‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 74 sur 95 · LETTRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVIII

DU MÊME

« Paris, le 10 juin 1824.

« M. Béclard vient de m'envoyer une nouvelle épreuve, mon cher maître, de vos lithographies, avec injonction

Boyer, dont il avait épousé la fille, et, à la mort de Dupuytren, il succéda au grand chirurgien à THôtel-Dieu.

Roux, s'il n'égala pas Dupuytren, fut du moins un opérateur très brillant. On lui doit la staphyloraphie et l'introduction en France de la méthode de Hunter dans le traitement des anévrismes.

Né en 1780 à Auxerrc , il mourut à Paris en 1854. — T.

de vous la faire passer immédiatement. Il est étonné, ainsi que moi et tous vos amis, de la lenteur que vous mettez à finir votre travail; sérieusement, j'en suis chagrin et je commence à croire comme eux que vous ne terminerez pas; j'en suis d'autant plus fâché que cela semble diminuer la confiance scientifique que Ton avait en vous, et que bien des fois déjà je me suis à cet égard beaucoup trop avancé. En effet, j'ai dit nombre de fois en public et à nos connaissances ce que la science pouvait attendre de votre ouvrage. J'ai menacé les broussistes exagérés, je me suis retranché derrière votre mémoire, et je me suis servi de vos arguments, etc. En vérité, finissez-en; vous aurez beau dire, vous n'êtes pas excusable, certainement vous avez eu du temps suffisamment pour faire quatre volumes.

<( Je vous avoue que je suis bien plus actif, moi qui suis petit; car, quoiqu'il faille que je fasse quatre leçons par jour, outre de mon service de l'hôpital qui dure jusqu'à midi, quoiqu'un nouveau concours soit encore venu s'adjoindre à tout cela, je n'en ai déjà pas moins présenté et lu trois mémoires à l'Académie depuis la terminaison du concours de l'agrégation. Je sais bien que la chose est différente, je sais bien] que vous tenez aux principes [de Boileau ; que vous limez toujours et que vous ne voulez pas qu'il y ait le plus petit pli dans vos écrits. Peut-être avez-vous en cela quelques torts, et en tout état de choses vous auriez pu vous presser davantage.

« Quant à mes lectures , elles paraissent avoir produit un assez bon effet, on veut déjà me nommer membre adjoint. Mes deux premiers mémoires traitent des enveloppes du fœtus, j'en ai encore trois à faire sur ce point: mes commissaires sont: MM. Adelon , Desormeaux et

Radier ; ils me préparent un beau rapport1. Dans celui d'hier je parle de l'affection des symphyses dans l'œdème des femmes en couches 2, et je nai promis d'autres sur la péritonite puerpérale, sur l'altération des fluides, sur la diversité des inflammations, etc. Mais ce n'est plus cela, il faudrait que j'eusse la place de prosecteur, l'auriez-vous oublié? Le temps presse, il ne faut pas que je laisse mes compétiteurs s'emparer tout à fait de l'esprit de mes juges. Il faut absolument que vous écriviez à MM. Béclard et Duméril, d'autant mieux que le protégé de M. Béclard a dit ou fait une composition au-dessous des nôtres, et que ses préparations ne vont pas bien. Tout de suite, s'il vous plaît. Je viens de saigner M. Orfila, qui est très mal, il a un violent érysipèle à la face. »

1 Recherches sur diverses parties du produit de la conception considéré chez l'homme, par M. Velpeau, agrégé à la Faculté de médecine, chef de clinique à l'hôpital Saint-Corne, etc.

Lues à l'Académie de médecine le 4 mai 1824.

2 A l'époque (1824) où Velpeau faisait à l'Académie la communication dont il parle à Bretonneau, le mémoire de Davis qui venait d'inaugurer la théorie de la phlébite (1823) n'était pas encore connu, et les vaisseaux lymphatiques étaient toujours, depuis les travaux de Robert White (1784), généralement considérés comme le siège de la phlegmatia alba dolens. Dans sa lecture, Velpeau contesta cette théorie au nom de l'anatomie pathologique, apporta de nouvelles observations à l'appui de son argumentation et déposa les conclusions suivantes :

1° Le gonflement aigu des membres abdominaux chez les femmes en couches reconnaît pour cause, dans quelques cas au moins, une inflammation des symphyses et des veines.

2° D'un autre côté, les accidents obsei'vés sur le vivant se rapporteraient aussi bien à une lésion grave des veines profondes qu'à celles des lymphatiques.

3° Jusqu'à présent, il resterait encore à démontrer que ces derniers organes sont véritablement la cause de la phlegmatia alba dolens.

Ce n'était pas encore la vérité et la doctrine définitive, mais nous sommes en 1824, et Virchoff, qui montra, comme on le sait, la subordination pathologique de l'altération de la paroi de la veine à la coagulation primitive et spontanée du sang, vient à peine de naître. A cette date, l'indication de la phlébite comme une des causes de la phlegmatia dolens constituait donc un réel progrès et un pas considérable en avant. — T.

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