LE MUR NEUF ET LE VIEUX MUR
Fier de sa brique rouge et de sou mortier fin, Eclatant de jeunesse, un mur tout neuf, enfin. Près d'un vieux mur moussu que couvre le lierre. Qui dans le chemin creux laisse crouler sa pierre,
Fait à Dieu sa prière : [sons,
« Seigneur, Dieu tout- puissant, grand Maître des sai- Pourquoi sur ce vieux mur semer tes frondaisons P Pourquoi, tandis que lui comme un verger fleuron ne. Laisser sans un bourgeon ma petite personne? Pas un rameau lleuri , pas un pied de pécher. Pas un cep à mon liane cherchant à s'accrocher ! Je suis nu. je suis seul, et ma jeune poitrine N'a pas pour se voiler l'ombre d'une glycine;
Alors que ce vieillard.
Sans compter dans ses trous les amours du lézard. Est là tout ruisselant de jasmins, d'aubépines, Et tout plein de pinsons, lui qui n'est que ruines!
Sou chef est ébréché .
Branlant, penché,
Et tous ses ais disjoints vont un jour, ma parole.
Dégringoler céans, rien qu'au soufile d'Eole !
Pour tout dire d'un mot, il est près de mourir :
Fais-moi donner ces fleurs qu'il ne peut plus nourrir;
D'un zèle maladroit réparant la folie,
Fais rétablir, Seigneur, chez nous plus d'harmonie. »
Or Dieu lui répondit :
« Tais-toi présomptueux Qui blâmes les décrets et les desseins des cieux Et qui. venu d'hier dans le pays des hommes. Comme eux veut régenter le Maître que nous sommes ! La pierre et le ciment dont sont faits mes vieux murs Souvent plus que les neufs sont résistants et sûrs. Et tu pourrais attendre un peu d'avoir moustache Pour me parler comme un traineur de sabretacho. Je devrais mépriser des discours aussi vains : Mais je suis aujourd'hui faible pour les humains Et de mon noir projet, grand sujet de ta glose, Il me plaît en deux mots de dire ici la cause : Il est vrai qu'aux vieux murs je prodigue mes dons : Je recouvre à dessein leurs rides de festons . Je les voile au printemps d'une mousse mignonne Et de ma vigne-vierge on les drape à l'automne; Mais de tous ces trésors que je verse aux bons vieux Ne sois pas envieux :
i; H 1 Mi il. I I - .">.">
Les ans que je leur donne Sont, malgré Nuis ces biens, une lourde couronno. Ils ont beaucoup connu de veilles, de douleurs; C'esl pourquoi dans leur sein je fais germer mes fleurs. La plus belle est pour toi, c'est la Heur de jeunesse; Laisse mes nids des vieux apaiser la détresse. »
MORALE
Jeunes fronts île vingt ans, à l'étourdi pareils, Méditez ces conseils!