LETTRE LXII
DE VELPEAU
« Paris, 2 novembre 1820.
« M. Guersant, toute sa famille et vos autres amis me chargent de vous dire mille choses obligeantes de leur part. Et que veulent-ils que je vous dise? qu'ils vous aiment, vous admirent et vous chérissent autant que possible? Que sais -je encore? Après tout ils auraient plus tôt fait de le dire eux-mêmes. Je l'ai dit à M. Guersant, qui pour plus d'une raison devrait bien vous écrire ; il en convient, mais il jure n'en rien faire avant que vous ne soyez venu à Paris : « Qu'il vienne ! qu'il vienne ! il faut « qu'il vienne , puisqu'il l'a promis ! Qu'il abandonne tout « pour un mois ou deux; il emploiera ce temps à faire « imprimer son travail à Paris; je veux le voir, je veux « l'entendre lui-même. » M. Duméril me donne les mêmes raisons. Qu'ai -je à dire à cela, moi ? qu'ils ont raison et de joindre ma faible voix aux leurs. M. Orfîla est de retour, il vous a vu, entendu; je vous avertis, non sans crainte de blesser votre modestie extrême, qu'il n'a trouvé dans sa tournée aucun médecin aussi zélé, aussi savant, aussi habile que vous : ce sont ses propres expressions; il vous adjoint M. Barbier d'Amiens. Depuis longtemps j'étais bien pénétré de la plus que vérité de ces titres, j'apprends cependant avec une bien vive satisfac-
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tion que justice vous est rendue par un homme de premier mérite.
« M. Guersant ne voulant pas parler lui-même, il vous fait dire par moi que deux croups se sont offerts à son observation depuis que je vous ai parlé. L'un rentre dans la catégorie de la tourbe croupale, j'ai peine à prononcer méningoïde; il a présenté tous les symptômes de cet horrible mal; on a vu la couenne, on l'a touché , il est mort. Vous devinerez aisément le reste. L'autre est plus intéressant et tout neuf. Un enfant de cinq à six ans est pris tout à coup de ce que nous appelons pseudo- croup. En attendant mieux, M. Guersant, prévenu contre l'illusion, observe l'arrière -bouche et le gosier; rien, absolument rien, pas même de la rougeur. Il rassure les parents, prescrit quelques sangsues et une diète adoucissante. Deux jours après le petit malade se porte bien. Le quatrième jour, nouveaux accidents; les parents, tranquillisés par l'issue de la première attaque, s'en effrayent moins. M. Guersant arrive le cinquième pour voir la mère atteinte d'un autre mal, et trouve de la fièvre à l'enfant; il le fait tousser devant lui, on lui conte ce qui s'était passé la veille, il oublie la gorge et présume que ce ne sera rien; le sixième, il est mieux; le septième, M. Guersant le voit : la toux est grasse, la respiration pas gênée, la fièvre assez forte; refusant de craindre l'inflammation méningogène, dans ce cas, il laisse encore le gosier. Le huitième, les parents sont épouvantés par les symptômes terribles du croup ; la toux est suffocante, la voix glapissante, la respiration entrecoupée, enfin ils croient leur malheureux enfant mort, lorsqu'une dernière quinte est suivie de l'expulsion d'un long tube membranéiforme épais, consistant, ayant la
forme de la trachée-artère; alors les accidents deviennent moins alarmants. M. Guersant, qui ne vit le malade que le neuvième, remarqua plusieurs points couenneux sur les amygdales et les piliers du voile du palais; le petit patient disait éprouver une douleur cuisante le long de la trachée -artère. Il avait expectoré, depuis le tuyau, quelques crachats mêlés de stries sanguinolentes, et la fausse membrane elle-même présentait aussi quelques points tachés de sang; on s'est contenté depuis d'une médication mucilagineuse et adoucissante, et l'enfant est à peu près guéri; le timbre de sa voix est seulement un peu plus sonore et plus aigre que dans l'état naturel. Il semble que l'épithélium excessivement mince qui recouvre les papilles de la muqueuse se soit exfolié avec la concrétion morbide , ce qui rendrait le passage de l'air plus douloureux. D'où est parti le mal? est-ce des bronches, de la trachée, du larynx ou des amygdales? Y avait-il quelques points méningoïdes dans l'une ou l'autre de ces parties lors de la première attaque, ou bien le croup sine materia est- il susceptible de se terminer par le croup membraneux ? Voilà autant de questions que je vous adresse, n'osant résoudre aucune d'elles. Ce qui est de fait et très intéressant sous un autre rapport , c'est la guérison spontanée de la pauvre petite fille.
« Le carreau, conséquence de Ventéro-mesentêrique ! ! ! . . . — Eh! qu'a donc de si révoltant, mon Dieu, cette proposition? D'abord j'ai demandé s'il n'en était pas une, et je n'ai pas dit que cela fût. Mais, avant tout, qu'est-ce que c'est que le carreau? Les descriptions qu'en donnent les auteurs ne se ressemblent guère quand on les compare. Cette maladie ne paraît avoir été examinée que par un petit nombre d'hommes et d'une manière très superficielle.
Pour moi, il m'a semblé qu'on entendait par là un gonflement plus ou moins considérable des ganglions lymphatiques du mésentère avec dégénérescence caséeuse ou tuberculeuse. Or, je demande s'il n'est pas possible que chez les sujets jeunes, chez lesquels le- système lymphatique prédomine, et lorsque la convalescence de cette fièvre a été longue et difficile, ces glandes conglobées s'engorgent, puisqu'elles le sont dès le principe, se turiiéfient , se désorganisent graduellement par l'effet de l'irritation continuelle dont elles sont alors le siège ? Pendant qu'il y a des ulcères dans le tube digestif, il s'y fait toujours quelque travail suppuratoire ; les absorbants le remplissent de ce fluide hétérogène qui les irrite, les enflamme, — à part même le virus propre à la fièvre, — et qui bientôt détermine le gonflement des ganglions qui correspondent à ces vaisseaux. Il m'était passé par la tête que, dans les individus où tous les phénomènes inflammatoires marchent très lentement, il pouvait bien arriver que les ulcères de la muqueuse se cicatrisassent à la longue, pendant que les ganglions continueraient à se gonfler, à suppurer, à se désorganiser en un mot, et eussent produit, dans ce cas, ce qu'on appelle « carreau ». Voilà, Monsieur, ce que j'avais pensé, ce que je vous demandais; j'en suis encore là.
<( Vous croyez que je prends tous les ulcères de la muqueuse intestinale pour ceux produits par la fièvre entéro-mésentérique? Je crois pouvoir vous assurer que tous ceux que je vous ai cités comme tels en étaient réellement; j'ai négligé les détails parce qu'ils étaient inutiles pour vous, et vous voudrez bien croire que j'y regardais de très près. Quand je vois des ulcères ronds taillés à pic, à bords relevés, décollés, de toutes gran-
deurs sur la muqueuse de la fin de l'iléon et dans le gros intestin , au milieu de grosses plaques , larges , très saillantes, et de boutons gros comme des pois, des têtes d'épingle, très nombreux, ne dirais -je pas que ce sont là des suites ou des attributs de la fièvre entéro-mésentérique ? Certes , vous m'avez trop donné de leçons pour que je confonde les diverses espèces d'ulcération de la muqueuse avec celle-là; c'est parce que tout me force à croire que cette maladie est une et indépendante des autres, que je me raidis contre la prévention, que je cherche si les désordres qu'elle produit ne s'expliqueraient pas mieux d'une autre manière, afin de ne pas m'engager dans une fausse route dont je ne pourrais me retirer plus tard que fort difficilement. Tout conspire même pour me faire rendre. Dieu veuille que la vérité soit dans ce sens. Une femme de quatre-vingt-quatre ans, mais verte pourtant, a une luxation de l'humérus, pendant le traitement de laquelle tous les symptômes d'une gastro-entérite se déclarent ; elle résiste à la diarrhée pendant un mois. A l'ouverture de son cadavre : poumons engoués, muqueuse intestinale phlogosée dans toute son étendue , mais ni plaques , ni boutons , ni ulcères ; et d'une.
« De deux autres femmes empoisonnées par l'extrait de noix vomique, dont on fait un fréquent usage à Saint-Louis, l'une n'a offert que de légères traces d'inflammation; mais la muqueuse gastro-entérite de l'autre, qui avait eu pendant longtemps le dévoiement, s'est trouvée d'un rouge écarlate, gonflée, rugueuse; enfin l'inflammation était au plus haut degré d'intensité, dans tout le gros intestin surtout, sans qu'il y eût rien d'analogue à ce que l'on trouve dans la mésentente. Ces deux
observations sont venues au-devant de mes désirs. J'en voudrais bien d'autres; je sais où elles sont, mais je ne peux pas les suivre.
(( J'avais à vous parler encore d'une autre femme, mais un contre -temps me fait plier ma lettre pour l'envoyer bien vite; j'arrive tout essoufflé de chez M. Husson, à qui j'avais laissé votre procédé des tubes, afin qu'il ajoutât ce qu'il croit convenable pour faire sentir le vice des méthodes employéees jusqu'ici pour conserver et propager le vaccin, ce qui n'est pas fait encore partout; il suffît que je vous nomme pour qu'on cherche à me faire du bien, de sorte qu'il voudrait me protéger aussi, lui. Il s'agit d'une folie réellement sérieuse , et que je n'excuserai qu'autant qu'elle vous paraîtra raisonnable. Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous trouvez où placer cette pensée d'Horace :
Qui fit... ut nemo, quam sibi sortem Seu ratio dederit, seu fors objeccrit, illa Contentus vivat, laudet di versa scquentes?
« En effet, l'ambition nous laisse rarement tranquille, elle nous montre le bonheur là où nous ne sommes pas. Je tiens fortement à n'être pas obligé d'avoir recours à mes parents pour les frais de ma réception de docteur; je voudrais les gagner, mais non par la seule faveur, car il est à peu près décidé que je ne peux concourir; d'ailleurs, en concourant j'aurais tout à risquer. Supposez donc que l'extrême bienveillance de quelques personnes me fît admettre , ce ne serait plus dans l'ordre ordinaire , ce ne serait pas juste. Ce n'est pas même sans quelque ombrage , sans quelque dépit , que plusieurs élèves me
voient à Saint-Louis. J'avais spéculé sur l'enseignement , sur l'anatomie. J'ai rassemblé sept jeunes gens pour commencer, qui m'ont donné chacun dix francs pour leur faire une espèce de cours, de répétition d'ostéologie. J'aurais pu en trouver un plus grand nombre pour l'hiver; mais la légion des professeurs autorisés arrive , il faut que je déniche de ma petite salle. Je serais obligé de louer un amphithéâtre et d'acheter des cadavres, si je persistais. Vous voyez que le commerce n'est pas lucratif. M. Husson me propose de m'envoyer à Bruxelles auprès
de M Je n'ai pas eu le temps de chercher son
histoire, qui doit être bien connue : il a joué un grand rôle dans notre révolution. J'aurais trois mille francs de pension annuelle , je serais obligé d'être avec lui deux heures le matin et une heure le soir, pour lui tenir compagnie et lui aider à lire les journaux. Il promet que je pourrais suivre l'hôpital de la ville, dont les médecins sont recommandantes , etc. Je vous avoue que cette affaire me plaît; j'ai un extrême désir de me livrer à la littérature, dont je sens vivement le besoin. J'y pourrais rester deux ans, sans préjudice pour mon âge. C'est un grand politique, un déporté; mais qu'est-ce que cela me fait? c'est aussi un savant. Avant de décider, M. Husson exige de moi une lettre de vous , à lui adressée , dans laquelle vous lui direz tout ce que vous pensez de moi, bien ou mal. Il veut aussi qu'on n'en parle à personne , à cause de ses emplois qu'il craindrait de perdre , si on savait qu'il correspond avec ces gens -là. Il faudrait que cela fût fait avant huit jours. Pardonnez-moi, Monsieur, s'il vous plaît, encore cette importunité , qui ne sera probablement pas la dernière, puisque vous me permettez toujours d'y revenir. Je vous prie donc d'avoir la com-
plaisance, sitôt la présente reçue, s'il vous est possible, de m'envoyer sous enveloppe une lettre pour M. Husson, dans lacpielle il trouve ce que vous pensez de moi. J'aimerais mieux montrer plus de mérite que vous n'en annoncerez. Au moins veuillez donc- ne pas exagérer mes qualités, si vous m'en connaissez quelques-unes. En même temps, deux mots pour moi de ce que je dois faire en pareille occurrence , car je ne veux rien décider avant de connaître votre avis et de savoir au juste ce que c'est que tout ça. N'importe ce que vous en penserez, ayez la bonté de m'envoyer cela et de me le dire; je ne cesserai d'être tourmenté jusqu'à ce que j'aie votre réponse.
« M. Chauveau, qui attend sa maman sous quelques jours, se joint à moi pour vous présenter nos humbles respects; nous avons vu M. Edouard. Très humble serviteur à M. Leclerc et M. Mignot.
« J'attends en tremblant votre lettre. »
LETTRE LXIIP
DU MÊME
« Décembre 1820.
« Il n'est pas impossible que je ne vous arrive avant « quinze jours. » Assurément c'est le plus utile des efforts que vous puissiez faire. Malgré l'intérêt de cha-
cime des phrases contenues dans cette précieuse lettre, celle-ci est mille fois plus intéressante encore. Je suis allé le soir même que je l'ai reçue chez M. Guersant; cette nouvelle Fa fait pâlir de joie. Madame est venue augmenter et partager l'allégresse commune, et tous croyaient déjà vous tenir. J'ai eu beau m'égosiller pour leur faire entendre que vous disiez simplement que vous pourriez bien venir et non pas que vous viendriez sous quinze jours, afin de modérer la vivacité d'une joie que je crains que vous ne trompiez; tout a été inutile; ils ont conclu que vous ne pouviez vous dispenser maintenant d'arriver la semaine prochaine. En conséquence , ils apprêtent ce qu'il faut pour vous recevoir. Ainsi vous voyez, et moi aussi je vois, avec bien du plaisir même, que vous avez contracté l'engagement d'être à Paris à la lin du mois; or, vous ne contractez aucun engagement que vous n'y répondiez. Donc vous serez ici dans quinze jours.
« Le croup sporadique, qui se termine spontanément après l'expulsion de la fausse membrane, n'est pas la diphthérite; c'est là une question, en êtes-vous bien sûr? Je me rappelle fort bien la jeune Caroline, dix-sept ans, du n° 28 de la salle des femmes , qui expectora une longue portion membranéiforme rougeâtre , assez consistante. Je me souviens aussi qu'elle resta enrouée pendant assez longtemps, mais voilà tout. Je ne sais pas ce qu'on voyait au fond de la bouche avant ni après l'expulsion de la concrétion. D'ailleurs cette observation surannée ne peut vider ni résoudre la question. M. Guersant regrette fortement de n'avoir pas gardé son morceau pour vous convaincre; il l'a examiné avec beaucoup d'attention, il assure qu'il ne différait en rien des autres; il dit aussi
que dernièrement un enfant lui a présenté cette particularité, qui porterait à nier sur le vivant l'existence de la concrétion, quoiqu'elle y soit depuis longtemps. L'autopsie est venue éclaircir son doute; mais il attribue l'analogie de couleur de ces parties différentes à la ténuité de la fausse membrane, dans ce cas, qu'il dit être demi-transparente. Si j'osais douter sur la nature du mal, ce serait dans cette observation. Il est loin de se flatter de pouvoir éclaircir vos doutes, il faut que vous soyez ici pour l'électriser.
« Quant à Sœmering, c'est un anatomiste plutôt qu'un médecin ; ainsi en fait d'observations médicales il ne fait pas loi. Mais croyez -vous que le croup épidémique contagieux puisse guérir spontanément ou par l'emploi des méthodes générales? Je n'ai jamais pu le nier à ma conscience, ni à personne, ni à vous; vous le savez. Les observations qui tendent à le prouver me semblent trop claires et portent à mon avis le caractère de l'évidence. J'ai vu Marteau et l'observation que vous me citiez, je ne ferai point de génuflexion; elle est belle pourtant, mais je ne lui pardonne pas d'avoir substitué l'acétate de plomb à l'acide hydrochlorique, et d'attribuer une grande partie de ses succès aux vésicatoires , etc. J'ai vu sa gangrène du poumon, sa membrane interne de la trachée- artère exfoliée. J'ai vu Regnault, qui paraît avoir observé le même mal, je vous en aurais transcrit quelques passages si vous ne fussiez pas venu ; il ne vaut pas Marteau. Dans le soixante-quatorzième volume des mélanges de l'Académie de chirurgie, on trouve l'épidémie qui régnait à Paris en 1748, décrite parfaitement par Ghomel; il donne des observations particulières (9 ou 10). Il affirme que chez tous l'aphte paraissait sur l'une ou
l'autre amygdale dans les premières vingt-quatre heures, qu'elle s'étendait rapidement dans le larynx et la trachée. Il y avait gonflement derrière les mâchoires, gonflement particulier. L'haleine était insupportable, l'aphte s'étendait quelquefois sur les bords de la langue ; elle était épidémique et contagieuse, il l'a observée dans la maison de Saint-Cyr, rue du Bac. Il cite des demoiselles de deux à quinze ans, il dit en avoir guéri1. Astruc lui envoie trois observations de guérison, celles-là pourraient bien être regardées comme apocryphes2. Fothergill en donne une description qui a besoin d'être examinée de près, il en guérissait beaucoup. Il dit que le premier jour tout le fond de la bouche, les amygdales surtout, étaient d'un rouge violacé, livide : « On voit quelquefois, au lieu de (( cette rougeur, une large tache d'une figure irrégulière, « d'un blanc pâle et entourée d'un cercle vermeil. » La gangrène s'étendait, suivant lui, très vite dans la trachée, dans le poumon, et même jusque dans l'estomac, etc. Si vous voulez voir tous les auteurs qui l'ont décrite, vous eu avez un million à feuilleter. Sgambatus l'a décrite à Naples, en 1720, sous le titre de Pestilente faucium; Mercatus, à Francfort, en 1614, dans la vingt-quatrième consultation de ses œuvres, tome 7, page 137. Cortesius aussi, dans ses Mélanges de médecine, en 1625; il dit, à la page 698 de son in-folio, après avoir parlé du caractère contagieux et de la malignité de cette maladie :
1 Chomel. — Dissertation historique sur l'espèce de mal gangreneux qui a régné parmi les enfants de Vannée dernière. Paris, 1749.
2 Astruc. — Lettre sur l'espèce de mal de gorge gangreneux qui a régné parmi les enfants l'année 1748. Paris, 1748.
« Divi Francisci custos, vir doctrina et moribus insi- « gnis, hac lue obsessus, tonsillas solummodô et garga- « reonem inflammatione laesa habebat, et continué quece rebatur se percipere in ore fœtorem quemdam ; et ut « hâc de re certior redderetur, ad se vocavit baccalaureum « quemdam amicissimum , qui maximo affectu assistebat , (( rogavitque ut vellet olfacere , percipereque naribus , an « verum esset talem fœtorem emittere , an ab ejus ima- « ginatione prodiret. Olfecit baccalaureus , me (scilicet « Cortesio) présente, et multis aliis. At statim, non ce multis elapsis horis, decubuit solâ faucium et glandu- <c larum inflammatione vexatus, absque aliquâ manifesta <( corruptione partium; omnibusque prœsidiis ex arte ce factis, quarto die suffocatus periit; et tamen custodem « non tetigerat, sed solo olfactu aerem ex ore prodeuntem « naribus traxerat; quare ab hujus modi exemplo veni ce in sententiam morbum non esse absque aliquâ conta- « gione (Miscell.y p. 698) ^ »
« Il en traite fort au long; vous verrez tout cela d'ailleurs quand vous serez arrivé. M. Béclard me procurera peut-être quelques-uns des Italiens que vous m'avez demandés. Pour conserver les pièces pathologiques, avezvous essayé le vinaigre de bois ? M. Jules loue beaucoup un mélange , à parties égales , d'alcool et d'essence de térébenthine, ou bien l'acide arsénieux. Quant à moi, vous voyez que je suis encore à Paris; mes projets sont partis avec le crépuscule et ne sont pas revenus avec l'aurore : en même temps que je remettais votre trop
1 Cortesi ou Cortesius (J.-B.) — Miscellanearum medicinalium décades dense, in quihus pulcherrima ac utilissima quoque, ad anatomen chirurgiam, et totius fere medicinœ theoriam et praxim spectantia , sparsim quidem, sed jucundissimo ordine continentur. — Mcssanae, 1G25.
flatteuse lettre à M. Husson, et qu'il me disait que j'allais partir sous trois jours, il en recevait une de son autre main, qui lui annonçait que la place était prise i ! Comme ils étaient tous deux chargés de cette emplette, M. de la Romiguière a trouvé le premier2. Ce pauvre M. Husson est resté comme pétrifié de douleur, et moi passablement vexé de ce contre-temps; je m'en suis allé voir le concours des internes, où j'ai trouvé pour question à traiter par écrit : les fractures du péroné, la trachée- artère et le croup; pour question à traiter verbalement pendant cinq minutes : Décrire les parties constituantes de l'œil et Vamaurose. Toute mauvaise modestie de côté, et sans y mettre de présomption, je vous demande un peu si je ne pouvais pas répondre à cela ? si ces questions n'étaient pas faites pour moi ? Enfin , fortement irrité de ces controverses, j'ai voulu m'essayer et je me suis lancé pour l'école pratique. J'ai été questionné sur la chimie, je ne sais si je serai reçu; on m'a dit que j'avais bien répondu, mais cela ne rapporte rien, c'est un essai; il ne me reste plus d'espoir que dans M. Chaptal : il n'est pas ici encore, je crois ?
« J'apprends que Langeais possède un nouveau médecin; on dit que Châteaurenault en demande un, que Luynes est une bonne collocation ? Ayez la complaisance de ne pas m'oublier auprès de Mme Bretonneau. M. Chauveau, qui attend sa maman samedi, et M. Martineau vous présentent leurs très aimables civilités. Arrivez promptement, on le désire sérieusement. »
1 II fut très heureux que ce projet, qui eût pu si singulièrement modifier la carrière de Velpeau, n'ait pu être réalisé. — T.
55 La Romiguière, homme d'État et avocat célèbre, né en 1775, mort en 1817. Il fut conseiller à la Cour de cassation, puis pair de France (1811). — T.