‹ BrindillesChapitre 22 sur 40 · CRINQUEB1LLE AU PARADIS · texte numérisé non relu

CRINQUEB1LLE AU PARADIS

Pour s'être un soir d'été, contre un sergent de ville,

Fait trop de bile.

Pour s'être mis en nage à maudire le flic. Puis avoir pris du froid dans le quartier Lepic, A la porte du ciel Crinquebille en personne

Aujourd'hui sonne.

C'était l'heure où saint Pierre, enfin soufflant un peu S'attablait tête à tète avec son pot-au-feu : Dans sa robe de chambre, ayant changé de bottes. Un peu rhumatisant, il mangeait des carottes; Et pour ne bien ouvrir qu'aux seuls justes le Ciel. Il étudiait les lois au Journal Officiel; Il cherchait en pestant quelques notions claires Sur les droits aujourd'hui qu'ont les propriétaires. Il n'y comprenait goutte et, tout découragé. Reprenant son " 1,10 " et l'impôt des B. (!. '. Il maudissait céans cette néfaste usine Que sont Chambre et Sénat constamment en gésine.

1 Le 1,10 o/0, impôt sur le chiffre d'affaires ; B. G. pour Bénéfices de Guerre.

Au coup d'appel pressant

De notre vieux marchand ( \ppel impératif à briser dix sonnettes). Saint Pierre furieux a quitté ses lunettes Et d'un geste bourru tiré sur le cordon. Alors un pas hardi traverse le salon Et, Parigol pour qui Home détache un nonce, Gouailleur, point frèné . Oinquebille s'annonce. Devant que le bon Saint eût pu placer trois mots. Il lui dit la pitié de tous les camelots : Les courbettes qu'il faut pour toucher sa médaille,

Et puis, vaille que vaille.

Tous les soucis qu'on a dans la morte-saison Pour boucler son budget avec sa cargaison ; Le pavé des faubourgs, l'autobus qui vous crotte Et la porte cochère où l'hiver on grelotte. m Vois-tu, mon pauvre vieux (saint Pierre a sursauté). Pour ce métier de gueux il faut une santé!... \n--i j'ai tant trimé, tant bûché sur la terre. Et pour le boulanger, pour le propriétaire.

Je suis si fatigué

D'avoir tant bourlingué.

Que pour souiller un peu je viens, moi Grinquebille, Voir dans ton paradis comment ça se goupille. » Et sur ce, moins gêné qu'à vendre son eresson. Vis à n is du bon Pierre il s'assied sans façon.

« Mais, mon bon, fit le saint. . . — Oh ! j'ai peu dans ma vie

Fréquenté l'archevêque ou bien la sacristie ;

Mais juste avec les poids, pas capon. pas tricheur.

Pas porté sur le vin, seulement amateur;

Et jamais un bistrot n'a pu me chercher noise :

Crinquebille a toujours bien réglé son ardoise.

— Mais crois-tu suffisant...:1 — Voyons ! on n'est pas dur ;

Un bon coin sous les toits. On n'attend pas, bien sûr.

Un grand appartement avec des eaux courantes ;

Vois-tu, les bains, c'est bon pour des gens avec rentes.

On ne demande pas des cuistots, un valet :

A. la maison, c'est moi qui pinçais du balai.

Et nous les trimardeurs, fréquentant les VValaces,

On n'est pas des clients attitrés des palaces. »

Saint Pierre, déridé, d'un grain de bon sel gris Assaisonnait deux œufs qu'un ange avait servis. Mais Crinquebille allait, poursuivant sans astuce : « Comptez pas m'employer ni pour le ballet russe. Ni pour pincer la harpe ou les airs d'opéra ; Mais pour la castagnette ou bien l'ocarina... Et puis tu sais, mon vieux, du maintien dans le monde. Quand on a ses gants clairs, sa rediugue gironde... Enfin quoi, tu comprends, sans être du gratin. On a lu Deschanel , on connaît son Bottin ! »

Il souriait discret, de façon fort civile.

Saint Pierre l'interrompt : « Et les sergents de ville?... »

L'infortuné baigneur, battant l'air de sa main

Qui sous son pied glissant sent le fond fuir soudain.

Le pochard qui verrait de Bercy les quais vides,

Le vin en eau mué sous ses lèvres avides.

El les comptoirs d'élain en barbelés changés,

Ne sont pas plus transis, plus blancs, plus affligés

One le pauvre cloué par cette attaque habile.

Sous les yeux amusés du vieux Saint qui jubile.

« Eh bien! oui, j'ai jamais encaissé ces gens -là :

^ >'inl bons qu'au dancing ou bien au cinéma!

autrement ça poitrine et puis ça fait des rondes,

Histoire d'embêter surtout les pauvres mondes! »

Mais, saint Pierre à dessein fronçant un gros sourcil.

11 jette un peu de lest et repart, adouci :

« Cependant on peut voir; entre nous... tout s'arrange :

Que ne ferais-je pas pour devenir un ange !

El si le bon Dieu met des flics sur son chemin,

Crinquebille est bon zigue : il leur tendra la main. »

Alors on vit ceci : sur un signe de Pierre, Deux agents ont jailli, tout nimbés de lumière. \\im sur leurs képis une auréole en or. Des ailes dans le dos et sur les pieds encor ;

Et bras dessus dessous, galamment, avec grâce, Les voici s'envolant au travers de l'espace, Non pas pour s'en aller au poste, cette fois, Mais pour se présenter là -haut au Roi des rois .

Et le Seigneur sourit à cette apothéose.

Et Crinquebille entra dans son paradis rose.

AU SALON FUTURISTE

Sans rime ni raison.

Dans un hall entassés que l'on nomme « Salon »,

Des tableau \ d'avant- garde Se regardent .

Brossés en cauchemar par quelques demi- tous. Valant moins à mon sens que l'argent de leurs clous.

Et des gens sans sourire.

Les mines en délire .

S'approchant, s'éloignant. essuyant leurs lunettes.

Dodelinant les têtes, En épongeant leurs fronts prophétiques el nus.

Ou bien très chevelus.

\wv le ton profond déjuges convaincus,

Prononcent de grands mots : « avenir auréole

Précurseur,... chef d'école !.. . »

Et le geste inspiré, les deux yeux aux plafonds, Vont vers d'autres horreurs faire ainsi d'autres ronds.

Alors, me tàtant bien pour savoir si je veille. A pas pressés j'ai fui la troublante merveille, Regrettant les instants et surtout mes cent sous Ainsi dilapidés à visiter des fous.

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