B RI TAN N I CU S
Ce discours me surprend, il le faut avouer :
Je ne vous cherchais pas pour l’entendre louer.
Quoi! pour vous confier la douleur qui m’accable,
A peine je dérobe un moment favorable ;
Et ce moment si cher, madame, est consumé A louer l’ennemi dont je suis opprimé!
Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?
Quoi! même vos regards ont appris à se taire1)?
Que vois-je? Vous craignez de rencontrer mes jeux!
Néron vous plairait-il ? Vous serais-je odieux?
Ah! si je croyais!... Au nom des dieux, madame,
Eclaircissez le trouble ou vous jetez mon âme.
Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?
JUNIE
Retirez-vous, seigneur, l’empereur va venir.
BRI T ANN I eus.
Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m’attendre2)?
pour chercher à l’écarter, et ce danger même rend l’artifice aussi vraisemblable qu’il est innocent.
x) Néron a dit ci-dessus: J’entendrai des regards que vous croirez muets. C’est ici un nouvel emploi de la même figure, également admirable dans les deux vers. On trouve dans Ovide: Credidimus lacrymis : an et hae simulare docentur? Nous avons cru à vos pleurs : ceux-ci ont-ils aussi appris à feindre? C’est aussi poétique que cet hémistiche, ont appris à se taire , et probablement Racine a imité le latin. On sait, dit L. 17., qu’il marquait avec un crayon, dans les classiques anciens, toutes les expressions figurées dont il croyait pouvoir enrichir sa langue.
2) L’auteur connaissait trop bien son art pour prolonger une situation si pénible: la contrainte de Junie et les angoisses