Acte I, Scène IV
Qu’en dis-tu? N’est-ce pas cette même Agrippine Que mon père e'pousa jadis pour ma ruine;
Et qui, si je t’en crois, a de ses derniers jours, Trop lents pour ses desseins, précipité le cours?
NARCIS S E.
N’importe. Elle se sent comme tous outragée;
A tous donner Junie elle s’est engagée :
Unissez yos chagrins, liez vos intérêts:
Ce palais retentit en vain de vos regrets:
Tandis qu’on vous verra d’une voix suppliante1)
spectateurs. De plus, ^Britannicus était enfant quand on fit périr Messaline, et lorsqu’il fut en âge de raison, il put savoir que la mort de ce monstre de perversité et d’impudicité fut une juste punition applaudie de tout l’empire, et que Messaline, ayant eu l’incroyable audace de se marier publiquement du vivant de Claude, allait jusqu’à menacer la vie de l’imbéciile époux qu’elle déshonorait. Si Narcisse eut part à sa punition, c’était peut-être la seule bonne action qu’il eût faite, et la mémoire de Claude avait autant de -droits sur Britannicus, que celle de Messaline. Il pouvait même ignorer les ressorts secrets de ces révolutions rapides qui se passaient dans l’intérieur du palais. Agrippine avait écarté tout ce qui avait du crédit sous Claude : il était tout simple que Britannicus ne repoussât pas les soins d’un affranchi que son père lui avait recommandé, le seul qui eût paru lui rester fidèle , dont il reconnaît lui-même avoir reçu des services, et qu’cnfin il doit croire dans la disgrâce, et par conséquent disposé à entrer dans les intérêts de son jeune maître dépossédé. Si Narcisse a eu l’adresse de s’insinuer secrètement dans la confidence de Néron, et si Néron se fait un plaisir de corrompre un des domestiques de Britannicus , tous deux en cela soutiennent leur caractère, tous deux sont dans leur rôle, l’un de tyran, l’autre d’esclave; et tous les motifs que L. H. vient d’expliquer, sont énoncés dans la pièce même, suivant l’usage de Racine, qui conduit et dialogue ses pièces de façon U répondre d’avance à toutes les objections.
i) Au lieu de Tandis qu'on , on lisaàt d’abord Tant^que Von ,
Semer ici la plainte, et non pas F épouvante,
Que vos ressentiments se perdront en discours,
Il n’en faut pas douter, vous vous plaindrez toujours.
Ah! Narcisse, tu sais si de la servitude Je prétends faire encore une longue habitude1);
Tu sais si pour jamais, de ma chute étonné,
Je renonce à l’empire où j’étais destiné 2).
Mais je suis seul encor: les amis de mon père Sont autant d’inconnus que glace ma misère 3),
Et ma jeunesse même écarte loin de moi
Tous ceux qui dans le cœur me réservent leur foi.
Pour moi, depuis un an qu’un peu d’expérience M’a donné de mon sort la triste connaissance,
Que vois-je autour de moi, que des amis vendus 4)
Qui sont de tous mes pas les témoins assidus,
Qui, choisis par Néron pour ce commerce infâme,
Trafiquent avec lui des secrets de mon âme5)?
ce qui, selon L. H., valait mieux que tandis que : celui-ci veut dire pendant le temps que, l’autre aussi longtemps que, et ce dernier est la pensée de l’auteur. Peut-être l’a-t-il cru moins poétique. L’usage l’a rendu depuis aussi commun en poésie qu’en prose.
*) Faire une habitude ne pourrait pas en prose être le synonyme de prendre en patience, supporter.
2) L. d. B. note ici la variante: Je renonce aux grandeurs ou fêtais destiné.
3) Variante: qu'écarte ma misère ; et dans le vers suivant; éloigne loin de moi. Le poète a évidemment embelli ces vers.
4) Dès que Néron fut adopté, on eut soin d’écarter de Britannicus tout serviteur qui eût pu lui être fidèle: Desolatus etiam paullatim servilibus ministeriis . . . etiam libertorum si quis incorrupta fide, depellitur. Britannicus, dans cette situation, ne devait donc se fier à personne. Ce vers renferme une ellipse qui est beaucoup trop forte pour pouvoir être permise en prose. Il faudrait dire: Je ne vois autour de moi, que des amis vendus.
5) Les commentateurs français font remarquer la beauté de