‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 39 sur 87 · NERON, N A R C I S SET · texte numérisé non relu

NERON, N A R C I S SET

NÉRON

Hé bien! de leur amour tu vois la violence,

Narcisse: elle a paru jusque dans son silence!

de Britannicus ne vont que jusqu’au point où elles sont supportables pour eux et pour le spectateur. Le poète a gardé la mesure en tout, et l’effet de la scène en dépendait. Le rôle de Britannicus y était facile : celui de Junie excessivement délicat et hasardeux. Néron lui avait commandé au moins de la froi- ,7t^f7'ht*~tbuf ce qu’elle dit n’exprime qu’une terreur profonde. Elle est sans cesse occupée à prévenir tout ce qu’il peut y avoir de dangereux pour le prince dans un pareil entretien : Jamais V empereur n'est absent de ces lieux , etc. Et quand elle ne peut plus soutenir les reproches de Britannicus, elle met fin a cette douloureuse scène par ce vers si cruel pour lui: Retirezvous , seigneur ; V empereur va venir; mais qui n’est, aux yeux du spectateur, que le dernier terme des forces de Junie. Elle les reprend toutes dans ces mots si heureux, qui commencent la scène suivante: Non, seigneur , je ne puis rien entendre , qui soulagent le spectateur, ainsi qu’elle. Elle a pu faire un grand effort sur elle-même pour sauver son amant; mais elle ne permet pas que l’oppresseur jouisse un moment de son infâme triomphe. Junié d’ailleurs ne devait éclater contre Néron qu’en le quittant si brusquement: c’est tout ce que lui permettait son caractère établi dans la pièce, et la crainte d’exposer Britannicus. L . H.

Britannicu s.

Elle aime mon rival, je ne puis l’ignorer ;

Mais je mettrai ma joie à le désespérer.

Je me fais de sa peine une image charmante1);

Et je l’ai vu douter du cœur de son amante.

Je la suis. Mon rival t’attend pour éclater :

Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter2);

Et tandis qu’à mes yeux on le pleure, on l’adore,

Fais-lui payer bien cher un bonheur qu’il ignore.

NARCISSE, seul.

La fortune t’appelle une seconde fois,

Narcisse: voudrais-tu résister à sa voix?

Suivons jusques au bout ses ordres favorables ;

Et, pour nous rendre heureux, perdons les misérables3).

!) Une image charmante de sa peine est atroce de pensée et d’expression. Néron devait parler ainsi; mais combien de fois la jalousie a parlé de même au fond du cœur! L. H.

2) Voilà une nouvelle cruauté de Néron: ce trait entre parfaitement dans la peinture de son caractère.

3) Les commentateurs nous rapportent qu’à la représentation ces quatre vers excitent ordinairement des murmures. L. R. en cherche la cause dans l’indignation des spectateurs sur Narcisse, et il en conclut que le poète, qui a voulu peindre un homme trèsodieux, a donc bien réussi. L. d. B. dit que c’est parce qu’on souffre avec peine un homme qui n’est méchant que pour le plaisir de l’être. Selon L. H. c’est d’abord , parce que ce dernier vers exprime trop crûment une idée odieuse et basse; de plus, parce que le personnage dit froidement, seul avec luimême, ce qu’on ne pourrait supporter tout au plus que dans un mouvement de passion et dans la chaleur du dialogue; enfin, c’est parce qu’il est malheureux de terminer un acte par un petit monologue si désagréable à entendre.

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