SCENE TROISIEME
HYLAS, puis BRISÉÏS.
L'orchestre chante, mêlée aux terreurs mélancoliques de la nuit, la phrase de la Résurrection par l'Amour.
« Les cœurs qu'embrasa l'amour radieux
« Ne s'éteignent pas dans les sépultures ; « Et l'invincible Eros, dieu plus fort que les dieux, « Peut soulever le marbre et rompre les clôtures « Du sépulcre odieux. »
Pendant que les tentures de la baie du milieu se soulèvent, l'orchestre dit :
« Si l'on couchait ta fiancée
« Dans la tombe au déclin du jour,
On voit, dans la nuit, où passe une lune rouge, apparaître, long-vètue de blanc, Briséïs, mystérieuse et comme plus grande. Un voile cache son visage et pend jusqu'à ses pieds. Elle s'approche d'Hylas, qui ne l'entend ni ne la voit venir; l'orchestre dit :
« Blanche, elle sortirait de la tombe glacée
« Pour sourire à ton cher retour.
« Mêlée aux pâleurs de la lune, « Tremblante comme un vol qui craint de se poser,
Briséïs est tout proche d'Hylas, elle se penche vers lui, et, pendant que l'orchestre achève :
« Elle frôlerait d'un baiser « Ta chevelure brune... »
Briséïs, de sa bouche voilée, effleure le front d'Hylas.
HYLAS
sans mouvement.
Quel souffle plus léger qu'un glissement de nue?...
Il s'écarte vers le milieu du théâtre, se retourne lentement, aperçoit sa fiancée immobile. En un cri de joie :
Briséïs! ô destins amis !