CHAPITRE IX
Cette Fanehoiiy dont il était împossibte de denaer rage Iorsqu*oii ia voyait assise sur sa borne dans la me des Trois-PavillonSy ou lorsqu'elle passait ensevelie dans son sac de laine d'un blanc douteux, avait en réalité ringt-six ans au moment oh elleapparatt dans ce récit. Si elle avait reconnu Beaunoir la tentant par l'a[^t d'une pièce de cinq francs, faisant d'une mendiante un Mercure, c'est qu'elle avait conservé d'une époque antérieure une faculté qui est développée d'une façon remarquable chez certaines femmes, et qui consiste à gaov éer le souvenir net, précis, complet, d'individus avec lesquels elles n'ont eu que des relations passagères.
En effet, lorsqu'elle n'avait que dix^-neuf ans, c'est-àdire sept ans avant cette dernière rencontre, Beaunoir, commenaçnt à se détacher de Louise, avait trouvé cette fille en compagnie d'amis ou de camarades fort dissipés
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et de femmes au cceor léger, aux amours faciles. Slie fioûsait partie de ces réunions où se dépensent les forces de res(»rit et du corps, sans rien produire. Des femmes jeunes et sourent belles y président, les vins qui écàauffent les imaginations y coulent à flots, la conversation r'j tarit pas, Tor y est jeté à pleines mains^ et il n'^i sort ni une idée généreuse, ni une inspiration à recueil- Mr, ni une passion qui ait au moins pour excuse sa siaoéiité et SA grandeur.
Appelée par les uns Malvina, par les autres Fanny, par ses amies intimes Fanchon la Folie, cette fille texiait assez bien sa place dans ces réunions, quoiqu'elle ne ressemblât en rien à ses compagnes les lorettes. C'était une variété dans le genre ; variété qui se faisait remarquer, «1 moral, par Tabsence de défauts qui manquent rarement aux femmes de cette sorte. Ses qualités distinctives ^ient donc des qualités négatives, à l'exception d'une seule, dont il sera parlé tout à Theure, et à laquelle elle devait la dénomination de Fanchon la Folle, sobriquet mal appliqué dans cette circonstance.
Au physique , elle n'avait rien de bien attrayant, quoiqtfelle fût loin de repousser. Ses cheveux blonds, aujourd'hui soigneusement cachés sous son béguin noir, et alors voltigeant dans toute leur splendeur, et ses yeux plus jeunes de sept ans, étaient les seules choses qu'elle eût de remarquables. Sa figure était bouffie, pâteuse, alors comme plus tard.
Bile différait de ses compagnes en ce qu'elle n'était ni avide, ni quémandeuse, ni avare, ni joueuse, ni envieuse. Tout lui était indifférent; elle acceptait ce qu'on lui door
naît sans jamais rien demander à son adorateur; les plaisirs des sens la laissaient froide, et elle ne savait pas résister; les plaisirs do la table ne la tentaient pas, et elle ne refusait jamais une partie ou un souper. A table, elle mangeait très-peu, mais elle attendait patiemment le plat qu'elle aimait ; elle ne buvait que de Teau jusqu'au dessert, oh elle savourait avec quelque délice un seul verre de beaunc, qu'elle préférait au bordeaux, et un seul verre de Champagne, jamais plus. On pouvait donc croire qu'elle était un peu sensuelle, mais sans avidité^ sans impatience.
Une singularité la distinguait : chez elle, chez ses amies, en partie de campagne, à souper, elle improvisait avec une rare facilité sur les hommes, sur les choses, sur les objets en discussion, des couplets qui partaient, comme les bouchons du Champagne, sur des airs de romance, de chanson, d*opéra, sur des motifs de récitatif, parfois sur des airs qu'elle arrangeait, empruntés à des morceaux de caractères différents ; et, chose assez rare chez une jeune fille, elle avait assez de tact pour ne pas abuser de cette faculté ; elle ne fatiguait pas et ne blessait jamais.
Fanny appartenait à une famille riche de province, vivant à, la campagne, dans ses propriétés. Elle avait perdu son père fort jeune et, trompant la surveillance de sa mère, elle s'était laissée enlèvera dix-sept ans, sans résistance et probablement sans amour, par un homme qui ne pouvait pas l'épouser. Bientôt retrouvée et enfermée dans un couvent après cette première escapade, elle avait réussi à s'en échapper, sans qu'on ait jamais su
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comment. Sa mère était morte de chagrin^ et pendant que ses ondes, habilement dévoyés par elle, la croyaient à l'étranger avec un amant qui avait dû favoriser son évasion du couvent, elle se traînait dans la fange parisienne.
Cest à cette époque qu'elle vit Beaunoir dans les réunions de plaisir où il venait auprès de femmes sans âme, sans cœur, parfois sans esprit, se délasser de la femme aimable, dévouée qui l'avait rendu père. Puis elle l'avait perdu de vue, n'en avait plus entendu parler, n'y avait pas même songé. Bien qu' elle fût plus réservée que ses compagnes, qu'elle se gardât bien de faire parade de son nom, elle fut reconnue une nuit par un jeune provincial égaré à Madrid, coin du bois de Boulogne alors à la mode pour un certain monde. Ce jeune homme écrivit à un oncle de Fanny, celui-ci accourut, s'assura de la vérité et se rendit chez le préfet de police. Le magistrat donna l'ordre d'arrêter Fanny sans faire d'éclat et de la transférer dans une maison religieuse, où elle resterait jusqu'à ce que sa famille eût pris une décision à son égard. Les agents chargés de l'exécution se présentèrent chez elle un matin, de bonne heure, la croyant encore au lit : elle n'était pas rentrée. Ils établirent une surveillance qui resta sans résultat, on la chercha dans tous
les lieux publics qu'elle fréquentait, on ne l'y découvrit point.
Cependant l'oncle insistait, les chefs de la police mirent en campagne l'escouade secrète; on fit des visites non officielles chez plusieurs amies de Fanny, tout fut inutile, on ne put pas savoir |ce qu'elle était devenue.
Mi BAIJUJLAT
Bientôt {dusieurs lettres datées de Londres, de Doblin, adressées ux amies les plas répandues de Fannj, persuadèrent qu'arertie par un ami inconnu elle avait pu s'embarquer à temps; les recherches prirent donc une autre direction, et Ton n'y songea plus à Paris.
Fanny n'avait pas fait autant de chemin que ses lettres. Une des belles loreties de cette époque qui devait» le soiii souper avec Fanny, en compagnie d'autres femmes et de jeunes gens, fut abordée sur le boulevard Bonne-Nouvelle par un individu fort bien couvert, dont la figure ne lui était pas étrangère, qui, affectant une familiarité polie, \m parla d'un de ses amis fou d'amour potur elle et, a{Mès quelques compliments à brûle-pourpoint, lui offrit tine loge pour le soir, à un théâtre où Ton jouait une pièce en vogue. La lorette remercia, alléguant une invitation à laquelle il serait impoli de manquer; il insista et fit si bien, qu'il apprit parfaitement où Fanny passerait la soirée, en compagnie de qui elle serait, à quelle heure on la trouverait chez elle. Jusque-là tout allait assez bien, ces femmes ne mettant pas grand mystère dans leurs plaisirs ; mais, satisfait des renseignements obtenus^ il commit la faute de ne pas reparler de l'ami amoureux, de ne pas offrir de loge pour un autre jour ; il se borna à un au revoir assez vague.
La lorette réfléchit ; elle chercha à se rappeler cette figure et y parvint ; elle avait rencontré cet homme partout, au bois, au café, au restaurant, mais jamais à cheval, jamais à table ; ce n'était pas un des leurs. L'insistance qu'il avait mise à connaître l'emploi de la soirée de Famxy lui rappela que, depuis quelques jours, plu-
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sieurs personnes évidemment étrangères à Paris lui avaient demandé des renseignements sur celle-ci ; elle entrevit un danger pour sa compagne, etalla immédiatement lui faire part de ses soupçons. Celle-ci comprit, fit un petit paquet de choses indispensables, mît dans une cassette tout ce qu'elle avait d'or, d'argent et de bijoux, et coiffée d'un merveilleux chapeau, couverte d'uoa riche mante, descendit avec son amie et se jeta avec elle dans une voiture de place, en disant tout haut au copier : .
— Allez jusqu'au rond-point des Champs-Elysées et revenez.
La Totiure partit, les glaces étaieni baissées, oa put un moment admirer les deux femmes ; puis une des gitœs se leva, puis la seconde ; puis les stores s'abaissè- Tent et on ne vit plus rien ; à l'angle de la rue de la Mi- (^odière, une des portières s'ouvrit, une femme en descendit et se jeta immédiatement dans une autre voiture ; c'était Panny, mais sa mante était retournée et n'aviût ptusla même couleur, son chapeau n'était plus le môme et eadiait ses cheveux dont les boucles ne fiottaieBl plus. Elle indiqua la rue Hyacinthe, 2; le, elle descendit, V^J^j regarda autour d'elle, et, ne voyant rien de suspect, fit quelques pas et disparut dans une allée de la rue de la Sourdière.
Elle monta lentement cinq étages, frappa à une porte et attendit avec des battements de cœur faciles à comprendre. La porle s'ouvrit, puis se lefenna vivement, Panny pénétra dans l'intérieur et se jeta au cou d'un j^ne homme en Redonnant :
Oai, la voilà cette belle Qu'on attendit $i longtemps ; C'est une pauvre hirondelle Qui vient chercher le beau temps, Dans des climats plus doux et plus charmants.
Le jeune homme était muet de surprise et de bonheur.
— Fanny ! Fanny ! murmura-t-il ; enfin !
Fanchon déposa sur une table sou paquet, sa cassette, sa mante et son chapeau; les boucles de ses cheveux retombèrent sur ses joues et le jeune homme embrassa avec ivresse ces cheveux blonds qui lui avaient mis Tamour au cœur ; toutefois, les joues étaient si près que probablement, elles eurent leur part de baisers.
Ce jeune homme, d'une famille bourgeoise de province, avait vingt-quatre ans ; il se nommait Louis ***, était employé au ministère de l'intérieur, et se destinait à l'administration \ on sollicitait pour lui une sous-préfecture. C'était un excellent garçon qui avait fait de bonnes études, se montrait assidu à son bureau, suivait le mouvement politique par la lecture des journaux, le mouvement littéraire par la lecture des ouvrages de quelque valeur qui paraissaient, et manquait rarement aux premières représentations des pièces des auteurs en réputation. Son père lui faisait une pension qui pouvait suffire amplement à tous ses besoins et qui, jointe à ses appointements, lui constituait un assez joli revenu. Il était invité l'hiver aux soirées de quelques employés supérieurs, l'été à la campagne ; mais s'il acceptait volontiers les invitations de l'hiver, il était beaucoup moins
exact à celles de Tété, désireux qu'il était de jouir de sa liberté lorsque le soleil daignait se montrer sur Paris. Plusieurs mères, flairant une fortune Indépendante et un avenir administratif honorable, le guignaient pour leur fille ; mais il avait laissé voir une intention arrêtée, de ne se marier que lorsqu'il serait arrivé à une préfecture.
Cette espèce de déclaration officielle avait refroidi les mamans dont les filles, vu leur maturité, ne pouvaient pas attendre jusque-là, et avait excité les espérances de celles dont les filles n'avaient pas atteint leur quinzième année. Il y avait donc gagné d'être un peu moins courtisé par les vieilles mamans et un peu plus par les jeunes. C'était tout bénéfice; mais il faut lui rendre cette justice, qu'il ne chercha pas à exploiter la situation, autant par timidité vis-à-vis des femmes que par respect pour le mariage en général, et pour l'honneur de ses chefs et collègues eji particulier.
Ludovic, on l'appelait ainsi dans sa famille et dans les Bureaux, Ludovic était. depuis un an amoureux de Fanchon. Il se promenait un dimanche, sur un cheval de louage, dans une allée du bois de Boulogne, lorsqu'il avisa la lorette au milieu d'autres jeunes femmes et de jeunes gens, les uns et les autres montés sur des ânes^ courant, caracolant et riant à gorge déployée. Le chapeau de Fanchon, retenu à son cou par les rubans, retombait sur son dos comme un capuchon ouvert, et ses cheveux Wnds voltigeaient au vent. Il éprouva un frémissement de bonheur, il piqua vers elle et arriva juste pour entendre l'écuyère adresser à sa rétive monture un qua-
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train chanté» qui était trop de circonstanee pour avoir été préparé. Il applaudit des deux mains pendant que le reste de la troupe riait aux éclats. Mais comme l*âne, peu sensible è la poésie de Fanchon, r^usait d'avancer, commençait è ruer et menaçait de jeter bas sa cavalière, Lndovic piqua de nouveau vers Fanchon, saisit la bride de la main droite, enleva Tâne et le força de marcher. Dans ce mouvement, il avait dû nécessairement se baisser, et sa figure se trouva fort rapprochée de celle de Pancbon, assise sur le flanc gauche de sa monture; les cheveux de l'écuyère voltigèrent même autour de sa joue : la bonne fille le remercia de la voix et d'an de ses plus doux regards. Les boucles blondes avaient oommencé la conquête, cette œillade Tacheva.
Le jeune homme ne pouvait rester plus longtemps dans une société qui lui était inconnue ; il salua courloisement la jeune fille et il lui sembla qu'elle le regardait s'éloigner avec regret. Erreur d'optique du cœur, bien pardonnable. Il en rêva toute la semaine et pendant im mois la chercha partout. Il la retrouva à la f^té des Loges, à Saint-Germain ; mais, en voyant les personnes qui l'entouraient, il comprit bien vite à quelle classe de la société elle appartenait. L'amour l'emporta: il salua Fanehon, s'approcha d'elle, lui adressa la parole, et elle lui répondit sans plus d'embarras que s'il eût été une vieille oounaissauce. Sur sa demande, elle lui donna son adresse, mais sans autre engagement.
— Venez quand vous voudrez, lui dit-elle ; si j'y suis j*y serai; sinon, vous reviendrez.
Ludovic n'était libre que le soir; il trouva cinq ou six
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fois son idole entourée de jeanes fous, de femmes plus folles encore ; il ne voalut pas compromettre )a gravité du futur administrateur dans ce monde-là ; enfin il lui éeririt, lui peignit son amour et finit en lui faisant des offres assez belles. Fanchon n'était pas intéressée ; elle répondit une lettre charmante^ refusa très-nettement argent et bijoux et promit^ de la manière la plus formelle, d'aller voir chez lui cet adorateur si constant et si malheureuT. Elle tint parole quelques jours après, mais ar» riva à deux heures et apprît que M. Ludovic n'étail chez lui que le soir. Le lendemain elle reçut une seconde lettre pleine de désespoir et répondit par une seconde promesse. Elle allait la réaliser lorsque la lorette, son amie, vint lui faire part de ses soupçons. Pleine de confiance dans Tamour du jeune homme, elle courut cheir lui, comme on Ta vu, sans môme dire à son amie à qui elle comptait demander un asile.
Elle raconta à Ludovic la moitié de la vérité, lui parla de couvent, de séquestration.
— Je resterai chez vous, lui dit-elle en terminant, le temps que vous voudrez: dix jours, un mois, trois mois, ce qu'il vous- plaira ; je ne sortirai pas, je ne verrai personne, je vous aimerai, je vous serai fidèle, je vous laisserai libre d'aller à vos occupations, à vos plaisirs, et je serai heureuse ; je ne vous serai pas à charge, j'ai de quoi suffire longtemps à mes besoins.
Ludovic était amoureux : l'arrivée de Fanchon, avec la perspective d'un long s^our, réalisait un rêve qu'il osait à Ipeine faire ; il accepta tout, moins l'argent, qu'il la força de garder en réserve pour l'avenir. Mais il fallait
dérouter les recherches ;uade ses amis, qai partait pour FAngleterre^ emporta des lettres de Fanchon et les jeta à la poste à Londres^ à Dublin.
Ce petit ménage dura un an ; un an de bonheur, pendant lequel Fanchon sortit quatre ou cinq fois seulement la nuit, avec Ludovic; ne désirant rien que la continuation de cette vie, chantonnant toujours ses couplets improvisés. Mais comme elle n*allait plus à rOpéra-Ck)mique, qu'elle n'entendait plus à Yalentino, ou dans les bals publics> lés airs nouveaux, son goût pour la poésie, si on peut donner ce nom aux élucubrations de cette folle fille, prit une autre direction. Dans les longues heures de la solitude, à laquelle la contraignaient les occupatiqns de Ludovic et ses habitudes, qu*elle eut le bon esprit de respecter, elle se mit à lire les poëtes et à écrire quelques morceaux plus sérieux que ses chansons.
Au milieu de ce bonheur sans nuage tomba tout à coup une lettre annonçant à Ludovic que le candidat à la députation de son département avait promis une souspréfecture en échange des voix et de l'influence de sa famille. Le ministre avait ratifié la promesse, le candidat avait été nommé; on murmurait bien un peu dans le pays de ce qu'une famille, considérée jusque-là comme libérale, avait passé dans le camp ministériel ; mais la famille était heureuse^ elle espérait que Ludovic comprendrait la grandeur du sacrifice qu'elle avait fait, et se rendrait bientôt digne d'une plus haute faveur.
Deux jours après^ Ludovic fut majudé chez le secrétaire général et reçut sa nomination à une sous-préfecture. En l'apportant à Fanchon, il était pâle et triste ; il
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aimait la jeune fiiie, il eût volontiers refusé sa nomination^ mais il eût fallu expliquer ce refus à son père, à sa famille^ au député de l'arrondissement, au ministre peut-être dont^ par son emploi, il était le subordonné ; Fanchon s'y opposa et lui ordonna d'accepter. Le suivre était impossible; dans une petite ville le mystère serait bientôt percé et le sous-préfet serait perdu de réputa^ tion. Le malheureux Ludovic parla de mariage ; Fanchon pleura pour la première fois de sa vie et regretta ses fautes, qui la séparaient de celui dont elle était aimée.
Ce n'est pas qu'elle fût grandement amoureuse, son tempérament ne comportait pas de passion ; mais elle devait à son amant^ d'avoir échappé aux recherches, d'avoir conservé ce qu'elle appelait sa chère liberté, et elle en éprouvait une reconnaissance qu'on pouvait prendre pour de l'amour.
Fanny, durant cette année de ménage, était restée fidèle à ses habitudes culinaires; son appétit n'était pas aiguisé par les courses et elle mangeait moins encore qu'auparavant ; mais elle apportait plus de recherche dans les mets qu'elle dégustait; la poésie et la cuisine lûais artistique, savMile, savoureuse, furent les deux choses qui tenaient le plus de place dans sa vie. Le dernier jour qu'elle passa avec Ludovic, elle confectionna sa plus délicate cuisine et lut au dessert sa plus jolie pièce. Les deux convives peuvent seuls se rappeler le menu ; voici les vers de Fanchon, singulier mélange où cette fiUe, en essayant de peindre* un amour qu'elle n'avait P^s, qui, du moins, n'était ni profond, ni durable, ni
passionné^ revenait malgré elle à ce qui flattaii le plus son goût:
Adieu, Ludovic, on t*eDlè?e ; Douze mois a duré mou rêve; Ainsi que la fraise des bois lia irie un an fut parfumée.
Et tout fuit comme la fumée Qui Ik-haut vole sur les toits.
Quand mes folâtres camarades Faisaient an bois des cavricades.
On bien à de joyeux galas Couraient le soir dans leurs Toitures, Je te faisais des confitures Be coing, d'orange et d^ananas;
Tn les aimais, ces blondes tresses.
Frémissantes sous tes caresses ; Ce soir, pour un hvmen nouveau, A tes mains je les abandonne.
Hais pare-les d*une couronne De raisins de Fontainebleau.
LndoTic partit plein de tristesse et arriva au chef-lieu, alla faire sa visite au préfet et se rendit à sa sous-préfecturé. Ses administrés trouvèrent en lui un homme au courant des affaires administratives auquel sa tristesse donnait un air de gravité, et en conçurent une trèsbonne opinion. Les souffrance^du corps donnent en général de la brusquerie, de la rudesse; les souffrances de Fâme rendent meilleur, disposent à la douceur, à la bonté ; les femmes, ont un tact admirable pour deviner les cœurs malades, et Ludovic eût trouvé bientôt des Consolations s'il les- eût cherchées. Mais il pensa avec raison que, puisqu'il avait fait aux convenances le pénible sacrifice de sa jeune maîtresse, ce n'était pas la peine
d*en risquer le trmt; il fut aimable, poli^ complaisant dans les limites de ses devoirs administratifs, et rien de plus.
Fanny avait mené depuis un an la vie qui convenait le mieux à ses goûts, la vie la plus heureuse qu'elle pût rêver : elle s'était attachée à Ludovic, non qu'elle éprouv&t* un amour brûlant, désordonné, la passion ne pouvait pas entrer dans ce cœur-là ; elle eût donné dix années du temps qu'elle pouvait espérer vivre pour effacer les erreurs qui mettaient entre elle et Ludovic une barrière infranchissable; mais peut-être qu'en regardant au fond de ce sacrifice on j eût trouvé autant de désir de ne pas déranger son existence actuelle que d'attachement pour Ludovic. Celui-ci lui avait laissé des preuves de son amitié; elle avait conservé intacte la somme qu'elle avait apportée ; une amie avait vendu son mobilier et en avait remis le montant à un individu qui s'était présenté porteur d'une lettre de Fanny et datée d'Ecosse ; elle pouvait vivre quelque temps dégagée de toute préoccupation matérielle ; ce qui l'occupait par-de^us tout, c'était la conservation de sa liberté.
Elle écrivit à son amie la lorette, qui Tavt^it avertie si à propos : ♦
« Je suis revenue, j'ai grande envie de te voir; trouvetoi ce soir à dix heures sous les arcades de la rue de Bivoli, devant le ministère des finances. x>
La lorette fut exacte, lui raconta les recherches dont elle avait été l'objet; elle avait depuis peu reçu plusieurs visites de l'individu dont la maladresse l'avait si bien servie ; il avait parlé de Fanny, pour laquelle il avait
beaucoup d'amitié; il la savait en France, disait-il, et il serait heureux de la revoir; la lorette avait parfaitement deviné l'espion, et Fanny comprit que les murs d'un couvent se dressaient toujours devant elle. Une autre révélation do la lorette, dont elle ne comprit pas d'abord la portée, vint mettre son esprit à la torture : Tespion avait demandé, en montrant le plus vif intérêt, si la tète de Fanny n'était pas un peu dérangée, si on ne l'avait pas surnommée Fanchon la Folle parce qu'on avait reconnu ce dérangement, si elle avait été traitée jamais pour aliénation mentale, quel était son médecin. Et comme la lorette l'assurait que Fanny jouissait de toute sa raison, qu'on l'avait baptisée Fanchon la Folle parce qu'elle était poétesse, improvisatrice, et vous jetait un couplet et un éclat de rire à la figure au moment où Ton s'y attendait le moins, il avait demandé avec la plus vive instance à voir et à copier quelques-unes de ces élucubrations.
— Mais, dit Fanny en riant, s'il y tient beaucoup, on pourra lui en donner.
— Il y tient beaucoup, reprit la lorette, et il insiste surtout sur les couplets un peu décolletés que tu aurais pu faire. ♦
— Pouah ! le vilain ! dit avec dégoût Fanny désenchantée ; un homme qui demande cela, et à une femme! Fi ! Est-ce que j'ai jamais fait de ces ordures-là ? Voyons, reprit-elle après un moment de réflexion, cet homme est un menteur, je ne le connais pas, il a pu me voir passer, il ne m'a jamais adressé la parole, quel intérêt peul-il avoir à tout cela?
— Je te l'ait dit, c'est un espion de tes parents ou de la police.
— Sans aucun doute; mais pourquoi demande-t-il si
j'ai ma raison? pourquoi insinue-t-il que j*ai été traitée pour aliénation mentale? pourquoi veut- il avoir des couplets de moi? Que diable veut-il donc faire ?
— Ma petite, reprit la lorette, ton père a dû te laisser quelque chose?
— Oui, ma mère était ma tutrice, elle administrait.
— Et après la mort de ta mère?
— L'un de mes oncles.
— As-tu des frères, des sœurs?
— Tai une sœur plus jeune que moi.
— Oîi est-elle ?
— Chez notre oncle; il veut la marier à un de ses fils.
— Eh ! mon enfant, réclame ta part et vis honnêtement.
— Et le couvent?
— Allons donc! tu' es majeure, tu n'as jamais rien eu à démêler avec la police^ on ne t'enfermera pas !
— Alors, je vois ce que c'est : ils font une enquête, ils veulent me faire pas§er pour folle, me faire interdire et me jeter dans une maison d'aliénés, oîi fje deviendrai réellement folle; on dit que ça se gagne à la longue.
— C'est cela, et ils garderont ton bien.
— Oui-da, ma sœur et son mari seront héritiers de mon vivant. Je vais aviser à cela ; je te remercie, ma bonne; je ne te donne pas mon adresse, j'ai peur que tu no sois suivie ; je t'écrirai, mais brûle mes lettres.
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Les deux lorettes, qui s'étaient promeiiées sous les arcades en devisant, se séparèrent à l'endroit où elles s'étaient trourées, et chacune d'elles gagna de son côté.
Quelques jours après, Fanny, ne pouvant supporter plus longtemps la solitude à laquelle elle 8*était condamnée et que la présence de Ludovic n'animait plus, se rendit à rOpéra-Comique.Ses cheveux, lissés en bandeaux , avaient pris une nuance plus foncée sous un cosmétique, son chapeau lui cachait le front ; dans la rue, un voile recouvrait son visage; au théâtre, une petite dentelle qui garnissait son chapeau ne laissait pas voir ses yeux. Elle n'était pas reconnaissabie ; cependant elle crut remarquer qu'un individu placé à quelque distance lui jetait de fréquents regards et lui souriait. A la sortie, elle le vit s'efforcer de la suivre à la trace ; elle prit peur, baissa son voile, se jeta dans la foule et au premier détour hâta le pas avec vivacité, parcourut quatre ou cinq rues où elle n'avait pas à passer et enfin rentra chez elle persuadée, avec raison, qu'elle avait dépisté cet individu, qui n'était en réalité qu'un chercheur d'aventures.
Le lendemain elle écrivit au sous-préfet, lui raconta tout, lui demanda conseil sur oe qu'elle avait à faire, aulaat pour se faire rendre compte de son bien que pour prévenir un emprisonnement dans une maisoa d'aliénés ou dans un couvent; mais elle tenait pardessus toutes choses à sa liberté. Elle lui recommandait surtout de ne pas révéler son asile. L'administra^ tion n'avait rien à faire en pardlle matière; œpendiâit Ludovic n'hésita pas, et au lieu d'adresser à sa' ma!-
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tresse des conseils d*Qne utilité douteuse^ il écmil diieo» tement aa tateur de Fanny la lettie suivante:
ff Monsieur, une jeune demoiselle résidant temporaîrenient dans l'arrondissement de*** s'est présentée, il y quelques jours, dans les bureaux de la sous-préfecture^ où, se disant la demoiselle Malvlna-Fanny^*, rotre nièce et pupille, elle a demandé quelles formalités elle avait à remplir pour obtenir son envoi en possession des biens* de son père et de sa mère^ que vous avez administrés depuis le décès de cette dernière en qualité de subrogé tuteur. Il lui a été réponchi que cette affaire n'était pas du ressort de l'administration, mais qu'elle devait être portée devant les tribunaui. Quelques paroles timidement avancées par cette jeune personne ont donné à penser que cette affaire, portée devant les juges, pourrait avoir un fâcheux retentissement^ et je viens, non point comme administrateur^ mais à titre purement officieux, vous donner avis des démarches de la demoiselle Malvina-Fanny***, heureux si je puis épargner un procès et un scandale à une famille honorable.
« Je suis, etc.
« Le sous-préfet de***, L... »
Huit jours après, arriva à la sous-préfecture la réponse qui suit :
<K Monsieur, je vous remercie vivement du noble sen» timent qui vous a dicté la lettre que vous m*avez fait Thonneur de m'écrire ; je suis prêt à rendre compte de ma gestion comme tuteur de mademoiselle Malvina- Fanny**^ et à lui remettre la part qui lui revient dans ia
succession de son père et de sa mère ; mais je dois ajouter, pour répondre à votre bienveillante initiative, qu'après avoir réuni un conseil de famille et lui avoir communiqué votre lettre, je suis résolu à provoquer l'interdiction de la susdite demoiselle, en raison de faits trop notoires, de preuves et de témoignages irrécusables sur rinsanité de sa raison, et si j'obtiens cette interdiction, à demander son envoi dans une maison de santé, heureux si je puis, au prix d'un éclat fâcheux, mais passager, conjurer le déshonneur qu'elle ferait rejaillir sur mon fils, qui est devenu son beau-frère, sur sa sœur, qui est ma bru, et sur toute une famille qui déplore les fautes d'un de ses membres.
D Agréez, monsieur, etc. d
Ludovic envoya à Fanny une copie de la lettre de son oncle ; ainsi les deux lorettes avaient deviné juste : on recueillait des faits, des chansons bizarres, excentriques si l'on veut, fruit d'une inspiration joyeuse, improvisées par un enfant sans-souci, mais qui ne constituaient pas du tout la folie. Fanny n'était pas folle; sa conduite depuis un an, son parti pris avec rapidité à la première nouvelle d'un danger, la solitude qu'elle s'était imposée sans murmure, les pièces même qu'elle avait écrites l'auraient prouvé surabondamment, et pourtant elle craignait que tout cela fût habituellement tourné contre elle. Sa fuite du domicile maternel, folie; son évasion du couvent, folie, monomanie de liberté, de divagation; ses couplets, qui étaient parfaitement compris par ceux à qui ils s'adressaient, par ceux qui les entendaient et pour lesquels ils étaient de gaies boutades, mais qui,
répétés et analysés de sang-froid, en dehors des faits qui les avaient inspirés, n'avaient plus de sens saisissable, appréciable, folie. Ce système pouvait être plaidé et triompher devant les juges les moins prévenus ; il y a mieux : c'est que plus les juges, seraient froids, sensés, raisonnables, plus il y avait de chances pour qu'ils crussent à la folie. Il est vrai qu'il y aurait une enquête, des interrogatoires, et que Fanny pourrait prouver aux magistrats chargés de l'appréciation de son état mental toute la sanité de son esprit. Mais ^lle redouta cette épreuve, craignant une erreur des magistrats. Elle pensa en outre que son oncle, qui s'élevait avec raison contre le déshonneur de sa famille, n'avait pas hésité cependant à faire épouser à son fils la sœur de la ûlle déshonorée dont il détenait Théritage. Elle se persuada que le nœud de la question était précisément cet héritage que l'on voulait garder, et qu'elle entreprendrait une lutte où elle serait vaincue.
Fanny se décida en conséquence à ajourner toute réclamation. Cependant elle ne voulait pas recommencer sa vie de lorette dans la crainte de fournir contre elle Renouvelles armes et compromettre sa liberté; elle avait tout travail manuel en horreur; sa sensualité s'était un peu développée, et les applaudissements donnés par l'amour de Ludovic à ses élucubrations rimées avaient fini par lui persuader qu'elle avait une véritable valeur comme poëte. Elle cherchait quelle profession lui permettrait de suivre ses goûts et de garder l'incognito, lorsqu'un jour, en sortant de Saint-Roch , où elle était allée par amour de la musique, entendre Torgue et un
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Requiem chanté par le chœur de TOpéra, et nullement par un motif de religion, — elle n'avait ni dévotion ni religion , — elle fut frappée par Faspect d^une jeune et jolie mendiante qui recevait d'abondantes aumônes.
Alors son esprit fut traversé par une étrange idée; elle entrevit dans la mendicité l'absence de tout travail manuel, Tincognito, la liberté, la satisfaction de ses goûts culinaires et prétendus poétiques. Cette idée semée dans \ son cerveau y germa, y mûrit. Elle ne voulait pas se donner en spectacle, ni s'accoler à d'autres mendiantes; son amour de la solitude entra bien pour quelque chose dans son choix; mais le mépris des autres mendiantes, le désir de n'avoir jamais rien à démêler avec elles, de leur rester inconnue, furent les causes principales qui la déterminèrent. Elle parcourut les quartiers solitaires de Paris et résolut de s'établir au Marais, dans la rae peu fréquentée des Trois-Pavillons, peuplée de rentiers assez disposés à Taumône, et se persuadant que Ton donne plus volontiers à une femme qui attend dans une rue déserte qu'à celles qui se placent au passage de la foule.
Elle prit quelques informations des mendiantes en leur faisant elle-même quelques aumônes et apprit que la mendicité était défendue, mais que pourtant certains infirmes étaieiit autorisés, et qu'en outre il y avait à la porte des églises certaines places que Ton accordait aux pauvres; enfin que les propriétaires, en autorisant un mendiant à se placer devant leur nlaison, à demeure fixe, obtenaient pour eux l'indulgence de la police.
Fanny vendit la plus grande partie du mobilier de
garçon que lui avait laissé Ludovic, enveloppa ses che* veux dans un serre-tête noir surmonté d'une espèce de voile de môme couleur qui, de derrière, venait retomber sur son front ^ et se tailla deux vêtements grossiers en laine blanche^ anciens peignoirs de bain dont elle se servait pour se sécher en sortant de la baigaoire; des
pattes et des t)Outon$ de même étoffe fermèrent herméti*
quement ce vêtement par devant, du baut en bas^ ce qui lui donnait assez Tair d*une nonne. Ainsi accoutrée, elle alla louer le logement de la rue Payenne, dont les fenêtres n'avaient pas de vis-à-vis, paya trois mois d'avance et bientôt vint s'y installer, apportant six mille francs dont une partie provenait de la libéralité de Ludovic, dont Tautre était sa propriété lorsqu'elle était venue lui demander asile.
C'est de là qu*après avoir avisé un coin propice contre le mur d'une maison de la rue des Trois-Pavillons, elle adressa au propriétaire une requête en vers pas trop mal tournés dans laquelle elle le priait de lui accorder la permission de mendier devant chez lui. Elle dépeignait des malheurs fantastiques, parlait de sa piété, et terminait par une assez jolie idée en disant que le pauvre h la porte du riche,
G*e8t comme une hiroQdelle, Ça porte bonheur.
Le propriétaire se laissa toucher, accorda la requête et Fanny s'installa non loin de sa porte. La lorette n'avait été ni menteuse, ni avide; la mendiante débutait par le tûensônge : le reste devait suivre. Depuis ce jour elle
ne se fit plus appeler que Fanchon, nom sous lequel elle avait loué son appartement.
Si la première pièce du logement de la mendiantje semblait habitée , si la porte de communication était voilée par une vieille portière, c'est que la seconde chambre, qui ne s'ouvrait jamais en dehors et dont la porte extérieure était soigneusement calfeutrée et recouverte elle-même d'un tapis destiné à amortir tout bruit, ne ressemblait en rien à la première. Elle était coquettement meublée, un chaud et moelleux tapis en recouvrait le carreau; un canapé à dos brisé, élastique et doux, servait de lit. Là disparaissait le béguin noir; les blonds cheveux amoureusement peignés retombaient le long des joues; là se repliait le peignoir de grossière laine pour laisser voir une robe en belle étoffe, coquettement coupée pour mettre à nu le col, le haut des épaules et une partie de la gorge; là de fraîches babouches remplaçaient les gros souliers, et les pieds s'étendaient sur un coussin. Un guéridon en ébène recouvert d'une nappe bien blanche recevait le délicat souper que la mendiante, redevenue lorette, arrosait avec réserve d'un vin au frais bouquet et parfois d'un verre de Champagne. Là enfin, Malvina, roulant une cigarette de Maryland, éclairée par une petite lampe d'un goût charmant , composait ce qu'elle appelait ses poésies.
Elle déjeunait avant d'aller prendre sa place, dînait en rentrant; mais on ne la voyait jamais manger ni dans la rue, ni dans les maisons oh on lui faisait Taumône, bien qu'elle ne refusât jamais les aliments qu'on lui offrait quand ils pouvaient être emportés. Elle les
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pliait soigneusement, et les revendait dans quelque quartier éloigné où elle allait acheter pour elle-même ce qui pouvait flatter son goût. Exacte à suivre les pratiques religieuses, elle assistait régulièrement à la grand'messe dans réglise de la rue Saint -Antoine; au jour de Tan elle adressait des vers au curé, aux vicaires, aux riches du quartier, et les aumônes arrivaient abondantes h la ;)aMtjreFanchon; souvent aussi, les personnes charitables déposaient chez la concierge les dons destinés à la pauvresse J parfois du vin, des friandises, et alors celle-ci lui en laissait une portion, assurant qu'il y en avait trop pour elle et calculant habilement qu'elle devait être bien avec sa portière, dont elle pourrait tôt ou tard avoir besoin.
Fanchon, qui s'était si promptement rappelé Beaunoir, n'avait jamais entendu parler de Louise, et la mendiante ignorait complètement lés relations qui avaient existé entre Louise et Léon. Elle ne connaissait M°»e Brillât que depuis qu'elle en recevait l'aumône. Quand elle avait demandé à Beaunoir sa demeure, elle n'avait pas du tout l'intention de lui rappeler l'ancienne lorette honorée de sa poursuite.; la mendiante voulait tout simplement lui arracher quelques écus, persuadée que, si elle pouvait mettre le pied chez lui, elle trouverait toujours quelque chose à glaner chez un garçon riche qui paraissait ne pas avoir renoncé à ses habitudes de plaisir ; mais cette première tentative n'avait pas réussi.