‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 84 sur 117 · ATALIDE · texte numérisé non relu

ATALIDE

Je prévois déjà tout ce qu’il faut prévoir.

Mon unique espérance est dans mon désespoir*.

TRAGÉDIE. t?

Mais , Madame , pourquoi ?

Si tu vcnois d'entendre

Quct funeste dessein Roxanc vient de prendre s Quelles conditions clic veut imposer !

Bajazct doit périr , dit-elle , ou Pcpouscr.

S’il se rend, que deviens-je en ce malheur extrême ! Et s’il ne se rend pas , que dcvicnt-il lui-même 1

Je conçois ce malheur s mais , à ne point mentir , Votre amour , dcs-Iong-tems , a dû le pressentir.

Ah ! Zaïre , l’amour a-t-il tant de prudence ?

Tout sembloit avec nous être d'intelligence.

Roxane , se livrant tout entière h ma foi , pu cùeur dé Bajazct se reposoit sur moi , M’abandonnoit le soin de tout ce qui le touche , le voyoit par mes yeux , lui parloit par ma bouche ; Et je croyois toucher au bienheureux moment Où j’aüois , par scs mains , couronner mon amant. Le Ciel s’est déclaré contre mon artifice.

Eh I que fal!oit-il donc , Zaïre , que je tisse ?

A l’erreur de Roxane ai-je pu m’opposer ,

Et perdre mon amant pour la désabuser ?

Avant que dans son cœur cette amour fût formée» J’aimois , et je pouvois m’assurer d’être aimée.

Dès nos plus jeunes ans , tu t’en souviens assez » l’amour serra les noeuds par le sang commencés, élevée avec lui dans le sein de sa mère ,

B iij

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J’appris à distinguer Bajazet de son frere :

Ellc-mcme , avec joie, unit nos volontés»

Et, quoiqu’apres sa mort l’un de l’autre écartés,. Conservant , sans nous voir , le désir de nous plaire , Nous avons su toujours nous aimer pt nous taire. Roxane, qui depuis, loin de s’en défier ,

A ses desseins secrets voulut m’associer ,

Ne put voir , sans amour , ce Héros trop aimable. Elle courut lui tendre une main favorable.

Bajazet étonné rendit grâce à ses soins ,

Lui rendit des respects. Pouvoit il faire moins ?....

Mais qu’aisément l’amour croit tout ce qu’il souhaite ! De ses moindres respects, Roxane satisfaite Nous engagea tous deux , par sa facilité , « .'

A la laisser jouir de sa crédulité.

Zaïre, il faut pourtant avouer ma foiblesse .

D’un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse..

Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits, Opposoit un Empire à mes foiblcs attraits ;

Mille soins la rendoient présente à sa mémoire :

Elle l’entretcnoit de sa prochaine gloire ...

Et moi , je ne puis rien. Mon coeur, pour tout discouts, N’avoit que des soupirs , qu’il répétoit toujours.

Le Ciel seul sait combien j’en ai versé de larmes. Mais, enfin, Bajazet dissipa mes alarmes.

Je condamnai mes pleins , et , jusques aujourd’hui.

Je l’ai pressé de feindre , et j’ai parlé pour lui.

Hclas J tout est fini. Roxane méprisée.

Bientôt de son erreur sera désabusée ;

Car , eufiu, Bajazet ne sait point se cachcer

TRAGÉDIE. r?

Je connois sa vertu prompte à s’effaroucher.

Il faut qu’à tous momens , tremblante et sccourable>

Je donne à scs discours un sens plus favorable. Bajazet va se perdre.'.... Ah! si, comme autrefois* Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix !

Au moins, si j’avoîs pu préparer son visage!....

Mais, Zaïre, je puis l’attendre à son passage.

IV un mot , ou d’un regard je puis le secourir.

Qu’il l’épouse, en un mot , plutôt que de périr.

Si Roxanc le veut, sans doute, il faut qu’il meure».

( A part, )

Il se perdra, te dis-je.... Ataüdc, demeure.

Laisse , sans t’alarmer , ton amant sur sa foi* Penses-tu mériter qu’on se perde pour toi 2 Peut-être Baiazet , secondant ton envie ,

Plus que tu ne voudras , aura soin de sa vie !

Zaïre.

Ah! dans quels soins. Madame , allez -vous vous plonger ?

Toujours , avant le tems , faut-il vous affliger ?

Vous n’en pouvez douter , Hajazet vous adore. Suspendez , ou cachez l’ennui qui vous dévore. U’allcz point par vos pleurs déclarer vos amours »,

La main qui l’a sauvé le sauvera toujours ,

Tourvu qu’entretenue en son erreur fatale ,

Roxane, jusqu’au bout, ignore sa- rivale....

Venez en d’autres lieux enfermer vos regrets*.

Et de leur entrevue attendre le succès.

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( A part. )

Ih ! bien , Zaïre , allons.... Et toi , si ta justice De deux jeunes amans veut punir l’artifice,

O Ciel ! si notre amour est condamne de toi , Je suis la plus coupable , <5puisc tout sur moi.

Fin du premier Acte *

ti

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