LETTRE LXXXVII
DE YELPEAU
« 26 mai 1824.
(( Eh bien , mon cher maître , encore un concours ; ils ne nous laissent pas prendre haleine. Jules a fini son temps pour le prosectorat, et sa place est à disputer entre quatre. Vous allez dire peut-être que ce n'est là qu'une miniature du concours pour l'agrégation. Eh bien î vous vous tromperiez fort, car je tombe de fièvre en chaud mal, par la raison que les combattants sont les plus vigoureux champions de tous les agrégés; l'un d'eux a déjà concouru dix fois au moins et n'a encore jamais été vaincu. Pour les places d'aides, nous concourûmes ensemble ; je le suivis de près, mais je fus mis après lui: les autres ne sont pas moins redoutables, de sorte que je ne dois pas trop compter sur le succès. Cependant il me faudrait cette place avant d'aller vous voir. Nous avons déjà fait la composition écrite; pendant un mois nous allons faire des préparations anatomiques , après quoi nous terminerons par deux ou trois épreuves verbales. Je crois qu'il n'y aura pas de différences tranchantes entre nous, de sorte que nos chances tiennent particulièrement à l'esprit des juges qui nous observent. Ces juges sont: MM. Roux1, Bougon, Duméril et Richerand, ce
1 Élève favori de Bichat, Roux avait succédé en 1820 à Percy, comme professeur de Clinique chirurgicale; il remplaça à l'Institut, en 1824,
YELPEAU A BRETONNEAU 475
qui semblerait dire que ce jury a été composé pour moi. Néanmoins, dans la conjoncture actuelle, je ne puis compter que sur M. Bougon, qui est très bon mais très faible, M. Richerand en ayant un autre qu'il veut absolument pousser ici. M. Béclard portera son élève et son ami avec sa ténacité ordinaire. M. Roux soutient le quatrième ; enfin il n'y a que M. Duméril qui paraît devoir rester neutre , il faudrait donc me le gagner et paralyser un peu Béclard en leur remettant à chacun une lettre avec une bonne petite phrase tranchante qui dirait presque que vous voulez que je sois prosecteur, et je pourrais bien l'être en effet. Cette lettre devrait avoir l'air d'être écrite à propos d'un autre motif ; ce ne serait qu'en joassant , pour ainsi dire , que vous en parleriez ; vous savez bien, d'ailleurs, etc. »