‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 55 sur 95 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

DU MEME

« 31 août 1820.

« En somme, l'extraction présente, à ce qu'il paraît, comme une exception rare le manque d'ophtalmie parmi les accidents consécutifs ; elle est plus délicate à exécuter que l'abaissement considéré suivant la méthode banale, plus douloureuse, exige plus de soins avant, pendant, après. Peut-être a- 1- elle moins souvent pour suite la cataracte membraneuse. Celle-là n'est pas suivie d'inflammation ; dans le cinquième des cas, elle peut être perfectionnée, peut n'être pas douloureuse, ne réclame presque aucun soin minutieux, et ordinairement les malades sont guéris le huitième ou le quinzième jour, tandis que par celle-ci, tant bien qu'ils aillent, la cure n'est parfaite qu'après vingt jours et plus souvent un mois.

« On dit que les cataractes laiteuses, fluides, molles, pierreuses, adhérentes, membraneuses, doivent être opérées par extraction exclusivement ; le crystallin déplacé irrite sans cela les parties avec lesquelles il est en contact ; il agit comme un corps étranger, il ne faut pas l'enfoncer dans le corps vitré, on détruirait l'artère centrale de la rétine , et puis dans ce lieu il ne s'absorberait pas. L'irritation produite pendant l'opération provoque

1 II manque le début de cette lettre. — T.

une plus grande sécrétion d'humeur aqueuse qui distend alors la sclérotique ; de là les ophtalmies internes si fréquentes et la perte de la vue dans un assez grand nombre de cas. Enfin la cataracte membraneuse est bien plus commune après la dépression qu'après l'extraction (Marjolin). Quelques-unes de ces objections ne sont -elles pas fondées ? les faits répondent négativement à plusieurs ; cherchez -en pour répondre au reste.

Caustique dans le canal de l'urètre. — « Cette méthode, renouvelée de Hunter par Home, modifiée chez nous et employée par Petit, semble avoir bien peu de partisans. D'après M. Dupuytren, le mécanisme du rétrécissement du canal de l'urètre n'est pas bien connu. Il dit qu'ils ne sont presque jamais dus au boursouflement de la muqueuse, mais presque toujours le résultat de son ulcération.

« Depuis plus d'un demi-siècle, on a généralement nié cette ulcération et pourtant elle lui paraît très fréquente. Pourquoi ne s'ulcérerait-elle pas là comme ailleurs, quand elle est longtemps enflammée ?

(( Il l'a vue nombre de fois ulcérée largement dans plusieurs points à la fois. Il pense alors que le rétrécissement s'opère de cette manière : lorsque l'ulcère commence à déterger, ses bords se rapprochent, comme ils le font pour les mômes maux qui se cicatrisent sur la peau. Or, à mesure que la cicatrice s'avance , la muqueuse cède , diminue le diamètre du canal . qu'elle tapisse, et il s'effectue un rétrécissement d'autant plus considérable que la perte de substance produite par l'ulcération était plus considérable ; il dit en avoir vu un si grand nombre dans le même canal .de l'urètre, qu'il présentait alternativement des renflements et des étranglements , de telle

manière qu'il avait l'aspect d'un cylindre de toile lié en plusieurs endroits de son étendue ; or, quand on se propose de détruire ces rétrécissements, on a tort de vouloir dissiper des fongosités, puisqu'elles n'existent pas ; le but où on doit tendre est de détruire les cicatrices vicieuses pour en procurer de plus avantageuses aux fonctions de l'organe malade. Pour ce faire, on devrait porter sur la cicatrice le caustique approprié, jusqu'à ce qu'on reforme une ulcération analogue à la première , ensuite introduire dans l'urètre des bougies, ou mieux encore des sondes de gomme élastique d'un volume successivement augmenté , jusqu'à ce qu'on eût dépassé de beaucoup le calibre naturel du conduit des urines, en les tenant longtemps à ce degré pour que la nouvelle cicatrice se forme de toute pièce, et non par le rapprochement des bords de la muqueuse, parce qu'alors c'est comme si on n'avait rien fait. Il pense que les récidives, si fréquentes, ne sont dues qu'à ce malentendu sur la manière dont il faudrait traiter ces maux pour les guérir radicalement, ce que l'on ne peut pas toujours prétendre. Il n'a employé le caustique que deux ou trois fois ; un de ses malades a déjà éprouvé plusieurs rechutes, le second n'en a pas éprouvé, bien qu'il y ait dix ans qu'il l'a traité, le troisième n'en a pas éprouvé non plus , mais il n'y a que six mois que le traitement est terminé. En résumé, il l'emploie rarement, parce que les bougies ou les sondes de gomme élastique lui réussissent presque toujours. Il blâme le procédé de Home , qui consiste , comme vous le savez, à introduire un morceau de pierre infernale au bout d'une bougie sur le point rétréci; celui de Petit, qui consiste à envelopper le caustique d'un corps gras pour ménager les parties saines. Ni l'un ni l'autre ne rem-

plissent leur but : le premier cautérise toutes les parties qu'il touche en passant jusqu'au point malade, et rarement on arrive jusque-là ; le second les cautérise toutes aussi , ou bien n'en cautérisera aucune , parce que si le corps gras qu'il enveloppe se fond , il le peut avant d'arriver précisément au point que l'on veut toucher; ou s'il ne se fond pas, il ne servira de rien sur les parties avec lesquelles il se trouvera en contact. Il veut qu'on porte dans le canal une sonde d'argent, jusqu'au rétrécissement, qu'elle soit percée au bout, de manière à ce qu'on puisse y conduire une bougie , armée d'un morceau de nitrate d'argent, autant de fois et aussi souvent qu'on le jugera nécessaire et convenable, etc.

« Pour retirer tout le parti possible de ses bougies, il commence par les plus petites, comme tous le font, et va graduellement jusqu'aux plus grosses sans interruption; il reste longtemps à ce volume, puis il diminue aussi graduellement, mais ce traitement doit durer six mois au moins.

Croup. — (( Je n'ai pu m'empêcher de voir Marteau; il a vu, bien vu, mais je l'aime moins qu'Arétée. Qu'est-ce qu'il nous baragouine avec ses antiputrides, ses vésicatoires et son extrait de Saturne? J'ai vu Home, point Fothergill ni les Italiens. Je trouve bien « odore in fossibus ingrato , spiritu graviolente et putrido ; avula , tonsillis et pharinge tumefactis et florido colore intensibus, insequentibus postea maculis albis prope tonsillas, ulcus fœtidum et sanis suitivis tegentibus, etc. »; mais ce n'est pas le Pérou. Arétée , Arétée !... Il est vrai qu'ils sont plus modernes.

« J'enrage, depuis quatre jours. Quatre enfants sont morts du croup chez M. Guersant ; ils ne parviendront

jamais à attraper la manière de les traiter, si vous n'y venez la leur montrer.

« Je ne peux arriver à son hôpital qu'une demi -heure après sa visite, je voudrais être à même de les traiter moi-même ; leurs essais mal entendus, accuseront votre méthode et les dégoûteront en les éloignant du vrai, j'en suis sûr. J'y suis arrivé hier pour en apercevoir deux mourant ; on s'apprêtait pour les toucher avec deux brins de charpie, en vérité, et un collutoire aussi fort que vos gargarismes, mais pas plus. Vous parlez que je me suis mis en colère, en voyant surtout des élèves instruits, d'ailleurs, me dire avec un sourire moqueur que le bon remède n'avait pas encore réussi. J'ai vu ce matin l'autopsie : couenne épaisse jusqu'aux bronches chez l'un , très diffluente et par lambeaux, nageant dans le mucus chez l'autre. Votre travail, votre travail, pour qu'ils vous entendent.

« Si j'étais de garde à l'hôpital des enfants, comme à l'hôpital de Tours, il est probable que je leur fermerais le bec.

« Je ne peux pas relire. Petit Joubert part trois jours plus tôt qu'il n'était dit. »

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