‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 45 sur 87 · Acte III, Scène III · texte numérisé non relu

Acte III, Scène III

Partagent à mes yeux l’autorité suprême.

De nos crimes communs je yeux qu’on soit instruit;

On saura les chemins par ou je fai conduit:

Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses,

J’avoûrai les rumeurs les plus injurieuses;

Je confesserai tout, exils, assassinats,

Poison même x)

BÜRRHUS.

Madame, ils ne vous croiront pas* 2):

Ils sauront récuser l’injuste stratagème D’un témoin irrité qui s’accuse lui-même.

Pour moi qui le premier secondai vos desseins,

Q.ui lis même jurer l’armée entre ses mains,

Je ne me repens point de ce zèle sincère.

Madame, c’est un fils qui succède à son père.

En adoptant Néron, Claudius, par son choix,

De son fils et du vôtre a confondu les droits.

1) Dans Tacite, nous lisons de même: nec abnuere se quce cuncta infélicis domus mala patefierent ... suas inprimis nuptias . . . suum veneficium. L. H. nous fait encore remarquer l’effet moral de ce passage. Quand les mécliants se divisent, dit-il, il ne leur en coûte pas plus d’avouer leurs crimes, pour se nuire, qu’il ne leur en a coûté de les commettre. Voilà cette Agrippine si fière, prête à se placer elle même dans le rang des derniers scélérats pour se venger de son complice, et ressaissir le pouvoir qui échappe à son ambition trompée; et pour comble de punition, Burrhus lui fait comprendre qu’elle s’avilirait inutilement, et qu’elle ne peut rien contre le maître que ses crimes lui ont donné. Quelle leçon!

2) Que Burrhus est admirable quand il interrompt une femme qui fait l’aveu de ses crimes, afin qu’elle n’aille pas plus loin! Combien d’autres crimes Agrippine aurait pu révéler! On n’aurait pas eu de peine à la croire, et cependant Burrhus l’assure qu’on ne la croira pas: accablé de ses injustes plaintes, il la quitte, en l’assurant qu’il va continuer à ramener vers elle le cœur de Néron: quel beau portrait d’un honnête homme. L . E.

Rome l’a pu choisir. Ainsi, sans être injuste,

Elle choisit Tibère adopte par Auguste ;

Et le jeune Agrippa, de son sang descendu1),

Se vit exclu du rang vainement prétendu.

Sur tant de fondements sa puissance établie Par vous-même aujourd’hui ne peut être affaiblie :

Et, s’il m’écoute encor, madame, sa bonté Tous en fera bientôt perdre la volonté.

J’ai commencé, je vais poursuivre mon ouvrage.

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