‹ BrindillesChapitre 36 sur 40 · POETE ET PAYSAN · texte numérisé non relu

POETE ET PAYSAN

Bon maître au front blanchi d'un modeste cottage,

Le Poète avait pris sa retraite au village.

Jean Bontemps. le fermier, qui braconne un lapin.

Le rencontre un matin.

On parle de froment, de vendange et de tonne. Des guérets qu'on fera dans le cours de l'automne.

Et soudain .

Avec dans ses yeux gris quoique peu de dédain : « Vous n'avez pas. monsieur, dans le cours de l'année. A craindre ainsi que nous la grêle et la gelée :

La plume et l'encrier Sont des outils nu tins lourds que tous ceux du fermier.

Tous les écrivailleurs , disait feu mon grand -père.

Les percepteurs, l'huissier.

Tout ça, c'est un gibier Engraissé du bêcheux qui chavire la terre. Je vois mal les chantiers auxquels vous êtes bons;

Et soit dit sans offense.

Pour se remplir la panse.

Le bon pain de mon blé vaut mieux que vos chansons

— Donner de ses brebis la laine et le fromage, Le vin clair de son clos, l'herbe du pâturage, Arracher aux sillons le pain de ses enfants.

C'est parfait, Jean Bontemps !

Mais le ciel, aux épis qui mêla pour l'abeille La fleur où de son miel le parfum blond sommeille , Tandis que sont par toi les pauvres corps nourris, M'a dressé, moi Poète, à nourrir les esprits. Le soleil , dans les prés qui fait pivoter l'ombre

Des vieux pommiers sans nombre.

Voit et ton corps lassé qui creuse des sillons Et mon cœur qui s'épuise à rythmer des chansons. Oui! l'écho de ma voix, frère de ta semence,

Germe par la souffrance.

Entends -moi, laboureur. Mon chantier t'est, dis- tu, Inconnu.

H II II» D II i I -

C*esl m. i voix, insensé! c'est ma voiv qui te mène,

Comme ton chant soutient l'attelage qui peine.

Car qui chanta, dis-moi. la paix de ton foyer.

Tes grands bœufs au labour, ta source et ton clocher,

là par les soirs superbes Les couples amoureux dansant autour des gerbes ? Va ! ce chant qui te suit, que tu veuilles ou non. Tout cela. Paysan, c'est signé de mon nom. Et dans le fond du plat où tu te fais la barbe (Plat qu'un artiste orna de deux pieds de rhubarbe). Je t'ai vu bel et bien. Jean Bontemps mon voisin. Lisant les yeux brillants des vers faits de ma main. »

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