‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 41 sur 117 · NÉRON, AGRIPPINE, NARCISSE, BÜRRHÜS · texte numérisé non relu

NÉRON, AGRIPPINE, NARCISSE, BÜRRHÜS

Néron, à part , en apercevant Agrippine .

Agrippine.

Arrêtez , Néron. J’ai deux mots à vous dire.

Britannicus est mort ; je rcconnois les coups i Je connois l’assassin.

Vous,

Néron.

Eh ! qui , Madame ?

Agrippine.

Néron.

Moi !... Voilà les soupçons dont vous êtes capable.

Il n’est point de malheur dont je ne sois coupable; Et, si l’on veut. Madame, écouter vos discours.

Ma main de Claude même aura tranché les jours. Son fils vous étoit cher , sa mort peut vous confondre ;

Mais des coups du destin je ne puis pas répondre. Agrippine.

Non , non , Britannicus est mort empoisonné.

Narcisse a fait le coup , vous l’avez ordonné.

Néron.

Madame !... mais qui peut vous tenir ce langage î Narcisse.

Eh ! Seigneur, ce soupçon vous fait-il tant d’outrage ?

(• A Agrippine , )

Britannicus, Madame, eut des desseins secrors.

Qui vous auroient coûté de plus justes regrets.

Il aspiroit pl-us loin qu’à l’hymen de Junic:

De vos propres bontés il vous auroit punie.

Il vous trompoit, vous même, et son coeur offensé l’rétendoit tôt ou tard rappeler le passé.

Soit donc que , malgré vous , le sort vous ait servie; Soit qu’instruit des complots qui menaçoiçntsa vie,

Sur ma fidélité César s’en soit remis,

I 4 BRITANNICÜS,

Laisseï les pleurs , Madame , à vos seuls ennemis. Qu’ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres* Mais vous....

Agrippine, à Néron.

Poursuis , Néron : avec de tels Ministres Par des faits glorieux tu vas te signaler.

Poursuis. Tu n’as pas fait ce pas pour reculer.

Ta main a commencé par le sang de ton frere:

Je prévois que tes coups viendront jusqu’à ta mere. Dans le fond de ton cœur , le sais que tu me hais.

Tu voudras t’afftanchir du joug de mes bienfaits ... Mais je veux que ma mort te soit même inutile.

Ne crois pas qu’en mourant je te laisse tranquille.

Borne , ce Ciel , ce jour que tu reçus de moi.

Par-tout , à tout moment m'offriront devant toi.

Tes remords te suivront comme autant de furies.

Tu croiras les calmer par d’autres barbaries.

Ta fureur , s’irritant soi-meme dans son cours ,

D’un sang toujours nouveau marquera tous tes jours..,. Mais j’cspcrc qu’enfîn le Ciel , las de tes crimes,

Ajoutera ta perte à tant d’autres victimes,

Qu’après t’être couvert de leur sang et du mien Tu te verras forcé de répandre le tien ;

Et ton nom paroîtra , dans la race future.

Aux plus cruels Tyrans une cruelle injure.

Voilà ce que mon cœur se présage de toi.

Adieu, Tu peux sortir.

Néron, à Narcisse.

Narcisse, suivez-moi.

( Il sort , avec Narcisse. )

SC.ENE VIT.

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