LETTRE LXI
« Tours, octobre 1820.
« J'avais commencé à vous écrire plusieurs jours avant le départ de Mme de Ghastenet. Je ne doutais point que ma réponse ne fût prête à lui être remise ; il en a été autrement. Je renonce, pour l'instant, à suivre le plan de cette lettre, dont je retrouve le commencement. Je ne pourrais aujourd'hui entreprendre de vous répondre en
1 La suscription de cette lettre est ainsi conçue : « Aux soins de Madame la comtesse de Chastenet, hôtel de Madame la duchesse de Bourbon , rue de Varenne. »
Mme Anne de Ghastenet de Puységur, dont la famille était si intimement liée avec Bretonneau, demeurait en effet chez la duchesse de Bourbon, dont elle était l'amie. — T.
détail et de revenir sur l'arriéré sans courir le risque d'en rester encore au procédé de fabrication des tubes fusiformes. Je yeux d'abord vous parler de ce qui vous concerne. J'ai vu deux fois M. Ghaptal, ou plutôt trois, car j'y suis resté à coucher. Je compte le revoir lundi ou mardi. Je le crois au moment de partir bientôt pour Paris. Je lui ai parlé de l'intérêt que je prends à vous et à vos études , et pour que cela ne ressemblât point à une recommandation dont on s'acquitte, malgré l'assurance qu'il m'avait donnée de prime abord de vous être utile, quoiqu'il m'eût dit : « Envoyez-le-moi, qu'il vienne ; je <( trouverai à le placer, » je ne m'en suis pas tenu là, j'ai voulu qu'il s'intéressât à vous j:>our vous-même : j'ai fait ressortir l'éloge de votre zèle et de votre aptitude du récit de mes recherches ; j'y suis revenu à plusieurs reprises, j'ai lu quelques articles d'une de vos lettres, où se montrent à la fois le g-oût et le talent de l'observation ; enfin Moreau, qui affectionne tous ceux que j'aime, s'est chargé de l'entretenir de vous. Vous le connaissez : bon, honnête, spirituel, il est apprécié dans la maison et vous êtes en bonnes mains.
« La charte médicale me paraît bien ajournée, presque aventurée; il faudrait, pour s'en occuper, du loisir, etc., etc. Je n'en ai pas moins parlé des trop justes réclamations de notre bon Jules ; qu'il me permette de le remercier ici de toute l'amitié qu'il vous témoigne. Vous avez eu raison de lui dire que j'étais bien harcelé ; j'ai, en vérité, fait cinq cents lieues ce mois-ci. Au moment où je prenais la résolution de me soustraire à ces excursions lointaines, qui n'ont eu que l'intérêt du lucre, des personnes avec lesquelles j'ai d'intimes relations m'ont forcé à continuer ma vie errante. M. de
Villeneuve a eu son petit-fils malade, son fils. Je me voyais déjà libre de ce côté; mais, au moment où je venais de faire mes adieux, arrive un ancien voisin: il s'est fracturé F humérus sous le deltoïde ; quel nouvel encombre ! Vous jugez comment peut aller le travail sur le croup. J'espérais qu'une angine tonsillaire, qui s'est encore terminée par suppuration, me serait une occasion de quelques jours de retraite. La veille du jour où l'abcès s'est ouvert, j'étais encore à minuit dans le cimetière de Saint -Jean et j'avais fait dix lieues le matin. C'est de la folie, me direz-vous ; je le disais aussi, et ce n'était pas en riant, car je souffrais comme un damné. Sed occasio pj^œceps, non reditura transiehat / clatam tenere.
« Une petite fille guérie du croup, consécutif de l'angine maligne et d'une affection identique de la membrane pituitaire, avait succombé dix jours après sa convalescence à une fièvre algide. J'ai eu la certitude que je cherchais principalement ; la première maladie n'avait laissé aucune lésion dans les canaux aériens, mais tout le reste était obscurci et tout à fait inappréciable ; quarante-huit heures s'étaient écoulées, la température était à 28 + 0 (Deluc) ; et la terre échauffée par les rayons du soleil à plus de 40. Le cadavre était gonflé comme une outre.
<( Je pleure chaque fois que je pense à tous ces malheureux, tués par Varia callida (les émanations du Ruau Sainte-Anne), et dont vous examiniez si scrupuleusement l'encéphale. Vous devez verser des larmes de sang en vous reprochant de leur avoir laissé emporter dans la tombe le meilleur de leur secret. Quoi! vous ne vous ressouvenez pas si nous avons jeté les yeux sur la muqueuse gastro-entérique de ce jeune homme qui arrivait de Rochefort et qui vint mourir dans son troisième accès de
fièvre pernicieuse et léthargique, dont nous trouvâmes la rate tuméfiée, ecchymosée, déchirée ? Nous étions en si beau chemin , je crois , que nous y regardâmes et que nous n'y vîmes rien.
« Si mon travail reste là, il n'en est pas de même de la maladie : elle continue à moissonner un ou deux enfants par semaine; quelquefois elle paraît s'éteindre, puis elle s'étend brusquement, sans que jamais un très grand nombre d'individus soient atteints à la fois. Treize enfants , externes dans un même pensionnat , ont eu l'angine maligne pendant le mois dernier ; l'affection s'est propagée dans quelques-unes de leurs familles. Sur ces treize enfants de cinq à huit ans, six sont morts avec tous les symptômes du croup. Des sept autres, cinq ont été gravement malades, deux promptement guéris. Ils ont dû évidemment leur salut au seul traitement topique. Je les ai tous scrupuleusement examinés. Un seul vu par M. Douet me laissait quelques soupçons.
<( Les concrétions tonsillaires n'avaient pas plus d'une ligne carrée d'étendue. J'avais pu les enlever et je les avais trouvées, à la vérité, tout à fait semblables aux concrétions croupales. Mais ce mal si léger avait cédé si facilement à des applications topiques ! ! Notez cependant que la sœur aînée s'est trouvée trois jours plus tard bien plus gravement affectée ; le mal a gagné manifestement le larynx et elle a échappé à un grand danger. Enfin le plus jeune frère a succombé, victime d'une indocilité qu'aucun effort n'a pu vaincre. Parmi les six qui sont morts, deux n'ont point été traités topiquement, et aucun des quatre autres ne l'a été avant le quatrième jour. Un d'eux n'a été vu qu'au septième jour de la maladie, déclarée seize heures avant sa mort.
(( Dans le plus grand nombre des cas, les symptômes de l'angine maligne ont été si peu prononcés, qu'ils ont été généralement méconnus. Je demande à une petite fille de la Magdeleine si elle a mal à la gorge (elle était convalescente d'une fièvre d'accès), elle assure que non. De son côté, la sœur dit qu'elle boit et mange bien. J'avais été frappé de l'aspect du mucus qui se trouvait dans son crachoir. Ce mucus, très fluide, avait une teinte rosée. J'examine sa bouche avec soin ; je cherche une cuiller pour abaisser la base de la langue et explorer l'arrière -bouche. Je n'en vis point sur la tablette et une mauvaise honte m'empêcha d'en demander ; le lendemain j'attribuai aux oreillons le gonflement considérable de l'angle de la mâchoire. Ce qui eût dû m'efîrayer me rassura; je serrai encore le gosier de l'enfant: point de douleur, nulle difficulté d'avaler, c'était tout simple. Le jour suivant, l'illusion se dissipa : voix, toux, suffocation croupales ; le pharynx était tapissé de concrétions dont on n'apercevait pas la circonscription. Fumigation, application topique, etc., etc.; expectoration de lambeaux membranéiformes .
« En deux jours le pharynx se nettoya presque complètement ; les symptômes du croup , à l'exception de l'altération du timbre de la voix, commençaient à céder. Je recommandai une légère fumigation, c'était la quatrième ; cette pauvre petite resta levée tout le jour. J'attribue la plus grande partie de ce succès, aussi prompt qu'inespéré, à la lenteur avec laquelle avait marché la maladie chez un sujet affaibli par la fièvre précédente ; elle périt dans un brusque accès de suffocation , après avoir passé la nuit, la plus paisible.
(( Ce n'est pas maintenant le vingtième exemple de
croup essentiel que j'aye pu recueillir ; il est constant que dans tous ces cas le pharynx a d'abord été envahi. Le gonflement des ganglions lymphatiques, qui simule la tuméfaction des parotides et des glandes sous-max illaires , aurait pu dans la plupart des cas donner l'éveil. Mais comment les parents ne seraient -ils pas surpris par les progrès insidieux de cette terrible maladie, quand des médecins expérimentés y sont trompés? C'est de cette façon déplorable que M. Roland a perdu le second de ses fils. L'aîné avait eu mal à la gorge; une fièvre assez vive avait attiré l'attention du père, qui reconnut l'angine maligne. Les ganglions lymphatiques du col, voisins de l'angle de la mâchoire, s'étaient considérablement tuméfiés. Deux applications topiques ayant suffi pour mettre fin en vingt -quatre heures à la maladie, le docteur doutait que son fils eût échappé à un grand danger. Depuis trois ou quatre jours, le second de ses fils était d'une humeur plus difficile, d'ailleurs nulle altération appréciable dans sa santé. Le gonflement des glandes cervicales , un léger mouvement de fièvre engagent M. Roland à faire un examen du gosier. Il fut effrayé en le voyant tapissé de concrétions qui descendaient dans le pharynx au delà de la portée de la vue. Point de toux , nulle gêne dans la respiration, nul changement dans le timbre de la voix. Deux applications d'acide muriatique très affaibli ont été faites dans les vingt- quatre heures. Le lendemain , extinction de voix , toux croupale ; en quelques heures la respiration devint sifflante. Je n'ai vu l'enfant qu'à cette époque. Le mélange de miel et d'acide hydrochlorique avait à peine l'acidité du citron, et le pinceau dont on s'était servi était à peu près du volume de ceux dont vous me parlez. Toutefois le pharynx était déjà
en bon état ; je jugeai que l'enfant était sans ressource, moins d'après la gravité des symptômes que d'après la rapidité de leurs progrès, et je le dis au père. Je l'engageai, s'il voulait faire quelque tentative, à essayer des fumigations , à ne pas les prolonger et surtout à ne pas trop les répéter, enfin à préférer celles d'acide hydrochlorique. Trois ou quatre inspirations de vapeurs hydrochloriques provoquèrent la toux. Le gosier fut touché plus largement qu'il ne l'avait été, et il fut convenu que, si l'état du petit malade s'améliorait, on le laisserait tranquille jusqu'au soir, ou même jusqu'à ce que l'amendement temporaire eût cessé. Le pouls était à peine fébril. Des mucosités qui paraissaient venir du larynx ayant été expectorées, la respiration cessa d'être sifflante, et quelques personnes de la famille qui vinrent voir l'enfant , et le trouvèrent jouant avec un de ses oncles, dirent à M. Roland qu'il avait bien tort de s'alarmer ; que non seulement son fils n'était point en danger, qu'il n'était pas même malade. L'enfant mangea de grand appétit quelques cuillerées de vermicelle. A trois heures du soir il eut la respiration plus gênée , après quelques instants de sommeil ; ensuite il se trouva de nouveau aussi bien que dans la matinée. A neuf heures, je le vis dans un accès de suffocation ou plutôt dans le râle de l'agonie, qui n'a duré que quelques heures. Si ce n'est pas là le croup proprement dit, je ne sais pas où peut exister la différence. On n'alléguera pas la préexistence des concrétions dans le pharynx. On voit trop clairement que le plus souvent on n'a pas dû y faire attention.
« Ainsi Ghisi , le père du croup , dans sa lettre sur les angines épidémiques des années 1747 et 1748, voit la mala-
die se présenter sous deux aspects1. Les unes, dit-il, se donnaient ouvertement à connaître, même aux assistants, par l'inflammation très apparente, les ulcères de Tarrièrehouche, la lièvre, la difficulté ou l'impossibilité d'avaler, la salivation, etc., etc., la tuméfaction- du col, etc., et, si on n'y prenait attention , elles ne tardaient pas « ad « offendere la via del respiro, et i polmoni corne l'altre che « vi descrivere in aprile. . . » C'est bien évidemment l'angine maligne qu'il a eue sous les yeux. Son fils faillit mourir de cette espèce d'angine ; il laissa soigner son gosier par le docteur Scatti, c'était ce qu'il avait de mieux à faire ; il est resté sans doute bien étranger à ce traitement, au moins n'en dit-il pas un seul mot, non plus que des médications générales opposées à cette première espèce d'angines.
« La seconde espèce se terminait du deuxième au septième jour.
« Je passe à la seconde et je traduis mot à mot: « Les « autres, au contraire, traîtresses et mortelles angines, « sans attaquer la g"orge et quelquefois en laissant « presque libre et naturelle la faculté d'avaler, frappaient « et tuaient quelques hommes sans précaution et beauce coup d'enfants non soignés. » Il décrit ensuite le croup, les concrétions tubuliformes expectorées; son tableau de la dernière scène est d'une affreuse vérité. Il n'a fait qu'une ouverture de cadavre. Il a bien observé la concrétion de la trachée ; il dit positivement « alla fauci tutto « si vide sano » ; dans l'arrière -bouche tout se trouve sain. Vous qui savez combien de circonstances peuvent faire illusion, vous pèserez ce seul et unique témoignage.
1 Loco citato.
Mais qu'il y eût ou non des concrétions dans le pharynx, il n'en reste pas moins constant que ces deux sortes d'angine régnaient en même temps, qu'elles avaient la même terminaison, et il est plus que probable que l'angine de la première et de la seconde espèce sont des nuances d'une seule et même maladie, les mêmes, absolument, qui s'offrent dans ce moment à l'observation des médecins de ce pays- ci. Ceux qui sont moins attentifs ou plus offusqués par la science (elle nuit souvent au savoir-faire), donnent à ces diverses nuances les noms de croup, d'angine gangreneuse, de scorbut, de gangrène scorbutique des gencives ; je vous fais grâce de la synonymie. L'imbroglio s'accroît du nombre des diverses espèces d'angines qui se montrent en même temps. Si, dans les excursions que j'ai entreprises pour éclaircir cette question, je n'ai pas trouvé toujours ce que je cherchais, j'ai fait parfois mon profit de ce que je ne cherchais pas. Six enfants sont morts, à quinze lieues d'ici, d'angine maligne, et seize individus avaient succombé dans un autre petit village, près de Saint- Aignant, quelques mois plus tôt; je n'avais pu douter que la maladie n'eût offert tous les caractères de l'inflammation couenneuse du pharynx et de la trachée, d'après les diverses relations que j'avais entendues ; notez cette particularité, c'est un officier de santé qui parle : « C'était le quatrième enfant de cette a maison; je n'avais pas vu les autres; je fus appelé trop « tard, je l'aurais pourtant sauvé à force de camphre et « de quinquina, mais il avait depuis trois semaines le « scorbut. » Le reste ne vaut pas la peine d'être écouté. Le mal, disait -on, continuait à faire des victimes. A six lieues de Chenonceaux, me voilà allant de ferme en ferme. « Je ne puis douter que trois enfants ne soyent morts
de l'angine maligne, mais je ne trouve plus que des angines tonsillaires bien simples , bien bénignes , ou de légers érythèmes de la muqueuse du gosier. Un gonflement considérable du col, une grosse fièvre, font craindre pour la vie d'un fermier du voisinage ; après une heure de marche me voilà chez le voisin. Il était très souffrant des oreillons, ayant peine à mâcher et grand'peur d'étrangler, quoiqu'il eût le gosier bien pâle et qu'il n'eût aucune difficulté d'avaler. Huxham a très bien compris que tous les maux de gorge qu'il avait observés pendant la durée de l'épidémie qu'il a décrite n'étaient pas de même nature1. Le temps apprendra si cette inflammation couenneuse qui accompagne la scarlatine est une affection éruptive qui a de la ressemblance avec cet exanthème, si elle ne diffère pas de l'affection épidémique apportée par la légion de la Vendée2. Celle-là n'est-elle pas susceptible, comme l'exanthème qui l'accompagne, d'une terminaison prompte et spontanée, heureuse ou funeste ? Je l'ai à peine entrevue, et j'y remarquai encore d'autres points de dissemblance indiqués dans une lettre à mon ami Guersant. « Les propriétés désinfectantes du chlore, la prépara-
1 Huxham. — A dissertatio on the malignant Sore Throat. London, 1757.
2 Quelques années plus tard, Bretonneau avait résolu la question. Dans son Traité de la Diphthérite, il s'attache, en effet, à distinguer « l'inflammation pelliculaire de la diphthérite » de l'inflammation couenneuse des tonsillesdans la scarlatine. Il montre que, dans celle-ci, l'ulcération superficielle des amygdales n'est recouverte que d'une exsudation couenneuse et non de pellicules membranéiformes, et décrit les caractères différentiels de ces deux affections. Il établit qu'au contraire de ce qui se passe dans la diphthérite , le danger dans la scarlatine n'est pas proportionné au développement de l'inflammation couenneuse du pharynx, mais à une intoxication due à des germes septiques qui ne laissent pas de traces et dont l'intensité provoque les graves désordres qui amènent la mort.— T.
tion inexacte de M. P... , m'ont sans doute porté à avoir trop bonne opinion de son efficacité. Peu susceptible de se combiner aux liquides dont la température est élevée, il arrive dans les dernières cellules de l'éponge pulmonaire ; son inspiration est plus dangereuse que celle des vapeurs hydrochloriques. Le premier de ces gaz cause des péripneumonies graves, longues, assez souvent mortelles ; l'autre affecte plus particulièrement le larynx. Les animaux se rétablissent plus promptement des désordres occasionnés par son inspiration. Je ne puis vous donner que ce sommaire d'un chapitre de mon travail ; j'ai encore à répéter et à suivre le résultat de plusieurs expériences. Il faut aussi ajourner les détails des opérations de trachéotomie. Je vais rassembler ici brièvement et sommairement quelques nouvelles données sur la phlegmasie maningogène. (J'ai grande aversion du néologisme. N'allez pas prendre au sérieux une mauvaise plaisanterie. J'aimerais assez cependant un mot simple qui indiquât sans périphrase l'affection morbide, l'inflammation couenneuse spécifique qui , suivant son siège , prend des dénominations si diverses. Je le voudrais mieux sonnant1.)
« Depuis votre départ, j'ai rencontré plus de vingt individus affectés d'angine maligne. La légion n'a pas cessé de fournir des exemples de stomacace. Vous voyez que le croup n'avait point encore été aussi effrayant. La maladie s'est montrée dans les lieux éloignés. On vient de me citer Blois. On ne parle encore que de maux de gorge gangreneux, observés par le docteur Sellier. La légion de la Vendée envoyé dans cette ville un détache-
1 Bretonneau n'avait pas, on le voit, trouvé encore le terme de dipththérite. — T.
ment. Depuis longtemps je n'ai plus vu les concrétions membranéiformes s'étendre dans les dernières ramifications des bronches. Je n'ai pas encore rencontré un seul exemple bien constaté de terminaison spontanée ou de guérison obtenue par les traitements généraux. M. Origet* m'a parlé d'une jeune personne qui guérissait sans traitement topique ; elle avait arraché de son gosier des concrétions qui ne s'étaient point délayées dans l'eau ; elle était, au quinzième jour, encore malade. Il me l'a fait examiner : elle avait une complète aphonie, mais le gosier n'offrait pas la plus légère trace de phlogose , ni de concrétions. Que je regrette de n'avoir pas vu cette malade avant le traitement, ou plutôt au commencement de sa maladie !
« Huit enfants se sont trouvés affectés à la fois de stomacace , à l'office des petits garçons ; tous les huit et surtout six l'étaient gravement, tous du côté droit : le bord alvéolaire, l'intérieur de la joue et le bord correspondant de la langue étaient recouverts de concrétions. Quelques autres , atteints à un degré léger , ont été guéris instantanément, tous très promptement. Je me suis demandé pourquoi ils étaient si exactement affectés de la même manière. Tous avaient la joue droite gonflée et les ganglions lymphatiques sous-maxillaires plus volumineux que de grosses avelines. Je n'ai pas su trouver de réponse satisfaisante à cette question. Vous ne me parlez pas de l'état du pharynx de vos enfants croupes. J'en infère qu'il était tapissé de concrétions.
« Que M. H. n'ait pas goûté le mémoire de Marteau, qu'il Fait cru d'un contemporain, quoique l'indication de
1 Médecin de Tours.
la page et du volume du journal fût en tète de la note ; qu'ensuite il m'en ait demandé une nouvelle communication quand je lui en ai fait F éloge, tout cela ne me surprend pas ; mais vous , mon cher Velpeau I ! Allons , de bonne grâce, une génuflexion devant les mânes de Marteau ; si vous hésitez , combien vous allez vous repentir ! Il a décrit la fièvre entéro-mésentérique ; il croit que c'est une inflammation sourde du cerveau, etc., etc.; mais il a très bien noté Fenchroïa1, la fréquence de la diarrhée séreuse: la longueur interminable de la maladie, qui régnait épidémiquement , affectait surtout les jeunes gens, était meurtrière, s'accompagnait de toux, d'éruption miliaire, etc., etc. Il avait grande confiance aux émissions sanguines, mais vous le lirez, et bien ferez. Quand il n'aurait jamais vu la fièvre entéro-mesentérique, quand il n'aurait pas cité deux fâcheux événements occasionnés par des noyaux de cerises, quand il n'aurait pas dit que pour perfectionner Fart il fallait interroger les cadavres , vous lui devriez encore une génuflexion pour son beau travail sur l'angine maligne2. Quoi ! vous n'avez pas pris goût à un morceau si substantiel et si savoureux, un os médullaire, comme le dit Rabelais...! num misero carmen aut herba nocent ?
« Cette maladie est nouvelle pour le pays qu'il habite :
1 « Ghisi aussi. Il en donne une observation détaillée, et, le croiriezvous , ennuyé de la longueur de la maladie , il a employé le mercure doux et Thonneur de la cure lui est tout à fait attribué. » (Note ajoutée par Bretonneau.)
2 Marteau, de Grandvilliers. — Description des maux de gorge épidémiques et gangreneux qui ont régné à Aumale et dans le voisinage. Paris, 1768. Bretonneau, dans son Traité de la diphthérite, fait également un grand éloge du mémoire de Marteau. Mais il lui reproche d'avoir confondu, à l'exemple de Fothergill et d'Huxham, l'angine scarlatineuse avec l'angine diphthéritique. — T.
BRETONNEAU A YELPEAU 389
elle est épidémique , de manière cependant qu'elle n'attaque que peu de sujets à la fois; elle est contagieuse, il l'observe depuis huit ans. On ne sait où atteindre le mal de gorge gangreneux. Diversité de son invasion, son irrégularité. Description parfaite comme tableau et perspective de la maladie. Que dites-vous de ces fusées au larynx et au pharynx? « C'est toujours un fâcheux pro- « nostic quand on cesse d'en apprécier la base ou la cir- « conscription ; quand l'aphte s'étend vers le larynx, etc. , » n'est-ce pas là le croup ? L'exanthème est décrit de main de maître : « Cette peau saillante par petits bou- « tons, comme un cuir chagriné ou comme la peau d'une « jeune volaille plumée... » Voilà précisément ce que j'ai rencontré, et c'est au moins une modification bien remarquable de la scarlatine. « Dans les cas de terminaison « favorable, l'escharre se divise et laisse apercevoir entre « plusieurs bandes blanches des chairs plus vermeilles. « L'aphte, qui devient mortelle, s'étend, s'épaissit, devient « jaune, grise,, brune ou noire à la fin. Les yeux sont « tristes, larmoyants, ténébreux } et les extrémités plom-
« bées Dès avant d'administrer le vomitif, je touche
« l'aphte avec un pinceau de charpie ou de linge mollet, « imbibé d'esprit de sel... Il faut toucher mollement... » — Lisez donc toute la fin... — « Je redoute le danger, « il est prompt comme l'éclair... ; j'ai eu le désagrément « de n'approcher de certains malades que pour m'aperce- « voir qu'au bout d'un jour ou deux il était trop tard. » Notez que j'omets à dessein d'excellentes phrases que je pourrais citer. Mais son observation particulière de 1756 { (tome IV du journal, premier semestre), vous ne l'avez
1 Ancien journal de médecine.
pas lue, non certainement, vous eussiez rendu plus de justice à cet honnête Marteau... Lisez, lisez, et faites amende honorable ; si j'entreprenais de citer, je transcrirais. Il parvient, non sans peine, à faire l'ouverture du corps : quels précieux détails il nous a laissés ! et vous n'êtes pas content de lui ? La membrane interne de la trachée s'exfolia d'un bout a l'autre sous nos doigts... Il ajoute, à la vérité, que le poumon était sphacélé, mais il a soin de vous prouver qu'il ne l'était pas. « Jusque-là, l'odeur du cadavre n'avait été que fade, l'ouverture du côlon répandit une exhalaison si infecte, etc. ». Vous qui avez vu une fois le sphacèle du poumon, que l'on rencontre si rarement , vous savez si à l'ouverture de la poitrine l'odeur du cadavre était fade. Vous appréciez les causes de l'illusion du bon Marteau sous un autre jour, vous revoyez les mêmes objets et vous ne méconnaissez pas leur véritable coloris à travers la fausse teinte que leur donne la prévention. Il est évident que Marteau était peu versé dans la pratique de l'anatomie pathologique, quoiqu'il en sentît l'importance ; il se plaint amèrement des obstacles qu'il a rencontrés ; sans doute, il n'était pas assez persuadé que vouloir et pouvoir sont presque synonymes. Vous voyez toutefois que dans cette circonstance il se fît prêter main-forte, et cela n'est pas beau? digne d'éloges? Il ne s'est pas aperçu, je l'avoue, que l'angine maligne n'était point une affection gangreneuse ; il a pris la concrétion méningoïde pour la membrane muqueuse exfoliée.
« Mais s'il y eût vu tout à fait clair, il ne me laissait rien à dire; de bonne foi, je crois que j'aimerais autant avoir appris que d'avoir à enseigner. Depuis longtemps, toute mon érudition se bornerait à être bâtard. Malheu-
reusement ce souhait modeste peut encore nioins se réaliser que vos glorieux présages. Je vous en remercie, j'en suis aussi touché et reconnaissant que si je. prenais grand plaisir à y croire. J'ai toujours oublié de vous dire que , loin de vous blâmer d'avoir respecté les restes de votre ami Salmon, je vous avais fort approuvé. Je vous aime mieux moins savant et plus affectueux. Puisque me voilà revenu à vous, permettez-moi, mon cher ami, de vous donner quelques conseils ; ils sont dictés par l'attachement; permis à vous de ne pas les goûter ou de les aj3prouver et de ne pas les suivre.
« Maintenant que vous voilà fixé à Saint -Louis , je crois qu'au lieu de regretter de ne pas être ailleurs, vous feriez sagement de porter votre attention sur ce qui vous entoure ; vous trouverez nécessairement quelque objet digne de la fixer. Si vous avez du loisir, lisez nos meilleurs classiques , les chefs-d'œuvre de Corneille et de Racine , Boileau , La Fontaine , les romans de Voltaire , quelques volumes de sa correspondance. Si, en lisant, vous ne vous livrez pas seulement au plaisir de lire, si vous donnez quelque attention à l'art avec lequel les mots sont adaptés à l'expression de la pensée, votre style, qui est devenu de jour en jour plus correct, se perfectionnera encore. Livrez -vous à des recherches anatomiques qui aplanissent les difficultés de votre sujet favori, qui vous ouvrent la voye ou éclairent des points accessoires. Mme Dupin disait souvent : Ce qu'on sait souffre de ce qu'on ne sait pas / c'est l'expression un peu vague et précieuse d'une pensée fine et juste. Ainsi, un peintre habile possède dans la perfection l'entente du coloris, de la perspective, et, dans une rare et fidèle expression des passions, on reconnaît son savoir, on
admire son talent ; hâtez -vous de contempler son chefd'œuvre. Tout à fait étranger aux connaissances chimiques, il a fait usage de couleurs qui, par le contact de l'air ou leur mélange, vont bientôt s'altérer. Notre art, plus complexe qu'aucun autre, exige que nous sachions directement et à côté ; nous procédons autant par voie d'exclusion que d'admission , et souvent nos plus importantes distinctions ne s'établissent pas si sûrement par leurs signes joropres que par leurs caractères négatifs.
« Quand vous aurez bien étudié la muqueuse intestinale dans l'état sain , examiné , suivi , comparé quelquesunes de ses altérations éloignées ou rapprochées de la lésion entéro-mésentérique, vous aurez fait un grand pas dans la recherche de la vérité. Je m'étais bien promis d'ajourner quelques réflexions sur l'entéro -mésentère , que je voulais remettre à un temps plus opportun ; la crainte que vous ne vous engagiez dans de fausses routes, que je crois pouvoir déjà vous signaler, me détermine à vous communiquer des considérations qui m'ont été rappelées par la lecture de vos lettres.
Fièvre entéro-mésentérique . — « Observez d'abord que toute lésion ulcéreuse offre dans la perte de substance un caractère commun bien propre à faire naître plus d'une illusion ; que le caractère particulier imprimé à quelques ulcères par la cause qui les a produits s'efface après un certain laps de temps : ce sont alors de simples solutions de continuité, etc., etc. J'omets à dessein les détails et les preuves. Notez aussi que la plupart des phénomènes généraux de l'inflammation compliquent toutes les phlegmasies spécifiques, ce qui donne beau jeu aux faiseurs de systèmes. Ceux mêmes qui sont dus aux causes les plus permanentes et les plus matérielles, les ulcères cancéreux
et tuberculeux, par exemple, ne peuvent être bien appréciés dans leur dernier degré qu'après avoir déjà été étudiés à des époques moins avancées. Alors l'œdème, l'induration blanche et rouge, toutes les altérations dues à une phlegmasie chronique, la végétation des ' bourgeons charnus, la pénétration réciproque des tissus, leur mortification , leur fonte , la coagulation du pus obscurcissent le vrai caractère de la maladie, au point qu'il ne peut être qu'à peine discerné par des yeux exercés.
(( On trouve fréquemment dans le canal intestinal des phthisiques deux sortes d'ulcères, les uns dus à la résorption du pus aphteux, à bords minces, etc.; les autres avec épaississement de tissu, mais du tissu de toutes les tuniques , dû au ramollissement des tubercules sousmuqueux ou sous -séreux. On trouve aussi des plaques ou épaississements de membranes sans ulcérations. Ces plaques, qui ont la même origine que les ulcères, n'occupent pas particulièrement la fin de l'iléon : j'ai eu l'occasion d'examiner depuis peu les ulcères tuberculeux que j'avais déjà vus bien des fois ; j'y ai apporté la plus scrupuleuse attention. Un militaire, qui tuberculis deputahatur , a succombé dans le second degré du marasme , après deux jours d'une fièvre plus intense , accompagnée de diarrhée, et, au jugement du docteur L***, de quelques autres symptômes d'entéro-mésentérique. Dans l'éponge pulmonaire, les plèvres, leurs replis, des tubercules crus sans nombre. La muqueuse trachéale légèrement rosée ; le péritoine et tous ses replis parsemés de tubercules de toutes grosseurs. A l'ouverture du tube intestinal, l'aspect de la muqueuse ulcérée et surtout l'aspect d'une plaque que le docteur revendiquait pour l'entéro -mésentère ; j'ai redoublé d'attention en pensant à vous. Le carreau, une
conséquence de l'entéro-mésentérique! ! ! Rappelez-vous que vous avez vu Broussais montrant à ses auditeurs des plaques entéro-mésentériques pour des ulcères cancéreux, et souvenez -vous qu'il est difficile, mais important, de ne pas confondre la vraie et la fausse angusture, le quinquina Loxa et le Calisaya, etc. Hélas ! il faut moins de science que de métier, et voilà ce qui assure à jamais le succès des systèmes...
« Des tubercules sous-péritonéaux correspondaient à toutes les plaques. Quelques-uns, de la grosseur d'un noyau de cerise, faisaient saillie intérieurement et surtout extérieurement. La tunique muqueuse participait à peine au gonflement des autres tuniques et du tissu cellulaire qui les unit dans les points où elle était ulcérée. Loin d'avoir acquis de l'épaisseur, elle se trouvait amincie. La valvule iléo-csecale était légèrement phlogosée; il n'y avait ni plaques , ni ulcères , vers la terminaison de l'iléon.
« J'ai examiné avec le plus grand soin le canal intestinal d'un vieillard mort d'une diarrhée chronique ; nuls vestiges de plaques ni d'ulcères : la muqueuse du gros intestin et particulièrement du rectum, et le tissu sous-muqueux épaissis, tuméfiés, avaient pris un teint brun foncé ; la tunique péritonéale était marquée de bandes noires longitudinales ; cette teinte n'indiquait certainement point une affection gangreneuse, elle paraissait due à l'absorption de la matière colorante qui teignait la tunique muqueuse. Voici une autre altération de la muqueuse intestinale. M. Bouchet éprouva, l'été dernier, des douleurs d'entrailles qui se terminèrent par une diarrhée prolongée ; deux mois plus tard, la constipation succéda à la diarrhée : vomissements , coliques ;
constipation plus opiniâtre , vomissements copieux de matières excrémentielles. Des pilules d'opium et de calomel procurent un soulagement inespéré, et pendant trois mois de convalescence apparaît la régularité des déjections; le retour des forces et d'un peu d'embonpoint me confirmaient dans l'opinion qu'un étranglement accidentel sans lésion squirrheuse avait occasionné les symptômes graves qui avaient fait craindre pour ses jours. Le visage n'avait point le teint jaune-paille, le pouls était rarement accéléré ; des écarts de régime ont rappelé la diarrhée ; succès apparent des mêmes moyens sans interruption des progrès rapides du dépérissement. Autopsie cadavérique : invagination du côlon droit, huit pouces au-dessus du caecum.
<( La portion supérieure invaginée de huit lignes dans la portion caecale ; ulcération du bourrelet muqueux, soudure de la tunique péritonéale, dilatation médiane du caecum, adhérence des tuniques, simple destruction de la tunique muqueuse dans quelques points rapprochés du bourrelet. Les plus grands de ces ulcères, à bords assez minces, avaient la dimension d'une pièce de cinq francs. Les ganglions mésentériques n'étaient pas sensiblement tuméfiés.
« Mme Renault a succombé à une affection aphteuse du canal intestinal. Les symptômes fébriles avaient une intensité qu'on n'aurait pas soupçonnée à la vue des ulcérations aphteuses , rares , superficielles et d'une petite étendue. Non, assurément non, il n'y a aucun rapport entre ces diverses affections et l'exanthème entéro-mésentérique; ou du moins il n'y en a pas d'autre que la solution ulcéreuse de continuité, qui ne s'observe qu'à une époque assez avancée de cette maladie.
« Un militaire a succombé il y a quelques semaines, au neuvième jour d'une fièvre ataxique, avec complication péripneumonique. Autopsie cadavérique : Sur la muqueuse gastrique, mucus jaunâtre; dans le premier tiers de l'intestin grêle , chyle blanc , crémeux , épais ; dans le second tiers, intégrité parfaite de la muqueuse; les premiers boutons sont trouvés à quatre pieds de la valvule ; en descendant ils se serraient de plus en plus , étaient mêlés de plaques épaisses de six à huit lignes. Sur la plupart, les villosités de la muqueuse n'étaient pas encore effacées; rougeurs assez vives dans l'intervalle, deux ou trois plaques seulement, et le sommet de quelques boutons commençant à s'ulcérer, ou plutôt on commençait à apercevoir les bourbillons furonculaires ayant déjà une teinte ocracée, qui est très probablement le résultat de l'action colorante qu'exerce la bile sur un tissu inerte. Les ganglions mésentériques correspondants avaient acquis le volume de grosses noix ; ils paraissaient plutôt développés , amplifiés , qu'enflammés ; en les divisant avec le scalpel, on les trouvait tendus d'un blanc rose.
« C'est dans la première période de cette maladie , de même que dans le principe de plusieurs autres affections transmissibles, qu'ils atteignent leur plus grand développement. Je crois plus que jamais à la transmissibilité de la fièvre entéro-mésentérique. Dejmis votre départ, vingtdeux individus ; vingt ont été atteints dans le petit bourg de Chenonceaux , six dans une même maison , quatre dans une autre. La plupart ont été très gravement affectés; trois ou quatre ont succombé. En retrouvant là cette même affection qui s'est à peine montrée ici, depuis votre départ, et la voyant passer successivement d'une extrémité du village à l'autre, et conserver cet ensemble et cette
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même diversité de symptômes qu'elle avait montrés dans des eirconstances atmosphériques si différentes, j'embrasserais tout à fait cette opinion qu'elle est contagieuse , et je ne me fais aucun scrupule de me trouver seul de cet avis. Je vois que vous n'avez pas besoin d'être encouragé à suivre des recherches dont vous ressentez si vivement l'intérêt ; il ne tiendra pas à moi que vous n'obteniez bientôt plus de facilités pour suivre vos projets. Quelques faits recueillis à Chenonceaux semblent encore indiquer qu'on ne serait plus exposé à contracter cet exanthème du canal intestinal , quand à une époque antérieure de la vie on a déjà éprouvé les symptômes qui le caractérisent. Si une semblable question reste souvent indécise, relativement à la petite vérole, vous jugez que dans ce cas-ci la certitude sera toujours bien plus difficile à acquérir.
« J'avais donné, il y a huit jours, ce brouillon à un scribe, pour essayer son savoir-faire, voir le parti que j'en pourrais tirer pour mon travail, et aussi dans la double intention de conserver quelques passages de ma lettre pour mémento, et vous éviter la peine de la déchiffrer. Mon homme est allé à la campagne ; j'aime mieux vous expédier cet in-folio tel quel, que de vous laisser encore dans l'attente. M. Chauveau vous portera, j'espère, des ampoules et le procédé de fabrication.
« Cherchez, je vous en prie, l'ouvrage de Fothergill ' : il a été traduit en français ; je suis porté à croire qu'il a plutôt traité son sujet en savant qu'en observateur. Je m'en rapporterai à votre jugement. » *
1 Fothergill. — An Account of ihe Sore Throat attended ivith ulcers. London, 1748, in-8°. Ibid., 1754, in-8». Traduct. franc, par l'abbé Larivière. Paris, 1749, in-12.