ATALIDE
Je prévois déjà tout ce qu’il faut prévoir.
Mon unique espérance est dans mon désespoir*.
TRAGÉDIE. t?
Mais , Madame , pourquoi ?
Si tu vcnois d'entendre
Quct funeste dessein Roxanc vient de prendre s Quelles conditions clic veut imposer !
Bajazct doit périr , dit-elle , ou Pcpouscr.
S’il se rend, que deviens-je en ce malheur extrême ! Et s’il ne se rend pas , que dcvicnt-il lui-même 1
Je conçois ce malheur s mais , à ne point mentir , Votre amour , dcs-Iong-tems , a dû le pressentir.
Ah ! Zaïre , l’amour a-t-il tant de prudence ?
Tout sembloit avec nous être d'intelligence.
Roxane , se livrant tout entière h ma foi , pu cùeur dé Bajazct se reposoit sur moi , M’abandonnoit le soin de tout ce qui le touche , le voyoit par mes yeux , lui parloit par ma bouche ; Et je croyois toucher au bienheureux moment Où j’aüois , par scs mains , couronner mon amant. Le Ciel s’est déclaré contre mon artifice.
Eh I que fal!oit-il donc , Zaïre , que je tisse ?
A l’erreur de Roxane ai-je pu m’opposer ,
Et perdre mon amant pour la désabuser ?
Avant que dans son cœur cette amour fût formée» J’aimois , et je pouvois m’assurer d’être aimée.
Dès nos plus jeunes ans , tu t’en souviens assez » l’amour serra les noeuds par le sang commencés, élevée avec lui dans le sein de sa mère ,
B iij
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J’appris à distinguer Bajazet de son frere :
Ellc-mcme , avec joie, unit nos volontés»
Et, quoiqu’apres sa mort l’un de l’autre écartés,. Conservant , sans nous voir , le désir de nous plaire , Nous avons su toujours nous aimer pt nous taire. Roxane, qui depuis, loin de s’en défier ,
A ses desseins secrets voulut m’associer ,
Ne put voir , sans amour , ce Héros trop aimable. Elle courut lui tendre une main favorable.
Bajazet étonné rendit grâce à ses soins ,
Lui rendit des respects. Pouvoit il faire moins ?....
Mais qu’aisément l’amour croit tout ce qu’il souhaite ! De ses moindres respects, Roxane satisfaite Nous engagea tous deux , par sa facilité , « .'
A la laisser jouir de sa crédulité.
Zaïre, il faut pourtant avouer ma foiblesse .
D’un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse..
Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits, Opposoit un Empire à mes foiblcs attraits ;
Mille soins la rendoient présente à sa mémoire :
Elle l’entretcnoit de sa prochaine gloire ...
Et moi , je ne puis rien. Mon coeur, pour tout discouts, N’avoit que des soupirs , qu’il répétoit toujours.
Le Ciel seul sait combien j’en ai versé de larmes. Mais, enfin, Bajazet dissipa mes alarmes.
Je condamnai mes pleins , et , jusques aujourd’hui.
Je l’ai pressé de feindre , et j’ai parlé pour lui.
Hclas J tout est fini. Roxane méprisée.
Bientôt de son erreur sera désabusée ;
Car , eufiu, Bajazet ne sait point se cachcer
TRAGÉDIE. r?
Je connois sa vertu prompte à s’effaroucher.
Il faut qu’à tous momens , tremblante et sccourable>
Je donne à scs discours un sens plus favorable. Bajazet va se perdre.'.... Ah! si, comme autrefois* Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix !
Au moins, si j’avoîs pu préparer son visage!....
Mais, Zaïre, je puis l’attendre à son passage.
IV un mot , ou d’un regard je puis le secourir.
Qu’il l’épouse, en un mot , plutôt que de périr.
Si Roxanc le veut, sans doute, il faut qu’il meure».
( A part, )
Il se perdra, te dis-je.... Ataüdc, demeure.
Laisse , sans t’alarmer , ton amant sur sa foi* Penses-tu mériter qu’on se perde pour toi 2 Peut-être Baiazet , secondant ton envie ,
Plus que tu ne voudras , aura soin de sa vie !
Zaïre.
Ah! dans quels soins. Madame , allez -vous vous plonger ?
Toujours , avant le tems , faut-il vous affliger ?
Vous n’en pouvez douter , Hajazet vous adore. Suspendez , ou cachez l’ennui qui vous dévore. U’allcz point par vos pleurs déclarer vos amours »,
La main qui l’a sauvé le sauvera toujours ,
Tourvu qu’entretenue en son erreur fatale ,
Roxane, jusqu’au bout, ignore sa- rivale....
Venez en d’autres lieux enfermer vos regrets*.
Et de leur entrevue attendre le succès.
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( A part. )
Ih ! bien , Zaïre , allons.... Et toi , si ta justice De deux jeunes amans veut punir l’artifice,
O Ciel ! si notre amour est condamne de toi , Je suis la plus coupable , <5puisc tout sur moi.
Fin du premier Acte *
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