ceux dont je vous parle n'ont rien laissé à désirer sous ce rapport; deux ont été très simplement, et la maladie s'est terminée le vingtième jour. On a employé le régime antiphlogistique, quelques sangsues sur le ventre et des vésicatoires aux jambes. Le troisième a été beaucoup plus malade, et j'ai cru un instant qu'il éclaircirait la question. La face était fortement colorée, le délire continuel, la langue très rouge à la pointe, et sur les bords rousse, sèche et râpeuse au centre; les selles fréquentes, le ventre douloureux, et l'éruption couvrait le tronc; il a vomi, a eu des sangsues, des vésicatoires, des sinapismes, de l'infusion de kina, du polygala, et le vingt-troisième jour il entrait en convalescence ! Je ne vois rien là qui ne s'observe dans l'entéro-mésentérite ; mais n'a-t-on pas dit un millier de fois qu'il y avait des pétéchies dans la fièvre putride. J'ignore si tous les typhus ressemblent à celui-là; mais, certes, s'il en est le prototype, je suis plus porté à croire que jamais que cette maladie n'est qu'une espèce, qu'un membre enfin, séparé mal à propos du tout auquel il appartient; il en manque, je le répète, le point capital : l'autopsie. Puis on ne peut pas raisonnablement tirer de conclusions générales d'un fait particulier. Mais, de l'aveu même des médecins dogmatiques , on rencontre quelquefois des ulcères et des plaques; donc quelquefois c'est

l'entéro-mésentérite , etc. Méfiez-vous, Monsieur, de leurs quelquefois, de leurs souvent et de toutes leurs propositions vaguement établies.

(( J'aurais bien voulu aussi vous parler de plusieurs autres maladies; car, comme je suis presque entièrement absorbé par celle-là, je dois furieusement vous ennuyer, si aous n'êtes pas dans des dispositions semblables. Ainsi j'ai à vous dire un mot de cette affection des gencives avec carie des alvéoles, puis de la blépharoblennorrhée des enfants , et enfin de la cataracte ; il faut aussi , avant tout, un petit mot sur vos ampoules : qu'elles sont jolies , fines et délicates ! mais je ne conçois pas comment vous les tirez1. Je les ai présentées à M. Husson; à leur vue il a été saisi d'admiration, il a voulu que je lui fasse voir comment vous faisiez pour en tirer d'aussi fines. Pour cela, je suis allé au bureau du vaccin, nous avons travaillé de notre mieux, et notre mieux est très mal; mais il suffît pour leur faire comprendre votre manière.

J'ai donc été à même de les voir en action, les fameux vaccinateurs parisiens. Soyez étonné si la vaccine ne paraît pas préserver tous les individus à qui on l'applique. Pour vacciner de bras à bras, ils prennent le vaccin au neuvième jour, avec la lancette à vaccin. On prend une gouttelette de vaccin sur un bouton, puis on fait de suite quatre piqûres sans remettre la lancette en contact avec de nouveau vaccin. Jusque-là passe encore. Mais pour le recueillir ils le prennent au dixième jour généralement. Ils le recueillent, le conservent et l'envoient dans les départements dans des tubes dont

1 Ampoules de verre que fabriquait lui-même Bretonneau pour recueillir le vaccin. — T.

voici à peu près la forme et le volume, et ils appellent cela des ampoules capillaires ! puis ils paraissent surpris de recevoir tous les jours des lettres qui leur annoncent que leur vaccin n'a rien produit. Pour le coup je leur ai dit ma pensée tout entière; j'étais fier, j'avais votre lettre imprimée à la main. Ce pauvre M. Husson était tout confus, il vous portait aux cieux; toutes vos idées l'ont singulièrement frappé. Il en conçoit toute la force; il a de suite envoyé chez son faiseur d'ampoules avec un modèle afin d'en avoir de semblables. Le recueillir au septième jour, ils n'en obtiendront jamais de quoi remplir leurs gros tubes , cela est vrai ; mais avec les ampoules capillaires vous en aurez un aussi grand nombre au septième jour qu'au dixième, avec leurs maussades appareils. Or, comparez les propriétés contagieuses du virus maintenant et vous verrez les avantages. D'accord, d'accord. M. Husson est enchanté, il vous loue et vous superloue. Mais une difficulté l'embarrasse, et j'avoue qu'elle me paraît très grande, si elle n'est pas même insurmontable. Il s'agit de graver l'importance de ces procédés dans l'esprit des personnes à qui ils envoient leur vaccin, et ils en font une dépense énorme : deux cent quatre-vingts demandes par mois généralement. Or, dans leurs gros tubes , la plupart n'en trouvent pas suffisamment pour vacciner un sujet; que diront-ils quand on leur enverra un cheveu? et la manière de l'employer, comment la leur faire entendre ? Enfin M. Husson est désespéré de sa vaccine; il craint, avec raison, qu'on ne la compromette tellement, qu'elle finisse par perdre la confiance qu'elle mérite si justement. En attendant, il va cependant tâcher àe mettre vos bons avis à profit, et vos ampoules sont autant de moyens précieux pour lui ; il ne

voulait ^as croire d'abord qu'elles étaient creuses, il a fallu que j'en remplisse d'encre devant lui pour le convaincre. Quel physicien !

« L'affection gangreneuse des gencives ne paraît pas très rare, M. Guersant en a vu beaucoup. J'ai pu en voir trois exemples dans son hôpital. Ils n'ont pas d'idées fixes sur le mode de développement ni sur l'étiologie de cette affection. Ils se demandent si la maladie commence par les gencives ou par la mâchoire elle-même; ils seraient portés à croire l'un et l'autre comme possibles , mais ils ne les observent jamais au premier degré. Ce n'est qu'au moment où le mal envahit la joue qu'ils s'en occupent, et alors ils l'appellent le charbon. Un de ceux que j'ai vus était mort d'une autre maladie; l'affection gingivale était encore peu avancée , on l'a disséquée avec soin , et voilà ce qu'elle a présenté : c'était du côté droit de la mâchoire supérieure ; la gencive était décollée du bord alvéolaire , d'une couleur rousse noirâtre ; son tissu ramolli répandait une odeur insupportable , et un fluide séreux putride rendait les surfaces correspondantes de la gencive et de la mâchoire humides et glissantes. La membrane de l'intérieur de l'alvéole, ainsi que celle du canal dentaire, examinées avec soin , ont offert la même altération , de sorte que les moyens d'union des parties molles avec les parties dures étaient entièrement détruits par la maladie. Les dents et les alvéoles étaient d'un rouge tirant sur le brun, lisses, séparées de toutes parties vivantes, et comme nécrosées. Un des élèves dit avoir vu les parties osseuses ramollies, tandis que la gencive n'était que très peu malade. Le second malade, mort aussi, a présenté absolument les mêmes altérations avec quelque chose de plus; la muqueuse correspondante de la joue commençait

à reprendre, et la portion malade était aussi réduite au putrilage noirâtre infect. Le troisième malade n'est pas mort. C'est un enfant de six ans, assez bien constitué, d'ailleurs; son histoire date de loin. Je ne l'ai vu qu'au degré nommé charbon. D'après ce que m'en a dit M. Guersant, le mal a commencé comme chez les précédents, et il est parvenu à l'état d'un enfant, — je ne sais si vous vous le rappellerez, — qui est mort l'an passé au n° 20, salle 4, qui fut touché avec l'acide nitrique. Alors ils l'ont cautérisé en traversant la partie morte avec un fer rouge, à plusieurs reprises, et touchant ensuite avec quelque acide. Le kina, les antiscorbutiques à l'intérieur.

— Le mal s'est arrêté, sans renoncer à sa proie pourtant; car le petit malade en est à sa troisième rechute, et son ulcère, maintenant, offre l'aspect d'un Noli me tangcre.

— M. Guersant pense que cette maladie commence quelquefois par la membrane interne des joues, puis s'étend jusqu'aux gencives; que d'autres fois c'est l'inverse, et qu'enfin les os peuvent aussi être primitivement affectés. Choisissez !

« Mes plus humbles respects autant que possible à tous.

« Votre très humble et obéissant serviteur.

« P. -S. Nélia n'a pas gagné de docilité, m'a-t-on dit, à la campagne. »

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