‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 61 sur 95 · LETTRE LXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXVII

« Paris, 27 juin 1821.

« Merci des nouvelles un peu plus satisfaisantes que tu me donnes. J'en suis enfin quitte ! au moins de la moitié, chère amie, et c'est encore tout étourdi de cette lecture que je t'écris l.

« Samedi dernier mon travail n'était pas terminé, ou ne l'était pas à ma guise. Je n'avais plus d'autres ressources que la séance générale de mardi, mais plusieurs personnes étaient inscrites, et il était difficile d'obtenir encore une faveur. Cependant il le fallait, ou attendre quinze autres jours. A quelques égards, je n'aurais pas trouvé que ce fût trop, car je ne prévoyais pas comment, en soixante heures, je pourrais refondre tout mon travail, lui donner de la force en lui laissant de la clarté, et le réduire à une heure de lecture. J'ai passé ces soixante heures à copier, écrire et copier, mangeant et buvant du café, et cependant à deux heures j'avais encore trois pages à transcrire. Quelles pages, écrites pendant que le sommeil tenait mes doigts engourdis ! elles n'étaient pas lisibles. A trois, il fallait lire et arriver. J'ai été rendu à

1 Bretonneau avait lu à l'Académie, le 26 juin 1821, son premier mémoire sur la diphthérie. C'est de cette séance qu'il rend compte à Mme Bretonneau. Les membres de la compagnie chargés d'examiner ce travail furent Bertin , Double et Guersant. — T.

temps; mais imagine qu'abasourdi par cette précipitation (où était ma reine Blanche?), je n'ai pas eu l'instinct de prendre un cabriolet. Tout essoufflé , la langue sèche comme un pendu, j'ai commencé, d'abord sans qu'on pût m'entendre, mais bientôt encouragé par le silence, que j'ai eu le bonheur de prendre pour celui de l'intérêt, tandis qu'une curiosité maligne, sans doute, écoutait seule un aussi beau début. Enfin je me suis remis; j'ai lu et passablement articulé que de trompeuses apparences avaient jeté dans de dangereuses erreurs les plus habiles gens du monde. J'ai indiqué comment le hasard, m'avait offert la vérité d'où j'avais pu observer; et dès ce moment, historien impassible, j'ai laissé les événements enseigner ce qu'ils m'avaient appris. J'ai conclu, avec assez de modestie, que l'illusion, dont les causes étaient appréciées, pouvait d'autant moins subsister que des observations bien faites avaient été souvent au moment de la faire cesser.

« Je te devais, chère amie, ce long récit, cause de mon long silence; mais ce n'est qu'à demi fait. Que c'est mal de prévoir !

« Le fidèle Velpault, le saint Jean de mes disciples, qui examinait les contenances tandis que j'étais si empêché de la mienne, prétend que d'abord toutes les tètes se sont soulevées avec un mouvement improbateur , qu'ensuite le doute les a fait pencher jusqu'à ce que l'assentiment les ait inclinées à divers degrés d'approbation. Tu sens bien qu'ici je reprends mon rôle d'historien, et qu'il est du métier de raconter bien des anecdotes sans les croire. N'y crois pas non plus, mais croyez, Mademoiselle, au plaisir que je vais avoir de vous embrasser, et que ce n'est pas une histoire. Quatre à cinq jours de

recherches de bibliothèque et je pars. J'emporte pour Etienne les merveilles des merveilles sur la greffe, le petit livre de M. de Thucly. A... m'a fait l'extrême plaisir de le copier. Toi, toi-même tu en seras enchantée. Il y a aussi des choses qui intéressent M. de Villeneuve. Je ne mérite que par mon bien tendre attachement toute sa partiale amitié. »

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