‹ BrindillesChapitre 32 sur 40 · AUX POETES · texte numérisé non relu

AUX POETES

A l'aube ce matin

J'ai vu dans mon jardin ,

Sur une tendre rose.

Au jour à peine éclose.

Insultant sa blancheur,

Son parfum . sa fraîcheur,

Sa jeunesse et sa race,

Trôner une limace.

La bête s'étirait

Et la rose pleurait :

« Maître de toutes choses.

Des grands bois et des roses.

Toi qui mets dans mon sein

Les perles du matin,

Pour quelle triste noce

Cette caresse atroce!1

D'embellir un doux sein

J'avais formé dessein ;

Prends en pitié mon rêve .

Seigneur, fais qu'il s'achève ! a

Et moi qui sais des fleurs Comprendre les douleurs,

.l'ai de l'horrible bête Délivré la pauvrette.

Bons accoupleurs de rimes, Amants fervents des cimes.

Il est par les chemins Bien des tristes humains.

Aux fleurs bien des limaces.

Aux fronts bien des grimaces.

Allons de traits vainqueurs Enflammer tous les cœurs ; Le vice rampe et bave, Soyons le flot qui lave !

Dans leurs temples dorés Les veaux d'or sont sacrés :

Eveillons près des cierges Les chœurs des blanches vierges Trouvons, trouvons des mots Aussi purs, aussi beaux.

Aussi pleins de lumière Que nos fils en prière ; Et pour chasser des cœurs Et vices et laideurs, Que le Ciel même inspire Les chants de notre lyre !

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