LETTRE CX Y
« Le 16 décembre 1825.
« Mon ami, je reçois à l'instant votre lettre du 14 décembre, et je regrette de ne pas y riposter par les deux gros cahiers de la diphthérite. J'étais résolu à passer la nuit; mais la table analytique ne pouvait être
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Fac-Similé de la lettn CXV de BRETONNEAO à FROl SSEAi:
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tout entière recopiée pour deux heures. Criez tant qu'il vous plaira, mon enfant ne vous arrivera par la diligence que dans deux ou trois jours. Vous lui faites tort quand vous parlez d'un allaitement prolongé. Il était bien question de cela ! Il fallait lui apprendre à parler, et Dieu sait si j'en suis venu à bout. Il a cependant besoin de s'exprimer correctement en venant dire à tant de gens qu'ils se sont trompés. Fortifié de la lecture des anciens, il a pris en grandissant de l'assurance , et vous verrez qu'il ne craint pas de relever des erreurs discréditées et d'articuler des vérités trop méconnues. Mais vous allez le voir. J'espérais m'établir pour causer quelques instants en liberté avec vous; mais l'heure n'est pas propice, et Mmc M*** partirait sans emporter un mot de moi, si je ne prenais le parti de vous remercier de votre observation, de répondre amen à votre diatribe des Archives. J'irai 'chez M. Bacot aussitôt après le départ de mon enfant. J'approuve fort votre projet. Percje, generose puer, sic itur ad astra. La science y gagnera, et bien plus sûrement encore le savant professeur de pathologie comparée.
« La cantharidine n'est pas soluble dans les larmes, et elle enflamme l'œil, La résine de jalap triturée dans du jaune d'œuf ne l'enflamme pas plus que la résine en poudre. L'alcool instillé dans l'œil de quelques chiens rougit assez souvent la conjonctive. L'œil n'a pas chez tous les chiens la même tendance à s'enflammer sous l'influence du même stimulas. J'ai eu un barbet dont l'œil résistait très bien à l'action de l'émétique.
« Veuillez bien faire agréer mes excuses à votre ami M. Leuret. Je lui écrirai directement pour le remercier dès que j'aurai pu trouver un instant de liberté. Sans la maudite obligation de paraître deux fois de suite au tri-
bunal, vous auriez maintenant la diphthérite. Si je muse, ce n'est assurément pas entre mes draps. Il restera encore, malgré tout le soin que j'ai apporté à corriger le manuscrit, beaucoup à corriger. Faites au libraire la condition de m'envoyer la deuxième épreuve. Je m'en rapporte à vous et à vous seul du soin de corriger la première. Le manuscrit est très lisible. J'avais soubaité faire transcrire dans le deuxième volume les témoignages historiques; j'y avais de l'espace, mais cette transcription aurait demandé quelques jours de délai.
« J'espère que vous trouverez dans l'inflammation pclliculaire cantharidique plus que vous ne vous attendiez en rencontrer.
« Votre ami.
« Au mois de mai la dothinentérie î... Et j'aurai cessé au mois de février le service de l'hôpital ! En vérité vous me faites tort1. »
1 Les véhémentes objurgations de Trousseau et de Velpeau à l'adresse de Bretonneau, — au sujet du retard apporté à ses mémoires, — on' dû étonner plus d'une fois le lecteur. Des années pour arriver à écrire un opuscule ! A notre époque, on est plus expéditif ou plus pressé.
Oui, mais il faut réfléchir que Bretonneau n'avait aucune soif de célébrité et qu'il se souciait peu de produire du retentissement autour de son nom; qu'en se livrant aux laborieux travaux qui ont illustré sa mémoire, il obéissait uniquement à la sollicitation de son génie d'observation, à sa passion pour la recherche de la vérité et au but suprême qu'il poursuivait, la cure de ses malades.
Une fois la lumière faite dans son esprit , il appliquait publiquement ses découvertes dans son hôpital et dans sa clientèle, mais il en restait là, et il est certain que sans ses élèves la plupart de ses travaux lui auraient été ravis.
Notons aussi qu'il accomplissait ses fonctions hospitalières comme peu de médecins d'hôpitaux les ont comprises, restant à l'hôpital de six heures du matin à midi, y revenant fréquemment dans la soirée. Ajoutez à cela sa consultation très courue, ses nombreuses visites à la ville, dans les environs et dans les départements voisins, et nous comprendrons facilement qu'il n'ait guère eu le temps de rédiger ses travaux. — T.