‹ Brillat-Savarin et la MédecineChapitre 12 sur 19 · RE SE · texte numérisé non relu

RE SE

Dans tous mes sens, hélas! faiblit la vie, Mon œil est terne et mon corps sans chaleur.

Louise en pleure, ét cette tendre amie En frémissant met la main sur mon cœur.

Des visiteurs la troupe fugitive À pris congé pour ne plus revenir; Le docteur part et le pasteur arrive :

rs Je vais mourir,

Je veux prier, ma tête s’y refuse,

Je veux parler, et ne puis m’exprimer, Un tintement m'inquiète et m'’abuse,

Je ne sais quoi me paraît voltiger.

Je ne vois plus. Ma poitrine oppressée Va s’épuiser pour former un soupir :

Il errera sur ma bouche glacée...

Je vais mourir,

Il n’est pas dans notre rôle de discuter la valeur littéraire de ces quelques vers, nous nous bornons de noter la nature médicale de l'inspiration qui lui a donné naissance.

Nous ignorons si la cause des troubles occasionnés par l’ascension aux altitudes était connue au temps de Brillat-Savarin. Il nous semble néanmoins que la connaissance de celle-ci date des travaux de Paul Bert pendant la deuxième moitié du xix° siècle. D'autant plus grand est le mérite de Brillat-Savarin de lavoir entrevue. Voilà ce qu’il dit à propos de la soif que lui et ses compagnons ont éprouvée pen-

ES. Nu

dant une ascension dans les Alpes : « J'avais eu le temps de recueillir mes idées, et j'avais découvert la raison de cette soif extraordinaire. Je rassemblai donc les camarades et je leur dis que nous étions sous l'influence de quatre causes qui se réunissaient pour nous altérer : la diminution notable de la colonne qui pesait sur notre corps, qui devait rendre la circulation plus rapide; l’action du soleil qui nous échauffait directement; la marche qui activait la respiration, et, plus que tout cela, lPaction du vent qui, nous perçant à jour, enlevait le produit de cette transpiration, soutirait le fluide, et empêchait toute moiteur de la peau ». À un autre endroit il note encore une observation sur la légéreté de l'air dans les montagnes qui faciliterait le développement de « certaines puissances cérébrales ».

D’après ce qu'il: dit lui-même, Bxillat-Savarin semble avoir été partisan des idées de Gall sur les localisations cérébrales. Il en parle à deux endroits différents de son ouvrage. « J’ai été de tout temps Lavatérien et Galliste : je crois aux dispositions innées ». [1 développe l’idée des dispositions innées à propos de la prédestination à la gourmandise. Nous avons vu qu’il en a trouvé le substratum anatomique dans le plus où moins grand développement des papilles gustatives.

À propos de la « multiformité des organes du cerveau », il cite même en détail deux observations dont nous ne donnons que la conclusion : < La conséquence de ces deux observations est facile à déduire : il

semble évident que le coup qui, dans ces deux cas, avait bouleversé le cerveau, avait respecté la portion de cet organe qui avait si longtemps été employée aux combinaisons du commerce et du jeu; et sans doute cette portion d’organe n'avait résisté que parce qu’un exercice continuel lui avait donné plus de vigueur, ou encore parce que les mêmes impressions, si longtemps répétées, y avaient laissé des traces plus profondes ».

La première partie de lexplication de ces deux observations, — que lon diagnostiquerait aujourd'hui de ramollissement cérébral, et où la conservation des fonctions intellectuelles avait frappé notre auteur, — est tout à fait plausible et correspond à nos idées actuelles. Quant à la deuxième partie de cette explication où il invoque lhabitude pour montrer la résistance de certaines zones du cerveau, on sait qu’elle n’est plus valable. L’idée des lecalisations telle qu’elle existe actuellement n’était pas encore formulée en 1825.

Nous notons encore dans l’ordre neurologique une observation saisissante de vérité, de somnambulisme tel qu’on ie décrit actuellement comme équivalent épileptique. Il s'agissait d’un moine qui, atteint de cette terrible infirmité, a failli tuer son prieur au moment d’une crise. I n’y a aucun point qui ne soit vrai dans cette observation et on est rempli d’admiration en la lisant, quand on songe aux histoires fantaisistes que les médecins même rela-

taient sur ce sujet délicat.

Page 1