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AUX MORTS DU VILLAGE

Pour l'érection du monument aux Morts de la commune de Fondettes.

Déchaînés par la haine et jusqu'aux dents armés, Un peuple de vautours, fous d'orgueil, affamés, A la saison bénie où les blés sont en gerbes, Ont de leur vol maudit flétri nos champs superbes. Et la voix du tocsin gronda sur le pays, Et nos fds sont partis...

Ils sont partis, serrant, chers enfants de Fondettes, Cachés sous le vieux linge, au fond de leurs musettes. Les portraits de leurs vieux, ou celui plus récent De quelque femme chère ou bien de quelque enfant, Et le bon seuil usé du foyer qu'on adore. Hélas! attend encore...

Votre sang a rougi la sangle des brancards Où parfois nous placions vos pauvres os épars ; Et nous cherchions des mots comme en auraient des mères. Et nous baisions vos mains et vos fronts, ô mes frères ! Et nous disions : « C'est rien. . . Tu guériras, mon vieux ! n Et nous fermions vos veux.

H I»! Ml II. LES 65

Cher monument béni, que notre pitié dresse. Dis bien aux survivants, au -passant dis sans cesse Que sacrés sont les champs où dorment ces héros. Que pour les féconder il nous faut des berceaux. Des travaux plus ardents et des âmes plus belles Et des vertus nouvelles.

Ils viendront, nos chers Morts, tels que des blancs ramiers. Monument glorieux, se posera tes pieds; Ils viendront écouter tous les bruits du village, Du clocher, de la forge et du char au passage, Sous le poids des tonneaux qui cahote et qui geint r Tout barbouillé de vin.

Ils viendront! Ils sont là! Peuple vivant, regarde :

Autour de leurs loyers nos Morts montent la garde!

Ils nous tendent leurs bras, ils nous sourient, enfants!

Parfumons leur chemin de roses et d'encens...

Et vous, petits soldats grandis par la souffrance,

Du haut du grand ciel bleu, protégez notre France!

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