‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 11 sur 87 · Acte I, Scène II · texte numérisé non relu

Acte I, Scène II

Pour être, sous son nom, les maîtres de l’Etat? Certes1), plus je médite, et moins je me figure Que vous m’osiez compter pour votre créature 2),

Tous dont j’ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneurs obscurs de quelque légion3);

Et moi qui sur le trône ai suivi mes ancêtres,

Moi, fille, femme, sœur et mère de vos maîtres 4) !

Que prétendez-vous donc? Pensez-vous que ma voix Ait fait un empereur pour m'en imposer trois?

Néron n’est plus enfant: n’est-il pas temps qu’il règne?

putez-vous la gloire , en disputant à qui ... et la clarté et la plénitude du sens font oublier l’irrégularité. L. H.

1) Certes , certainement et avec certitude , suivent la même graduation que en vérité , vraiment et avec vérité ; mais ils ajoutent à l’idée de vérité celle de preuve : ici, l’on annonce avec confiance une chose vraie ou comme vraie; là, on annonce avec assurance une vérité certaine ou comme certaine. En vérité s’emploie comme certes , et se place de même dans le discours, en tête surtout, comme interjection; vraiment et certainement , adverbes, modifient le verbe ou l’action; avec vérité répond à avec certitude , et marque également une circonstance de la chose.

2) Ce mot de créature dont Agrippine se sert ironiquement, a été employé en ce sens peut-être pour la première fois avec tant de noblesse.

3) Tous les commentateurs français relèvent ces expressions remarquables par leur nouveauté, leur harmonie, de même que par leur force toute particulière, qui se cache, pour ainsi dire, sous cette élégance frappante, qu’on admire communément de manière qu’on ne croit pas le style de Eacine aussi fort qu’il l’est réellement.

4) Agrippine, fille de Germanicus associé à l’empire, sœur de Caligula, femme de Claude et mère de Néron, est jusqu'à présent, le seul exemple d'une femme qui ait été fille , sœur , épouse et mère d'un empereur (Tacite, Annal . XII). On trouve ce vers de Racine imité, dans la comédie du Procureur arbitre, d’une manière assez plaisante : Moi , fille , femme, mère et sœur de procureur. L. d. B.

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Bri tanni eu s,

Jusqu’à quand voulez -vous que l’empereur vous craigne? Ne saurait-il rien voir qu’il n’emprunte vos yeux?

Pour se conduire, enfin, n’a-t-il pas ses aïeux1)?

Qu’il choisisse, s’il veut, d’Auguste ou de Tibère;

Qu’il imite, s’il peut, Germanicus mon père.

Parmi tant de héros je n’ose me placer;

Mais il est des vertus que je lui puis tracer:

Je puis l’instruire au moins combien sa confidence 2) Entre un sujet et lui doit laisser de distance3).

Je ne m’étais chargé dans cette occasion Que d’excuser César d’une seule action;

Mais puisque, sans vouloir que je le justifie,

Vous me rendez garant du reste de sa vie,

Je répondrai, madame, avec la liberté D’un soldat qui sait mal farder la vérité 4).

Vous m’avez de César confié la jeunesse,

Je l’avoue; et je dois m’en souvenir sans cesse.

Mais vous avais-je fait serment de le trahir,

D’en faire un empereur qui ne sût qu’obéir?

Non. Ce n’est plus à vous qu’il faut que j’en réponde:

1) Tacite fait dire à Agrippine que Néron pouvait renoncer à ses maîtres, qu’il trouverait dans la conduite de ses ancêtres des leçons bien plus propres à le former que les préceptes de Sénèque et de Burrhus : Exueret magistrum , satis amplis do ctoribus instructum , majoribus suis.

2) Selon L. R ., on écrirait mal, si l’on écrivait, en prose: je vous instruirai combien. Je puis Vinstruire présente ici le même sens que je puis lui apprendre. Le poète dit, dans Athalie : Bientôt de Jézabel la jille meurtrière Instruite que Joas voit encor la lumière , etc. Il pouvait dire apprenant que Joas. Il a donc préféré instruite que.

3) Combien de distance le prince doit laisser entre lui et son sujet.

4) Agrippine lui a reproché les honneurs obscurs de quelque légion , et lui il ne s’appelle qu’un soldat. L. R.

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