SCÈNE vin
NÉRON, BRITANNICÜSrJUNIE.
NÉRON
Prince, continuez des transports si charmants 1).
Je conçois vos bontés par ses remercîments,
Madame; à vos genoux je viens de le surprendre. Mais il aurait aussi quelque grâce à me rendre ;
Ce lieu le favorise 2) ; et je vous y retiens.
Pour lui faciliter de si doux entretiens.
Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma j.oie 3) Partout où sa bonté consent que je la voie,
Et l’aspect de ces lieux où vous la retenez 4)
N’a rien dont mes regards doivent être étonnés.
1) Néron, que Narcisse a couru avertir, paraît tout à coup; et quoique cette arrivée si imprévue doive interdire Britannicus, il lui répond dans toute cette scène avec une fermeté qui convient a la grandeur d’âme que le poète lui a donnée, et qui sied à son rang et à sa situation.
2) Il a raillé Burrhus, il raille ici Britannicus et Junie; dans l’acte suivant il raillera sa mère: la raillerie est ordinaire aux caractères méchants. L. R.
3) Cette scène est une de celles où l’auteur a fait voir qu’il savait employer, quand il le fallait, le dialogue vif et coupé, et même dans toute sa perfection. L. H.
4) Le droit de naissance lui donne le droit d’y être aussi bien qu’à Néron: il est dans le palais de son père.
NERON
Et que vous montrent-ils qui ne vous avertisse Qu’il faut qu’on me respecte et que l’on m’obéisse ?