‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 62 sur 117 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

BÉRÉNICE , PHÉNICE , ANTIOCHUS , ARSACà.

Bérénice, à Antiochur.

ühl É quoi ! Seigneur, vous n’etes point parti ? Antiochus.

Madame , je vois bien que vous êtes déçue ,

Zt que c’écoit César que cherchoit votre vue;

Mais n’accusez que lui , si , malgré ces adieux ,

De ma présence encor j’importune vos yeux.

Teut-ctre , en ce moment , je serois dans Ostie ,

S’il ne m’eût de sa Cour défendu la sortie.

Bérénice.

Il vous cherche vous seul : il nous évite tous.

Antiochus.

Il ne m’a retenu que pour parler de vous.

Bérénice»

De moi, Prince?

ÀNTIOCHUS.

Oui, Madame.

Et qu’a-t-il pu vous dire

ANTIOCHUS

Mille autres , mieux que moi , pourront vous en instruire.

Bérénice.

Quoi ! Seigneur?...

Antiochus.

Suspendez votre ressentiment.

D’autres , loin de se taire, en ce meme moment , Triompheroient peut-être, et pleins de confiance, Céderoient, avec joie, à votre impatience.

Mais moi , toujours tremblant, moi, vous le savez bien, A qui votre repos est plus cher que le mien ,

Pour ne le point troubler, j’aime mieux vous déplaire, F.t crains votre douleur plus que vorre colere.

Avant la tin du jour vous me justifierez.

Adieu, Madame.

O Ciel ! quel discours !... Demeurez.

Prince, c’est trop cacher rpon trouble à votre vue. Vous voyez devant vous une Reine éperdue.

Qui , la mort dans 1 c sein , vous demande deux mots. Vous craignez , dites-vous , de troubler mon repos?

Et vos refus cruels, loin d’épargner ma peine,

Excitent ma douleur , ma colere , ma haine.

Seigneur, si mon repos vous est si précieux.

Si moi- même jamais je fus chere à vos yeux,

Éclaircissez

Éclaircissez le trouble où vous voyez mon ame.

Que vous a dit Titus?

Antiochus.

Au nom des Dieux , Madame..,, , Bérénice.

Quoi ! vous craignez si peu de me désobéir?

Antiochus.

Je n’ai qu’à vous parler pour me faire haïr 1 Bérénice.

Je veux que vous parliez.

Antiochus, à part.

Dieux , quelle violence!..;

( A Bérénice. )

Madame , encore un coup, vous loûrez mon silence. Bérénice.

Prince , dès ce moment , contentez mes souhaits.

Ou soyez de ma haine assuré pour jamais!

Antiochus.

Madame , après cela , je ne puis plus me taire.

Eh ! bien , vous le voûtez , il faut vous satisfaire..»

Mais ne vous flatez point. Je vais vous annoncer Pcut-Stre des malheurs, où vous n’osez penser.

Je connois votre cœur. Vous devez vous attendre Que je le vais frapper pat l’endroit le plus tendre....

Titus m’a commandé...

Bérénice, l'interrompant.

Quoi ?

Antiochus.

De vous déclarer Qu’à jamais l’un de l’autre il vous faut séparer.

Bérénice.

Nous séparer !... Qui? moi?... Titus de Bérénice?

ANTIOCHUS

Il faut que, devant vous, je lui rende justice.

Tout ce que dans un coeur , sensible et généreux. L’amour au désespoir peut rassembler d’affreux ,

Je l’ai vu dans le sien. Il pleure, il vous adore;

Mais, enfin , que lui sert de vous aimer encore!

Une Reine est suspecte à l’Empire Romain.

Il faut vous se'parcr , et vous partez, demain.

Bérénice.

( A Phe'nice. )

Nous séparer!,.. Hélas, Phénicc!

Eh ! bien, Madame,

Il faut ici montrer la grandeur de votre ame.

Ce coup , sans doute , est rude ; il doit vous étonner! BÉRÉNICE.

Après tant de sermens , Titus m’abandonner I Titus, qui me juroît.. . Non , je ne le puis croire :

Il ne me quitte point , il y va de sa gloire.

Contre son innocence on me veut prévenir.

Ce piège n’est tendu que pour nous désunir.

Titus m’aime,... Titus ne veut point que je meure. Allons le voir. Je veux lui parler, tout à l’heure. Allons.

ANTIOCHUS

Quoi! vous pourriez ici me regarder!,.* BÉRÉNICE , l'interrompant.

Vous le souhaitez trop pour me persuader.

Non , je ne vous crois point.... Mais , quoi qu’il en puisse être ,

Pour jamais à mes yeux gardez-vous de paroître ...

( A Phénice. )

Ne m'abandonne pas dans l’état où je suis.

Hclas 1 pour me tromper je fais ce que je puis!

( Elle sort , avec Phénice )

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