‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 10 sur 87 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

AGRIPPINE, BÜRRHUS, ALBINE.

BDRRH ü S.

Madame,

Au nom de l’empereur j’allais vous informer D’un ordre qui d’abord a pu vous alarmer,

Mais qui n’est que l’effet d’une sage conduite,

Dont Ce'sar a voulu que vous soyez instruite * 1).

A GRIPPINE.

Puisqu’il le veut, entrons, il m’en instruira mieux.

Ce'sar pour quelque temps s’est soustrait à nos yeux. Déjà par une porte au public moins connue L’un et l’autre consul vous avaient provenue,

Madame. Mais souffrez que je retourne exprès

sur-le-champ? Subitement exprime toujours quelque chose d’imprévu, et la démarche d’Agrippine, à laquelle Néron s’attend à coup-sur, comme on va le voir, peut-elle être ou paraître subite et inopinée? C’est une petite imperfection, la seule de cette scène.

i) A voulu que vous soyez n’est point une dérogation à la loi générale, qui veut qu’après le que conjontif précédé d’un prétérit, le verbe régi par que soit aussi à un temps ■prétérit. L’exception est régulière dans le cas où il s’agit d’une action présente et d’une affirmation non douteuse ; alors le présent est admis comme le prétérit, et quelquefois même est préférable. Le sens est donc : César a voulu que vous soyez instruite au moment où je parle. On dirait de même, p. e., en arrivant chez quelqu’un, vers qui l’on serait envoyé: Le magistrat a voulu que je me présente chez vous ; les circonstances ont exigé que je vous fasse cette confidence. Observez seulement que cette distinction n’a pas lieu après le passé défini. On ne dirait en aucun cas: Il fallut que je fasse ; il voulut que je vienne.

AGK1PPINE.

Non, je ne trouble point ses augustes secrets1); Cependant voulez-vous qu’avec moins de contrainte L’un et l’autre une fois nous nous parlions sans feinte?

B ü RR H US.

Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d’horreur 2). AGRIP PINE.

Prétendez-vous longtemps me cacher l’empereur?

Ne le verrai-je plus qu’à titre d’importune?

Ai-jje donc élevé si haut votre fortune

Pour mettre une barrière entre mon fils et moi?

Ne l’osez-vous laisser un moment sur sa foi3)?

Entre Sénèque et vous disputez-vous la gloire A qui m’effacera plus tôt de sa mémoire4)?

Vous l’ai-je confié pour en faire un ingrat,

1) La colère et l’orgueil la font parler ainsi; elle venait de dire a sa confidente : Surprenons , s'il se peut , les secrets de son âme. Elle est outrée de ce que Burrhus ne la laisse pas entrer; mais elle étouffe sa colère, parce qu’elle veut s’éclaircir avec lui sur autre chose.

2) Selon L. H . , cette expression ne serait pas juste, si la phrase était absolue; car on ne peut jamais avoir trop d'horreur pour le mensonge. La phrase est elliptique, et l’ellipse se rapporte à ce qui précède : Voulez-vous que nous parlions sans feinte ? — Je hais trop le mensonge pour rien feindre.

3) Laisser sur sa foi, veut dire ici abandonner à lui-même. En prose, il serait impossible de se servir de cette expression dont le sens littéral est contraire à celui qu’elle a dans cette phrase.

4) Cette construction est remarquable. La grammaire demanderait: Disputez-vous à qui m'effacera. La gloire est de trop pour la règle, ou bien il faudrait la gloire de m'effacer. Mais comme la phrase est suspendue par l’intervalle d’un vers à l’autre, le poète a trouvé moyen de mettre une idée de plus à la faveur d’une espèce d’ellipse qu’il laisse remplir a l’imagination. Dis -

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