LA MESSE AU FAUBOURG
Dans le faubourg pelé (cimetière, abattoirs. Vieux pavés biscornus, trains essoufflés et noirs). À petits coups pressants, une cloche aux sons grêles Pour l'office divin appelait les fidèles. Et sur ce triste coin, à la tâche entête. Semait un peu d'oubli, d'amour et de gaieté. C'était un jour de fête, et monsieur le vicaire. On l'avait annoncé, devait monter en chaire. Or sous ce bon clocher, de mon foyer voisin Venu pour prier Dieu dans son temple divin . Voici ce que je vis : Très pauvrement vêtue. La démarche lassée une femme est venue ; Cinq petits qu'on eût dit jaillis du cotillon. En claquant du sabot, suivent dans son sillon. Et leur frimousse est rose et leur mine éveillée. Et l'église à l'instant en est tout égayée. Or tandis que. heurtant les chaises et les bancs, La mère et les petits se glissent dans les rangs.
J'ai vu de mes deux yeux, dans les bras de sa Mère. Sourire à ce tableau Jésus, roi de la terre. Et l'encens fut plus pur. et sur l'autel tout blanc La rose fut plus belle et le lis plus troublant.
L'évangile déjà, grande voix éternelle, A dressé d'un élan tout un peuple fidèle; Puis, suivi d'un enfant, fier de sa mission. Le vicaire est venu commencer son sermon.
Alors, cédant bien sûr à la sainte fatigue
Dont le jour tout au long aux humbles est prodigue,
Le front lourd de soucis incliné vers son sein,
Dans ce lieu reposant et du Seigneur tout plein.
Sous les yeux indulgents de la Vierge Marie.
La mère s'est sans bruit doucement endormie.
Seigneur! toi qui vécus dans un humble atelier
Parmi les copeaux blonds d'un pauvre charpentier.
Je le sens, je le vois. Dieu pétri de justice,
A ton cœur paternel ce sommeil est propice.
11 dit : « Pardonne- moi. mon pauvre corps est las:
Tous tes jours sont si courts pour la tâche ici -bas!
Et cependant tu vois, pour chanter tes louanges,
Je suis ici venue avec mes pauvres anges;
Mais mes deux yeux n'ont pu demeurer en éveil .
Ht je t'offre, ô mon Dieu, pour présent mon sommeil
Et ses fils alignés, s'abritant sous son aile, Murmuraient au Seigneur : « Protégez-nous comme elle; » Et Jésus la bénit et gémit du Credo, Qui, l'éveillant, troubla l'harmonieux tableau.