LETTRE CXIX
DE COTTEREAU
(( Paris, 29 décembre 1825.
« J'ai reçu votre lettre, mon cher Maître, et je vous prie d'en agréer mes remerciements. M. Nauche a été agréablement flatté du souvenir que vous avez conservé de votre ancienne connaissance, et votre recommandation m'a valu les promesses les plus obligeantes. J'ai encore à vous témoigner ma gratitude pour les bons soins que vous avez bien voulu donner à mon petit ; j'ignorais absolument qu'il eût été indisposé, et j'ai été bien aise de voir la nouvelle de sa guérison accompagner celle de sa maladie. Ce qui a surtout été goûté par ma femme, c'est l'éloge que vous avez fait de sa gentillesse ; vous avez touché le point sensible chez une mère, et vous vtus figurerez aisément quelle satisfaction vos paroles ont dû lui faire éprouver.
« Nous sommes arrivés à la fin d'une année que j'avais commencée sous vos auspices, et il n'en doit pas être de même de la prochaine, malgré que je l'aie ardemment désiré ; mais la nécessité a parlé' et j'ai dû cesser d'être Tourangeau. Vous voudrez bien recevoir pour ce nouvel an mes souhaits de bonheur, je ne les particulariserai pas ; ce mot en dit assez, et je ne pourrais qu'affaiblir l'idée en cherchant à la rendre plus précise et plus claire. Vous me permettrez aussi de réclamer un présent pour
COTTEREAU A BRETONNEAU oOl
cette époque: c'est l'envoi de votre diphthérite , et je vous fais cette demande au nom de tous vos élèves parisiens ; il y a trop longtemps cpie nous l'attendons, et nous présumons que vous ne l'avez fait désirer jusqu'ici que pour nous en composer des étrennes. Aussi pensons- nous qu'elle ne peut décemment tarder davantage à nous arriver. Qu'elle vienne seule ou avec sa sœur la dothinentérie, elle peut être assurée de l'accueil le plus favorable ; et il en est tant qui paraissent avec la presque certitude du contraire , que cela doit lui donner du courage.
« Oui , mon cher Maître , vous nous l'avez promise cent fois , et cent fois vous avez manqué à votre parole de nous l'adresser ; mais aujourd'hui nous l'exigeons, et vous serez trop juste pour vouloir qu'elle reste enfermée dans vos papiers, quand sa place est marquée dans la > bibliothèque de tous les médecins praticiens , et quand le croup épidémique peut sévir à l'improviste et faire une foule de victimes que la connaissance de vos travaux ne manquerait pas d'arracher à la mort.
« Dans l'espoir de la recevoir sous huitaine, je vous embrasse.
« Votre dévoué et reconnaissant élève.
« Soyez, je vous prie, l'interprète de mes sentiments respectueux et de mes souhaits de nouvel an auprès de Mme Bretonneau. »
o92 CORRESPONDANCE. — ANNEE 1825