‹ BrindillesChapitre 35 sur 40 · RENONCER AU BON VIN · texte numérisé non relu

RENONCER AU BON VIN

Conte bleu.

C'était un bourg charmant de ma verte Touraine; Tout au pied du coteau qu'il effleure à grand'peine. Son clocher sur lequel se dresse un bon vieux coq, Par le temps patiné, se fond avec le roc. Quand la main du sonneur y fait tinter matines, Parmi les ceps tordus, dans les vignes voisines, C'est un palpitement, c'est un émoi soudain Chez la grive et le merle enivrés de raisin ; Et quand un peu plus tard, à l'heure de l'office, L'encens pur, échappé du toit de l'édifice, Caresse les grains blonds sous le pampre blottis, C'est pour donner au vin sa flamme et son rubis.

Ce pays qui cachait au liane vert des bouteilles Des crus h's plus fameux les vertus sans pareilles, Vrai pays de Silène, avait un Bacristain Dont la trogne et le nez chantaient l'amour du vin.

Et, sourd à son curé qui le gronde et sermonne Chaque jour un peu plus cette face bourgeonne. Aussi dans le village, et qu'il fût gris ou non, Les gamins se riaient de Jean (c'était son nom).

Or un jour il advint (c'est lui qui l'a conté.

Et c'est au fond du vin que gît la vérité),

Il advint un miracle. On était à l'automne,

Dans ces mois amoureux de vendange et de tonne ;

Ayant dans maints celliers goûté le vin nouveau ,

Jean venait sur l'autel promener son plumeau.

Dans le temple désert, le gilet en guenille.

Il est là traînassant le pied dans l'espadrille.

Pitoyable artisan de l'instrument d'airain .

Il va de l'Angélus sonner l'appel divin,

Quand, frappé de stupeur, il s'arrête, il se tâte.

A ses yeux ahuris saint Joseph est , sans hâte .

De l'autel descendu, d'un pas lent et glissant;

Il rit à saint Michel, il rit à saint Vincent,

Et son manteau d'argent semble effleurer la pierre

Et ses deux bons veux creux sont tout pleins de lumière.

Au milieu de la nef, frôlant le sacristain,

Il s'incline en passant devant l'autel divin :

Et voici maintenant qu'il est dans la chapelle.

Où d'un geste d'amour l'enfant Jésus l'appelle.

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Là Marie à son tour s'émeut et s'attendrit,

El tous deux l'ont sauter l'enfantelet qui rit.

VA là-haut sous le toit, à son nid chaud fidèle,

Se penche pour les voir la maman hirondelle.

Soudain, leur échappant, l'Enfant Jésus mutin

Court à travers les bancs, les narguant de la main.

Saint Joseph le poursuit, mais sa marche est pesant»' ;

Et puis voici la Vierge, à l'atteindre impuissante.

L'enfant espiègle exulte et redouble d'entrain :

Il est là, sous la chaire, ici, près du lutrin;

11 se cache, il repart, puis tout à coup s'arrête :

Avec le sacristain le voici tête à tête.

Affolé, notre Jean, qui n'en croit plus ses yeux,

Se prosterne à genoux aux pieds du Roi des cieux

Et, les vapeurs du vin lui troublant la cervelle :

« Doux Jésus, pardonnez ma passion cruelle !

Pitié pour mes petits ! Revenez sur vos pas :

Que fera mon curé si vous ne rentrez pas?

Il dira : « — C'est la faute. A boire de la sorte,

« Tu mérites, sonneur, qu'on te mette à la porte! »

Souvenez- vous. Jésus, que c'est mon gagne-pain.

Retournons à maman. Allons, prenez ma main. »

Et l'enfant se soumit, et l'on vit, chose étrange! Conduit par le poivrot, le divin petit ange.

HIUMHLLES

Pour ne le point peiner, allant d'un pas menu Vers l'autel en bois peint duquel il est venu.

A tous ceux de son bourg Jean conta l'aventure. On n'en crut pas un mot : « Tu rêvais, chose sûre! En tous cas de ce jour, le fait est bien certain . Aucun n'a jamais pu griser le sacristain.

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