‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 24 sur 87 · Acte II, S c ène IL · texte numérisé non relu

Acte II, S c ène IL

Entre l’impatience et la crainte flottant,

Il allait voir Junie, et revenait content.

NÉRON

D’autant plus malheureux qu’il aura su lui plaire,

Narcisse, il doit plutôt souhaiter sa colère:

Néron impunément ne sera pas jaloux1).

NARCISSE

Vous? Et de quoi, seigneur, vous inquiétez-vous?

Junie a pu le plaindre et partager ses peines :

Elle n’a vu couler de larmes que les siennes;

Mais aujourd’hui, seigneur, que ses yeux dessillés,

Regardant de plus près l’éclat dont vous brillez,

Verront autour de vous les rois sans diadème 2),

Inconnus dans la foule, et son amant lui-même,

Attachés sur vos yeux, s’honorer d’un regard Que vous aurez sur eux fait tomber au hasard3);

Quand elle vous verra, de ce degré de gloire,

Venir en soupirant avouer sa victoire ;

Maître, n’en doutez point, d’un cœur déjà charmé,

Commandez qu’on vous aime, et vous serez aimé4).

!) Voilà le caractère de Néron parfaitement dépeint dans un seul vers. A la seule pensée d’avoir un rival, Néron se montre déjà capable de tout, et ce rival est son frère qu’il sait être promis à Junie.

2) Quelle richesse d’expression les rois sans diadème , pour dire des rois sans force, sans puissance devant la force, la puissance de Néron, et que cette pensée est bien complétée par inconnus dans la foule !

3) Quelle magnifique peinture de la grandeur impériale, s’écrie L. H ., et quel contraste avec l’abondon et dévouement qui font le partage de Britannicus ! Le poète augmente ainsi, aux yeux du spectateur, le mérite que peut avoir Junie à préférer Britannicus seul à tout ce qui environne Néron.

4) C’est le mot d’un flatteur, dit L. H., qui sait fort bien que l’amour ne se commande pas, mais qui sait aussi que plus Néron se croira sûr d’être aimé, plus il s’indignera de ne pas

NÉRON

A combien de chagrins il faut que je m’apprête ! Que d'importunités !

Quoi donc! qui vous arrête,

Seigneur?

NERON

Tout: Octavie, Agrippine, Burrhus,

Sénèque, Rome entière, et (rois ans de vertus 1 ).

Non que pour Octavie un reste de tendresse 2) M’attache à son hymen et plaigne sa jeunesse :

Mes yeux, depuis longtemps fatigués de ses soins, Rarement de ses pleurs daignent être témoins.

Trop heureux, si bientôt la faveur d’un divorce Me soulageait d’un joug qu’on m’imposa par force!

Le ciel même en secret semble la condamner:

Ses vœux, depuis quatre ans, ont beau l’importuner; Les dieux ne montrent point que sa vertu les touche, D’aucun gage, Narcisse, ils n’honorent sa couche; L’empire vainement demande un héritier3).

l’être. Un lionnctc hommex ajoute L. R . pour mettre davantage à jour le vil caractère de Narcisse, dirait à son prince : Votre grandeur pourra la séduire , elle s'attachera à votre fortune , et jamais à votre personne.

J) Il suffit de ce vers pour faire sentir que ces trois ans de vertu? n’étaient que trois ans de contrainte et d’hypocrisie, dont le terme sera le premier instant oii les passions de Néron trouveront un obstacle. Ce moment est celui de la pièce, celui où la perversité naturelle, qui n’était contenue que par les bienséances et l’amour des louanges, est prête ù rompre le joug et à jeter le masque. Quelle force de pinceau ne fallait-il pas jo ir peindre Néron, et quelle délicatesse de nuances pour le peindre naissant! Prendre pour sujet d’une pièce ce passage si difficile a marquer, était par soi-même un trait de genie. L. H.

2) Il la baissait, J ato quudum , dit Tacite, an quia praev aient illicila .

3) Il serait trop long, dit L. de remarquer les beautés

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