‹ Brillat-Savarin et la MédecineChapitre 17 sur 19 · REP · texte numérisé non relu

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apprécié comme professeur et comme chirurgien, son activité médicale périclitait. La raison de cela est certainement sa rivalité avec Dupuytren. Voyant le public et même ses amis prendre le parti de Dupuytren. Richerand aigri se retire à sa propriété de Villecresne, près de Boissy-St-Léger et se consacre de plus en plus à ses études littéraires. Mais la décadence de Richerand ne commence qu'après 1826, après la mort de Brillat-Savarin. Celui-ci avait certainement une grande admiration et une vive amitié pour son jeune compatriote qui a fait une carrière médicale exceptionnellement brillante. Voyez la fin du dialogue :

« L'auteur : Je ne dirai pas que notre commune patrie se glorifie de t'avoir donné naissance ; qu’à vingt-quatre ans tu avais déjà fait paraître un ouvrage élémentaire, qui depuis lors est demeuré classique; qu’une réputation méritée t’attire la confiance; que ton extérieur rassure les malades; que ta dextérité les étonne; que ta sensibilité les console; tout le monde sait cela. Maïs je révèlerai à tout Paris, à toute la France, à l’univers entier, le seul défaut que je te

connaisse.

L’ami, d’un ton sérieux. — Et lequel, s’il vous plaît?

L'auteur. — Un défaut habituel dont toutes mes

exhortations n’ont pu te corriger.

L’ami, effrayé. — Dites donc enfin ; c’est trop me tenir à la torture. 2

L'auteur. — Tu manges trop vite. » #

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L'ouvrage élémentaire auquel il fait allusion dans ce dialogue est les Nouveaux éléments de Physiologie publiés pour la première fois en 1807, par Richerand. Le retentissement de cet ouvrage fut considérable. Jusqu'en 1857, il a été vendu 30.000 exemplaires de cet ouvrage. Voilà l’opinion de Bourbon sur ce manuel de Physiologie : « On y rencontre un nombre tel d'épisodes romanesques et de souvenirs poétiques, que ce luxe de fictions dégénère en défaut; mais ce défaut même a fait la fortune de l'ouvrage, parce que sa lecture est attachante comme une nouvelle ou un pamphlet. Là où les faits manquent, il en suppose ; ses analogies des démonstrations, etc. >» Nos années dites scolaires ont été comme embellies et charmées par la lecture de cet ouvrage « — dit Frédéric Dubois dans son éloge de Richerand. Il ne fait pas de doute que les Nouveaux éléments de Physiologie n’aient été un des livres favoris de Brillat-Savarin; ii en cite un long passage dans la Physiologie du goût et toutes ses considérations physiologiques sont dans le goût du manuel de Richerand; non seulement quant au fond, mais également quant à la présentation. Nous osons même avancer que le principal mérite de l'ouvrage de Brillat-Savarin vient d’une certaine imitation de la manière de Richerand avec, biên entendu, un talent litiéraire bien plus grand. I n’y a pas d’autre ouvrage contemporain que celui de Richerand qui ait pu servir de modèle à Brillat-Savarin. Il n’est pas contestable que l’imitation est d’une supériorité manifeste sur le modèle. Nous y rencontrerons à chaque page ce phi-

Pere

losophe souriant qui sait déguiser les choses les plus graves en badinage léger, alors que dans Richerand il se manifeste déjà précocement l’esprit de contradiction. On sait combien il a été injuste envers Bichat dans son ouvrage.

Toutes ces considérations mises à part, il n’est pas douteux que la principale source de connaissances médicales, ainsi que le principal modèle de la forme de son ouvrage a été Richerand pour Brillat-Savarin.

Quant à certaines notions absentes des Nouveaux éléments de Physiologie, mais qui se retrouvent. dans la Physiologie du goût, elles peuvent être puisées dans d’autres ouvrages médicaux du temps ou bien acqui-

ses au-cours des conversations avec des médecins.

Brillat-Savarin a su fondre des notions physiologiques et thérapeutiques avec un grand nombre de faits historiques, d'observations psychologiques et de réflexions philosophiques, en un harmonieux ensemble. Tous les détails, malgré leur hétérogénéité, concourent à soutenir la thèse de l’auteur qui est la doctrine de la gastronomie dans le sens large de ce mot. Cette doctrine de la gastronomie, nous l’appellerions aujourd’hui PArt de vivre heureux. Nul ne peut s’intéresser davantage à une telle doctrine que le médecin. Si Brillat-Savarin a emprunté à la médecine ses arguments les plus valables et les plus durables, celle-

ci lui est redevable de maïnts enseignements que seul - lé bon sens et la réflexion d’un grand esprit peut don-

ner:

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