Là TRIBU. DBS GBNBlIt
— Obi Tu as chancelé parce que tu. n'en pouvais plus!
— Je n'en ppuyais" plus!.. Recommençons i
— Merci i J'en ai assez moi i <
— Si fait! Il a raison... recommençons!* Il n'y a rien de fait !
Vous concev^ Ij^ien que je me sauve pendant que nos quatre joyeux drilles se préparent à. renôuveter l^r jeu! Cest déjà trop d'avoir tu cela une foi$ !
Je suis complaisant, d'ailleurs; je refgrme la porte sur moi. Qu'ils se tuent ^ lenr aise, $i ça les aniuse!.. &f s^s les meubles de mon oncle qu'ils vont briser aussi !
Ahi je l'aperçois ju^men^, mo^ oncle!., à l'entrée de la salle de jeu.
— Mon oncle... un mot... Il y a là. dans une cl^ambre à coucher^ quatre jeunes gens quî m'etfrayent. pour vptre moblier!
— Comment cela?
— Sans douté! Ils jouent à se monter sur les épaules...
cil*..
— Je sais ce que c'est... je sms ce que c'est!.. C'est Théodore Levert, qui se divertit, avec ses amis!.. Oh! il est étourdissant ce garçon-là, vois-tu... comme vigueur!.. Il nous a fait des choses... à la campagne... surprenantes!
— Mais dans votre appartement... vous ne craig,nez pa^...
— Je«ne crains rien du tout... Laissons-les s'amuser.
— Comme il vous plaira.
ê LA TRim; DikS GlSV^UJl$, ^ 91.1
— Et causons u^ peu de toi,, mou ami... Je te cherchais dans cette intention!.. Dis-moi... tu as dansé avec une dame en rose tout à l'heure... n'est4l pas vrai? Une dame que ta tante t'avait désignée?..
— En effet, mon oncie.
— Eh bien, mon ami... voilà ce que j'ai à te dire : cette dame est veuve, elle a douze mille livres de rente et je lui ai parlé de toi...
— Pourquoi faire?
— Pourquoi faire! Comment! tu ne comprends pas!
— Du tout, mon oncle.
~ Quel enfant! Ah! tu es bien le digne fils de ton père, va, toi !.. Ecervelé comme lui !
— Vous êtes trop bon.
— Mais c'est que c'est vrai! Voyons! En t'invitant à venir ce «oir faire la paix avec moi, crois-tu que je n'avais pas un but, Frantz? Mon Dieu! on m'a accusé autrefois d'être égoïste, personnel... La preuve que je ne suis rien de tout cela, c'est que je me suis occupé de l'avenir d'un neveu... qui ne s'occupait guère, pourtant, de savoir si j'étais ou non encore en vie !
— Mon oncle !^
— Ce n'est pas un reproche! Il faut que jeunesse se passe!., plus ou moins mal... Seuliement... écoute : tu as perdu la moitié de ta fortune, je le sai$... Qu^ comptesr-tu faire, msdntenant?
21t LA TRIBQ DES GfiMEimS.
— Mais demander au travail de me rendi^ ce que j'ai perdu.
— Au travail! Queltravail? Tu veux écrire, je crois, faire des pièces de théâtre !.. Un joli métier!
-- IMlon oncle...
— - Ne m'interromps pas! Oui, un joli métier, je le répète!.. Un métier de paresseux! de flâneur!
Et puis, es-tu fait pour ce métier seulement? Car si Ton disait encore que tu es sûr d'y amasser des rentes...
— Mon oncle!..
' — Ne m'interromps pas! Tu te crois de l'esprit, du talent» probablement... Tout le monde s'en croit, en pareil cas. Et si tu crèves de faim un jour avec tes belles idées ! . .
— Que vous importe, si je ne vous demande pas de pain!
— Allons! Tu vaste fâcher... mais je ne te dis pas tout cela pour te faire delà peine... Au oontraii*e!
— Je vous serais bien obligé alors de m'apprendfe pourquoi vous me le dites... et ce qu'ont de commun ma position de fortune, mes travaux et la dame rose?
— Ce que cela a de commun,.. C'est tout simple... et pour un vaudevilliste en herbe, tu n'es pas malin...
Mais je veux te la faire épouser!
— Me faire épouser une femme de cinquante ans!., et laide comme le péché mortel!.. Ah! ah! ah!
Je ars d'un éclat de rire.
Là TBDU DES GCNEURS. 213
Mon oncle paraît profondément vexé de la fS^on don j'accueille son projet!
— Mon cher neveu, me dit-il, les lèvres pincées, je ne m'attendais pas...
—Permettez, mon oncle...— J'ai aperçu Reynier, qui se levait de là table de jeu... je ne me soucie pas d'en avoir pour une heure de sermon! — Permettez, mon oncle, dis-je, d'un ton grave cette fois, nous reprendrons cette conversation plus tard, s'il vous plaît... Je ne trouve pas que le moment soit bien choisi poue un pareil sujet !..
Je ne vous remercie pas moins de vos bonnes intentions...
Et là-dessus, vous me permettez de rejoindre un de mes amis, n'est-ce pas?
Et sans attendre de réponse, je cours à Reynier.
— Eh bien ! et votre proposition?
— C'est d'aller ensemble finir notre nuit dans une maison où l'on professe une sainte horreur pour le wist et les vieilles femmes... Cela vous sourit-il ?
— A merveille! Partons.
Mon oncle est toujours à la même place, réfléchissant, sans doute, sur la frivolité de son coqmn de neveu /.. Qu'il réfléchisse!.. J'ai pris le bras de Reynier; nous nous glis sons à travers la foule des danseurs... nous cherchons nos chapeaux... nos paletots...
Et nous fuyons !
216 Là TKIBU DES GÉRBiniS..
— Je partage votre opinion !..
Mais... un mot, Reynier... Ce sont donc des amis à vous qui se réunissent pour jouer chez mademoisselleRobert?
— Des amis?.. Il y en a quelques-uns... quelques artistes... quelques hommes de lettres...
Et puis quelques autres — le plus grand nombre -r qui' vous tutoient, qu'on tutoie... et dont on ne sait pas même le nom ! • ^
-r- Et vous jouez avec des gens que vous ne connaissez pas?
— Eh! mon bon, on aime le jeu, on joue où on peut!.. Voilà le résultat de la fermeture des maisons de jeu! Âh ! si Bade et Spa étaient aux portes de Paris!:. On irait, à Bade, Spa... ou Hombourg !.. Ces honorables tapis verts verdoient à cents lieues... On va chez des demoiselles Robert!
— Cependant... vous ne craignez pas...
— Je ne crains rien, rassurez-vous également!.. Les réunions de notre demoiselle Robert, à nous, n'ont rien à démêler avec les tribunaux... J'aime à croire que fil en pouvait être autrement, vous ne me supposeriez point capable de vous entraîner avec moi !..
Plaisanterie à part cette chère fille donne tous les huit jours, ce qu'dle intitule ses thés... parce qu'on n'y absorbe que du punch...
Ses amis et amies sont seuls invités à (Ses petites fêtes...
hk TRIBU DES GÊNEURS. 217
Or, comme elle possède une quanUté assez formidable d'amis ei d'otnies, il se trouve toujours que chaque réunion des thés monte, pour le moins, à une cinquantaine de personnes.
Maintenant, parmi ces cinquante personnes, il s'en trouve bien, sans doute, deux ou trois, — je parle de la partie mâle, — dont on ne connaît pas absolument la généalogie...
Mais comme, après tout, les connaissances, les véritables connaissances y font majorité, on peut, sans danger, se laisser aller aux douces joies du lansquenet...
Quitte, si l'on flaire un loup dans la bergerie, à agir de prudence en verrouillant son porte-monnaie.
Mais nous voici arrivés, mon ami. Venez voir notre en/isa au petit pied; — vous savez qu'on appelait jadis les maisons de jeu des«»/er«... — un titre très-intelligent, par parenthèse...— mais celui-ci n'est pa^bien terrible... Il est peuplé de bons diables et, souvent, de fort tjolies diablesses!
Reynicrme précède en riant. Nous entrons dans une maison, d'assez belle apparence, de la rue Taitbout. Il y a des équipages, des coupés à la porte. Allons! Reynier a raison ; c'est un enfer de bon goût, au moins!
L'appartement de mademoiselle Robert est superbe; un salon où les invités qui ne jouent pas... ou qui ne jouent plus... ou qui joueront plus tard... — ont le droit de causer,
220 LA TRIBU DES GtNËimS.
Âh!.. voilà en faca de moi un Monsieur qui geint d'une furieuse force !
— Pas une main ! pas une main !.. Si ce n'est pas du guignon! s'écrie-t-il à chaque instant, en promenant autour de lui des regards désespérés dont personne ne se soucie.
Les joueurs sont comme les enfants : sans pitié.
— Il y a un louis, murmure une petite voix.
C'est une jolie blonde qui possède ôette petite voix.
— Le louis demandé!
-— Un refait,.. Je passe la main.
Gettedemolselle passelamain aprèsun seul coup.. Eh! eh! .. Si elle joue de la sorte toute la soirée, et que le sort la favorise, je parierais pour un billet de mille francs comme récompense de ses prudentes peines!
Cest le monsieur qui geint incessamment qui a pris la main de la blonde. Il saute en un clin d'œil.
— C'est horrible ! vocifère-t-il celte fois en donnant un grandissime coup de poing sur la table.
Mazctte! mais s'il continue de gémir ainsi crescendo, ce Monsieur va tout briser tout à l'heure !
Au tour de Reynier. Il passe deux fois, trois fois, quatrefois...
— Banco! dit, d'un ton guttural, un petit homme à l'antre bout de la table.
Reynier tressaille. Ce petit homme est son gêneur. Il a
LA TRIBO DES GÊNEORS. ÎS
perdu continuellement contre lui depuis qu'il est à la table de jeu. r
Oh ! il perd de nouveau!
~ Je donnerais bien dix louis pour que ce gaillard-là me laissât tranquille, me dit Reynier à l'oreille. Il a le mauvais œil, c'est sûr... et il s'acharne après moi!
— Que ne passiez-vous la main ?
— Est-ce qu'on passe la main, mon cher!..
J'ai la banque... je passe quatre fois... et moins fier que Reynier je m'arrête quand je vois huit louis qui m'appartiennent.
La grosse mademoiselle Rosa dévore mon gain des yeux.
~ Prêtez-moi donc un louis, mon petit, ponr ma main?
Gomnïent refuser à une femme qui vous appelle son petit !
Cependant je me permets, tout en m'exécutant, de répondre à mademoiselle Rosa :
— Mais vous venez de gagner un banco de quatre cents francs!
— Vous croyez ? Ah bien oui ! Tout a filé, déjà. — • Filé!.. Comment? Vous n'avez point ponté?
— Est-ce que je sais, moi!.. La preuve que je suis à sec, mon petit, tenez...
Et mademoiselle Rosa me montre le tapis veuf de la moindre monnaie devant elle.
Ah! il est positif que cette place du tapis... c'est un abîme... tout s'y engloutit!
âSS LA Tm^Q. DES Gmi£13ftS^
— Pas. une m^in! pas une main!
Toujours le monsieur désespéré qui braille. A présent, c'est avec une nuance particulière : il a des laAodes dans
la voix.
Mais Ton se dispute ik-ba^... Il s'agit de dix louis à partager entre quatre ponteurs et toui? les quatre en demandent cinq... ce sera difficile à arranger.
Et la partie continue à peu près de c« train jusqu'au matin.
Je dis : à peu près, car. en dehors des gémissemens du monsieur qui n* a jamais de main... les bancos victorieux dnjettatore deReynier, les manières prudentes de la jolie blonde et les emprunts réitérés de mademoiselle Rosa à ma bourse, il s'est — vers les quatre heures — produit un incident nouveau. Un monsieur qui n'avait fait que causer jusque là, dans le salon voisin, a pris place à la table de jeu...
Et tout aussitôt ce motisieur, exArèmenibnt aimé de dame Fortune, ce semble, s'est livré à des rafles effrayantes!
A sa première main il a gagné mille francs.
A la seconde, quinze cents.
Deux mille à la troisième.
Ainsi de suite... jusqu'à extinction de louis dans toutes les bourses... de bougies dans tous les candélabres.
Pour moi, je ne me plains pas. le n'ai jamais perdu que
LA TBDD DES G|2«ima. 923
les soixante francs que je possédais en tout et pour tout...
Hais Reynîer en est pour soixante louis, le pauvrie garçon!
Le jeu cesse ; la bataille finit faute de combattants.
Le monsieur si heureux salue et s'éloigne le premier.
— Quel est ce monsieur? crient aussitôt dix voix à mademoiselle Robert.
— Je ne sais pas... 11 m'a dit qu'il était l'ami intime de Reynier.
— Mon ami intime !.. à moi!.. Je ne l'ai jamais vu ! «— Allons donc !
— C'est un grec!
— C'est un filou !
— C'est un escroc !
— Cest un voleur!
— 11 faut courir après lui !
Courir!.. Essayez!..
' — C'est drôle, quoique ça, cet aplomb ! s'écrie mademoiselle Robert.
— Drôle, pas trop ! dis-je à Reynier qui s'éloigne avec moi.
— 11 est certain que je mettrais ma main au feu que ce monsieur nous a joué un tour de sa façon...
Âh ! vous convenez donc que le lansquenet est un mauvais jeu ?
— Oui !.. quand il a ses gêneurs, comme ce soir.
â24 LA TRIBU DBS GÊNEURS.
— Mais n'en a-t-il pas toujours ?
— C'est possible... mais qu'y faire, monl)on? Parce qu'il existe des champignons qui empoisonnent, faut-il donc, pour cellEi, renoncer à manger jamais des champignons?
J'ai été jUrné ca soir par un escroc.
Je me rattraperai demain avec un honnête homme.
Adieu.
Et Reynier me quitte en essayant de sourire.
Le pauvre fou! J'ai apprit — hpit jours plus tard — qu'il est marié... qu'il a deux enfants...
Et qu'il laisse, sept jours sur dix, sa femme et ses enfanta presque sans pain.
Pas de conduite, et, avec de l'esprit et du talent, on devient un gêneur bien triste : le gêneur des siens !
A vol d'otocaa.
Ces deux lignes de points vous représentent deux années écoulées depuis que j'ai écrit la dernière ligne, le dernier mot dtt précédent chapitre.
Est-ce donc à dire que ces deux anaées durant, je n'aie plus rencontré de gêneurs?.. •
Hélas ! vous savez bien que plus on va dans la vie, et plus les gêneurs y abondent!
Quand ce ne serait que les cheveux blancs, les rides et les rhumatismes qui se prennent à vous dire, à mesure que vous vieillissez, que vous devenez laid... désagréable...
Et qu'il ne serait pas mal de songer à votre testament!
Le véritablemotif pour lequel j'ai cessé d'inscrire, jour
par jour, mes impressions de voyage dans le pays de la Gêne, le voici tout simplement : la paresse.
Je me suis senti saisi, un beau jour, de' découragement devant Tefifrayante besogne que j'avais entreprise; celle d'apprendre aux populations attentives comme quoi un homme ne peut faire un pas, un geste, manger, boire, donnir, travailler, aimer, haïr, crier, se taire, sans qu'aussitôt ne surgisse près de lui quelqu'un ou quelque chose pour l'empêcher de se taire, de crier, de haïr, d'aimer, de travailler, de dormir, de boire ou de manger à son aise!
Et, dès ce jour, j'ai laissé dormir, au fond d'un carton, le manuscrit de ces souvenirs.
Çep^dant, comme il faut que tout ait une fin, sur la terre... quand même cette fin devrait être incomplète, — il n'y a que les mélodrames à succès qui soient assurés d'un dénoûment heureux, — je veux, cher lecteur, vous donner dans CCS dernières pages un complément de mon œuvre, en vous signalant, à vol d'oiseau, quelques variétés de gêneurs dont je ne vous ai pas entretenus jusqu'ici.
Quand je dis complément, il est bien entendu que cela ne complétera^ rien du tout ! . . mais. . .
Ah! ma foi! tenez!., assez de phrases, n'est-ce pas? Ça me gêne de les tourner tant bien que mal, ça vous gêne également de chercher à les comprendre...
Je récapitule ce que j'ai fait depuis deux ans et je laisse courir ma plume, jusqu'à ce qu'elle tombe de lassitude...
DoBC... I! y adcnx ans, d'aîwrd, —je ne sais si vous vous le rappelez... quand ma comédie avec Favery, VEnfèr en ce mondes était sur le point de se jouer? — je suis devenu éperdûment amoureux de mademoiselle X... — Vous rappelez-Vous aussi mademoiselle X..., la grande coquette, qui avait un rôle dans ma pièce et à qui j'apportais des violettes aux répétitions?
L'amour est l'impitoyable gêneur du travail. Amoureux de mademoiselle X..., j'ai commencé par perdre un temps prodigieux... rien qu'à aimer.
Et puis mademoiselle X... était d'une exigeance! Jalouse, en outre, comme une tigresse!.. Il 4i'y avait plus moyen avec elle de s'occuper d'autre chose que d'elle !
Bref, mes amours m'ont coûté, en premier lieu, des dettes. Mademoiselle X... me savait pauvre... Elle ne voulait jamais rien accepter de moi ... ^
Or, il n'y a rien qui coûte plus cher qu'une femme qui ne veut rien accepter.
Ensuite, quand mademoiselle X... s'est fatiguée du bonheur ûonije la comblais, à mon tour j'ai été empoigné par le démon de la jalousie... un rude gêneur encore que ce démon là, allez!., et qui vous rend d'un bête!..
Si bête... qu'on ne recule devant aucune bêtise!
Et je n'ai pas -reculé non plus!.. Au lieu de me retirer tranquillement quand on me disait, avec politesse, qu'on en avait assez, j'ai tenu à rester de force...
228 LA TMBU DES GÊNEORS.
Gela m'a bien servi!.. Oui... à me rencontrer avec un rival, au nez de qui j'ai fait l'impertinent... — ;et qui me l'a bien rendu, je l'avoue!
De là, un duel... un duel, parce que j'avais dit à mon successeur qu'il me déplaisait et parce qu'il m'avait répondu qu'il ne s'en inquiétait guère !
Mais la colère... l'orgueil... l'obéissance au point d 'honneur, surtout!
Oh ! les vilains gêneurs que tous ces sentiments-là!
Blessé par mon rival, je restai trois semaines au lit. Pendant ces trois semaines le calme et la raison me revin-
rent. Les duels ont cela de bon qu'ils tiennent lieu, parfois avec avantage, de saignée énergique sur la personne de leurs victimes.
Seul, entre un médecin — un étrange médecin qui a la passion des vieux tableaux et qui me parlait Zurbaran, MuriUo et Velasquez, quan4 je lui demandais où en était ma blessure... —
Et une garde-malade — une atroce vieille femme qui fumait... oui, qui fumait!.. Elle avait été paysanne bretonne dans son printemps...
Je regrettais les soins de Lucelte... de ma pauvre Lucette, que j'avais brutalement congédiée de mon cœur et de ma maison.... pour y introduire une étrangère... qui l'avait bien vengée !
Et, chaque jour, je me disais : « Si je lui écrivais un mol?.. Lucette reviendrait peut-être... peut-être me pardonnerait-elle ! »
Hais je ne lui écrivais pas... par amour-propre... Je craignais d'être repoussé, refusé...
Encore un gêneur assez despote, que Tamour-propre!
Une fois sur mes jambes, pourtant, par une matinée tout éclatante de soleil, je n'y tins plus... Je courus au magasin de Lucette !..
Chère fille! Elle me reçut comme si je n'eusse jamais été méchant ni sot avec elle. Le seul reproche qu'elle m'adressa, quand je lui appris que je sortais de mon lit, fut celui-ci :
— Il fallait m'appelerl
— Il fallait venir sans que je t'appelasse!..
— Venir!., oh! non!.. Je ne te savais pas malade, d'àbord... et puis j'aurais eu peur de te gêner !
Je sautai au cou de Lucette; le soir même elle reprenait le cours de ses visites. . .
En soupirant bien un peu, il est vrai... en revoyant ce petit logement où une autre...
Le souvenir est souvent un gêneur.
Je me remis à travailler... Il était urgent de réparer les
brèches faites à ma bourse par ma liaison à bon marché
'avec mademoiselle X... J'avais des créanciers, maintenant,
une infinité de créanciers — une catégorie des gê-
iâO LA TRUI] DE& GÏ»8UR8.
neiirs que j'avais ignorée jusque-là... une catégorie ignoble!., qui ne vous laisse ni paix ni trêve, qui vous réveille le matin, qui vous empêche de vous coucher le soir qui vous écrit des épftres impossibles, qui vous invective, qui vous menace de la prison, qui vous y fourre quelque-
fois!..
Je travaillais donc avec fureur... pour acquitter mes dettes... recouvrer mon repos...
Et acheter une belle robe à Lucette...
Comme j'avais plusieurs cordes à mon arc, j'utilisai courageusement toutes mes cordes.
Tandis que je finissais deux vaudevilles avec Reynier, un drame avec Favery...
Deux nouvelles avec moi-même. . .
J'entreprenais en même temps quelques aquarelles...
En outre, je confectionnais un album de romances...
Dame! on ne sait pas!., je pouvais vendre ma musique et ma peinture, à l'occasion !
De plaisirs, je ne m'en permettais que rarement. Une fois, cependant, un dimanche, pour être agréable à Lucette, je consentis à aller dîner avec elle aux environs de Paris, chez des parents qu'elle possédait par là. Ces parents étaient des paysans... rien de mieux. Lucette m'avait présenté à eux comme son futur. Très-bien ! Ces chers villageois m'avaient accueilli à ravir, et de mon côlé je faisais >ut mon posaible, en fait d'amabilités» pour leur donner.
LA TMiny DIS GÊNEURS. 23i
h (Miiiiprenâre — on a mis cda sourent en couplets au boulevard... — que l'habit noir ne dédaigne pas la veste, .pas plus que la vesite ne doit mépriser l'habit noir... quand cette vçste et cet habit noir sont portés par de braves gens... — sur Fair de Caleb. —
On prit place à table. Du potage à la salade, l'entente la plus cordiale ne cessa de régner entre mes hôtes et moi.
Mais voilà que comme on servait le fromage, Lucette ayant refusé d'y goûter, tandis que je priais un de mes voisins de ne pas remplir si souvent mon verre, des murmures inquiétants commencèrent à s'élever.
Un 3 parente traita Lunette de bégueule... Un garent observa que je faisais des manières pour me griser, parce que, probablement, leur vin ne vuMt pas celui que je Hvais à Paris ! L'élan donné, le branle ne pouvait plus s'arrêter! Après les mots à doubla entente, les coups de patte» vinrent les gros mots et les coups de poing...
Luisette perdit son châle dans la bataille, moi j'en fu$ pour une banque de mon bi^it... ce malencontreux habit nob que j'avais revêtu pour honorer mes hôtes...
Et qui les avait humiliés, au Contraire ! En m'en revenant avec Lucette. ..
— Ceci t'enseigne, chère enfant, lui dis-jc, que s'il est permis aux gens de la ville et aux gens de la campagne, ée Mre m e&up ensenrisle...
29S LA TMBW DES GÊNEIM.
Cest une faute, de part et d'autre, de se réunir... en un joyeux festin !..
Les paysans sont susceptibles. Les fg&ùs de la ville ont les proportions de l'estomac restreintes... Ceux-ci crient trop... ceux-là ne crient pas assez... ceux-là peuvent ingurgiter pendant des heuAs... ceux-là n'ont plus soif au bout de dix minutes...
Jetons un voile sur le passé, Lucette... Mais ne m'çmmène plus dans ta famille, au nom du ciel !
Et quand tu y retourneras, toi, je t'engage même, si tu désires y être bien reçue, à jurer que ton futur est mort...
Pour avoir trop avalé d'eau sucrée. . .
Ça flattera tes bons parens, cette mort-là I . .
Revenons à nos travaux.
Un de mes vaudevilles avecReynier, reçu en janvier 1855, a été joué en juillet seulement...
n a fait une chaleur excessive tout Tété de 1855. — Reynier et moi nous avons gagné à peine nos trente représentations... Oh! l'été ! Quel gêneur pour les théâtres!.. On a parlé souvent de les fermer pendant la canicule... mais ça gênerait bien aussi les artistes qu'on ne paierait plus, alors, tout naturellement... qu'en pensez-vous?
Quant à mon drame avec Favery, il faut que je vous* offre le portrait du directeur qui nous l'a reçu... et qui ne Tious le jouera jamais... -— Accrochez ce portrait dans un
coiD de votre mémoire, pour biea le reconnaître et vous défier du modèle quand vous aurez affaire à lui !
Ce directeur est un Roger-Bontemps qui se moque de tout depuis le matin jusqu'au soir... et de son théâtre, et de ses acteurs, et de ses pièces, et de ses auteurs, et du public...
Et de lui-même, soyons juste I
Tout lui est égal, à ce cher monsieur Robin. — Nommons-le Robin ; il a du mouton, du mouton gras dans la démarche. — Vous n'avez personne dans votre salle, monsieur Robin. — Ça m'est égal» — Votre jeune premier rôle est sur les dents. — Ça m'est égal. — Votre amoureuse pleure trop. — Ça m'est égal. — Vous ferez de mauvaises affaires ! — Ça m'est égal. — Vous avez du noir sur le nez" — Ça m'est égal.
Et jamais de variations. Le pendant à la dame dont je , voW ai parlé... — au restaurant!
Seulement, qu'il y fasse attention ! Il n'aura pas toujours prés de lui, comme la dame susdite, un Monsieur de bonne composition pour lui offrjr le boeuf aux choux... de la commandite !
Allons, monsieur Robin, voyons! Quand nous vous avons porté notre drame, vous nous avez dit ; « C'est aussi mauvais qu'autre chose... je le reçois. — Qui nous jouera cela ? — Mes acteurs sont aussi exécrables que partout ailleurs... Qu'est-ce que cela vous fait ? — Et les dé-
coratiôns, on va s'en occuper, hein ? — Soyez tranquilles î J'ai de vieilles toiles... on les nettoiera... ça vaudra des neuves... comme on me les peint d'habitude...
Ah! monsieur Robin! monsieur Robin! Vous prenez trop jovialement les choses, aussi ! Vous riez trop... Ça en devient fatigant !
Vous riez même quand vous donnez votre parole!.. Ai-je menti ?
Nous devions passer dans »x semaines... Moniteur Chapeau-sur-la-tête — le dramaturge à succès, — est
arrivé dans votre cabinet. Il disait de vous, la veille encore, que vous n'étiez qu'un crétin... Vous ripostiez qu'il n'était qu'un drôle...
Baste!.. vous ne vous en êtes pas moins serré la main avec passion en vous trouvant ensemble. Au théâtre, les rancunes sont des accessoires de carton.
— Mon cher, vous a dit le grand homme, je vous apporte une pièce...
— Ça m'est égal !
— Plaît-il ?
— Non! Pardon!.. —Un tic!.. — Je voulais dire: « 0 joie î »
-^ Cinq actes, douze tableaux...
.<— Charmant i -«- Mais, comflfte il est dans mes ppîaoipes, qsâRd îe
porte «ae niA„ *** "** eftœoiw.
Si«^ '^^ *P«*We part H- , ««
^^--^ç^anon; '^"' ^ ^«'« «es co«di«o„s
"'••• '""'^'e ««l'aurais
"*« sais bien autre ^hn
drame. '^ ""^ '"«« "^ ^/«fe, ^
^ P«"f mon
~~ ^'OIS étoiles > Ca
•=*••• Ça sera cher, Sine mut „-^ . ""^ '
— Encore / Peste r u • «"-«e «t bien , " "^ '^"'•'^*'* '-is ^..Z^, s,,,,,
^:— -e:rr;-.^-..,e.„e
/ •** '«n pour ces uen "" ^^'^ ^''^^''^A» /
"■^•''"«■^ d-„„ th^j^^ ; "« «« baisser jouer par u troupe
- n suftit I /e vais m„ tisfaire. '^ ""^ "■««-- 1«at. pour vous sa-
'"^«"«'>''oct«,ierezr "''"''''■''«'•"«- ^Ait, ^ "'^^ prime aus«îî
^' "«epri^e encore. '""^ ^^''''•••
J« gagnerai a. i-.
Stagnera de l'argent. . . et les étoiles gagneront de l'argent i . .
Vous seul peut-être n'en gagnerez guère i..
— Ça m'est égal.
Et voilà comment monsieur Ghapeau-sur-la-tête nous a passé la jambe, à Favery et àynoi...
Oh 1 i« n'y mets point de fausse honte i Monsieur Ghapeau-sur-la-tête passe admirablement la jambe*..
Et il s'en vante !
Un beau gêneur!..
Heureusement, Dieu est juste ! En dépit de ses succès — avec fourniture d'étoiles !.. — et de ses dédains superbes pour ceux qui ne gagnent pas d'argent.., — il doit bien avoir aussi sa petite gêne dans quelque repli de son petit morceau de cœur, ce cher monsieur Chapeau-sur-la-tête !.'
Quant à mes nouvelles...
Mais, pardon, lecteur! on sonne à ma porte.
Serait-ce un créancier?., une Josepha Lassan quelconque ?
Serait-ce un Monsieur qui vient m'emprunter cent francs?.. — Cela m'est arrivé hier. — Un garçon à qui j'avais parlé une fcis, et qui me demandait, sans façon, cinq louis... — un verre d'eau!..
Serait-ce Etienne Pidou, un ancien camarade de pension, que j'ai rencontré l'autre soir, mis comme on ne se
met pas . .. vu que lorsque, par sa faute, on en est arrivé à ne plus pouvoir se mettre que comme cela... il vaut mieux se cacher que de faire rougir pour vous, de dégoût, les gens qui vous connaissent !
Serait-ce Charles Tellier, — le vaudevilliste,— qui brûle de causer une heure avec moi... en me demandant tous les quarts d'heure :
— Et qu'est-ce que tu fais maintenant?
Pour que, si j'ai la faiblesse de lui conter ce que je fais, — et s'il trouve ce que je fais à sa convenance,— il s'empresse d'aller le faire avant moi quelque part!
Serait-ce ce Romain qui désire me révéler, — pour la cinquantième fois, — que sa maîtresse le trompe !..
Serait-ce un comédien de province qui veut me supplier de le pousser... vers le Gymnase?.. , •
Serait-ce Dunois, l'ancien directeur, qui aurait l'intention de me prouver, par des chiffres, comme quoi ou lui a payé cent mille francs sou théâtre...
Où il avait ThabUeté de récolter chaque soir, comme recette, une moyenne de deux cents francs ?.. Serait-ce...
Mais on carillonne à démonter la sonnette... Si c'est un gêneur il la remontera!..
Ciel! Cher lecteur, je n'ai la force que de vous écrire
C88 LA TKBÊQ DJBft GtHtORS.
ces ômx Kgnes... — 13 la joie fait peur» le i)onhear fsdi mal.
J'hérite!.. Entendez^vous?.. J*hérite d'un parent Soigné... sur la décrépitude et les infirmités duquel je ne comptais pas!
J'ai vingt mille livres de rente!..
Adieu.
Mes souvenirs, je les donnerai à un ami... il en fera. ce qu'U voudra...
Âh ! je vous certifie que maintenant, avec ma nouvelle fortune, je ne m'amuserai guère à...
Ça serait trop long à vous développer... Adieu, lecteur!
FRANTZ MOSËR.
^■fliOSVE.
jjjia; Ouvrir
"«"■Mo*,» ,
'■"""'«'«Wi, écrit oe,a. ^,jit i-b„„«,..
c'est sa petite bonne amie... Lui, ça lui est défendu à présent, d'écrire !
Je poussai un cri de terreur.
Voici ce que j'avais lu :
<i Monsieur Frantz Moser se meurt. Il désirerait vous voir. Au nom de votre mère, venez, Monsieur ! »
— C'est comme ça, Çt l'homme, qui n'était autre que monsieur Isidore, le portier de Moser. Ce pauvre jeune homme!.. Une attaque d'apoplexie!..
— Vite! vite!., interrompis-je, partons ! Vous avez une voiture, sans doute ?
— Certainement, Monsieur... Un coupé... un coupé! Rien que ça! Et que je n'en demanderai le remboursement à personne, voyez-vous ! Parce que, quand il s'agit de quelqu'un qu'on aime... quoique simple concierge... on a ses idées!..
Montez donc. Monsieur.
— Ef quand ? comment a-t-il donc été frappé ?
— Ce matin... à six heures... H se levait... Sa petite bonne amie était encore là... heureusement... Pauvre chère fille! elle ne le quittait plus guère depuis quelques jours... Il paraît qu'il allait l'emmener dans un grand voyage...
Il partira tout seul pour le grand voyage, hélas!
— Enfin! enfin ! On a envoyé chercher un médecin?
LA TRIBU DBS «ÊNEUW. 241
— Trois médecins, Monsieur, trois médecins... Ah! j'aurais amené tous les médecins de Paris, si j'avais pu !..
— Et ils ont dit?
— Ils ont dit... à moi... et à la demoiselle..: vous concevez ? Pas à lui... -parce que...
«— Oui ! oui! Us ont dit ?
— Qu'il en avait pour jusqu'à ce soir, peut-être.
Mittsieur, voyez-vous, quand ma femme a appris ce malheur-là dans la maison... ce n'était plus une maison... c'était un pleumr /... Beaucoup de locataires ne connaissaient pas monsieur Moser pourtant... C'est égal! Cales a affectés, ces gens ! Au reste, faudrait avoir un cœur d'airain pour apprendre sans broncher qu'un de ses semblables est à l'article de la mort! Pas vrai?., tout près de vous!.. C'est au point que madame Veillot, une dame du premier, qui partait avec sa bonne pour aller faire son marché, en est rentrée chez elle toute saisie 1.. Et monsieur Veillot i voulu monter voir monsieur Moser, lui !.. il a dit qu'il avait fait des études sur la pharmacie dans sa jeunesse, cet homme, et...
— La voiture s'arrête... Nous sommes arrivés, n'est-ce pas, mon ami?
— C'est juste, Monsieur. Suivez-moi... Ne vous inquiétez pas... Ça ne regarde que moi, la voiture.
le sois monsiear Isidore.
C'est un boQ homme, que ce portier ! liais il est cruellement bavard!..
Moser était étendu sur son lit.
La main gauche dans les deux mains de Lucette...
La droite gisant inerte le long de la ruelle.
Je m'avançais lentement. Au bruit de mes pas, le mourant et la jeune fille tour nèrent la tête vers moi.
Elle se recula pour me laisser approcher.
Lui !.. Oh ! quels terribles ravages !
Des traits contournés, violacés, renversés !..
Et pourtant un sourire rayonna à ma vue sur cette figure, hier charmante, aujourd'hui hideuse sous le coup de foudre qui Ta frappée!
• — Oui, oui , murmura-t-il , je ne suis pas beau à voir, n'est-ce pas, mon ami ? Ah ! c'est une fâcheuse chose que les attaques d'apoplexie. . . Gela vous abime bien^ un homme l
Et... saviez-vous cela, dites donc ?.. Je l'ai appris à mes dépens... La manière de procéder de ce fléau est assez bizarre ].. 11 s'attaque à un côté, et c'est l'autre côté qui meurt le premier!
Je me retournai. La gaieté de l'accent de Moser, jointe
LA TRIBU DES GENEDItS. 34)
k la maaîËre pénible dont il s'exprimait, eous l'étreinlc de la paralysie, tout cela formait un assemblage devant lequel le cœur me manquait.
Hoser s'aperçut de l'effet qu'il avait produit sur moi, car il reprit plus {gravement :
— Pardon, mon ami... Vous souffrez en ma présence... Je ne vous retiendrai pas plus longtemps...
U^s je devrais savoir...
C'est trop fort de songer à cela eu un pareil moment, hein?
Enfin... Avei-vous lu mon manuscrit?
— Oui.
— Et... Est-ce que vous creyei en pouvoir faire quelque chose?..
— Saus doute.
Uoser me lendit sa main restée vivante!
— Merci, me dit-il . Ça me fait plai^r de savoir, eu m'en allant, que... mes gêneurs amuseront peut-Ëtre quelques uns,4ievos amis...
Mes gËneurs 1 ..
Ah ! je ne m'attendais pas, l'autre jour, en vous remettant ces papiers!..
Décidément, j'étais prédestiné !
J'allais être »■ heureux... redevenu rtdie et libre l
XM U TRUn DES GEKEinS.
Uats la mort... la graDde gineiue, ne l'a pas voulu.
Ud cri partit au pied du liL Lucetle avail eu beau mordre soa moucboir pour étouffer ses sai^ots. . . tes sanglots avaient t-li^ les plus forts... Il s'élantaieal vers ta mourant.
Ce dernier regarda avec uoe îueff^le e^Epression de bonté celle qui lui dûait ainai tout son désespoir.
— Pauvre LuctiUe ! pauvre Lucette ! flt-il... Elle craint de pleurer devant moi pourtant, et elle n'en souffre que davantage 1
Pleure ! pleure k ton aise, ma 611e... Cela ne peut gêner ceux qui s'en vont de se voir regri^ttés par ceux qui restent!
Lucetle tomba à genoux, le vtsa|e enseveli dans le couvre-pieds.
— Du reste, ajouta Moser en me serrant doucement la main, je meurs IranquUle. La pauvre petito sera heureuse sans moi, si elle n'a pu l'être avec moi.
Mon Ngent m'aura servi k quelque chose.
Et puis...
b^t son regard devint limpide etdoux.
— te suis en paix avee Dieu, voyei-vous ! Un «te ses serviteurs me l'a dit tout à l'henre. . . Oh ! c'était un brave cœur que ce prêtre !..
Pas un gêneur, celui-lk !
LA TRIBU DES GtNEDRS. 245
, «Rieu pardonne, m'a-t-il dit. Priez. »
Et j'ai prié.
Allons! allons!.. Je vous garde ]h... Adieu, mon ami, adieu.
Vous croyez qae mes- Sowenirs valent la peine...
Ah!.. Teaez... je yous en prie, acceptez donc celta épingle en mémoire de racH!
Moser me désignait du doigt une petite épingle d'or, sur la table de nuit...
Comme Je l'attachais à ma cravate, un léger bruit frappa mon attention. Il partait de la muraille contre laijuelle appuyait le lit de Hoser... C'était comme le son régulier et monotone d'un monvementde montre... mais bien plus sourd... bien plus lent...
— Mon Dieu' encore cette vilaine bête! s'écria Lucette avec un chagrin mËlé d'effroi.
— Une araignée à marteau qoi ne veut pas me laisser mourirsansme taquiner, Bt Moser avec un dernier et triste
Pauvre Moser!
Sur sa tombe même il a fallu encore qu'il eût un gêneur '...
Un gens de lettra qui a prononcé un discours en vers
sur les vertus, le talent, le courage... que sals-je!.. de l'écrivain que la France venait de perdre !
Mosér n'en demandait pas tant que cela après lui, j'en suis bien sûr.
Et maintenant, ai-je été un gêneur pour vous, lecteur, en vous donnant les Souvenirs d'un Gêné?..
Si vous le pensez, ne me le dites pas!
MN DE LA TlUBU DES GÊNEURS