Acte IV, Scène II
Que de Britannicus on calme le courroux ;
Que Junie à son choix puisse prendre un epoux;
Qu’ils soient libres tous deux, et que Pallas demeure;
Que vous me permettiez de vous voir à toute heure;
Apercevant Burrhus dans le fond du th éâtre.
Que ce même Burrhus, qui nous vient écouter1),
A votre porte enfin n’ose plus m’arrêter.
NERON
Oui, madame, je veux que ma reconnaissance^2)
que quand Néron lui accorde tout ce qu’elle demande il est impossible qu’il parlé sincèrement.
1) Ce n’est ici, selon L. H . , qu’un trait de l’humeur soupçonneuse d’Agrippine, et de son aversion pour Burrhus. Il peut sans- avoir l’air d 'écouter aux portes , se présenter à l’extrémité de la salle où se passe la scène; il est d’après les règles de la perspective théâtrale trop éloigné pour entendre ce qui se dit; il ne paraît même pas avoir entendu ces mots qu’Agrippine lance contre lui, comme on est tenté de le supposer par le calme et la pure joie qu’il montre dans les premiers mots de la scène suivante. Mais il peut s’être aperçu que l’entretien est fini, parce que Néron toujours assis s’est levé brusquement, en prononçant à haute voix: Eh bien donc ! prononcez , etc., et qu’ Agrippine se lève de même en voyant Burrhus dont la présence lui suggère ces mots.
2) On verra tout à l’heure que Néron, en écoutant Agrippine, a déjà pris le parti de se défaire de Britannicus: son plan est déjà tout formé, et la dissimulation y entre nécessairement, pour éloigner à la fois, et les précautions contre le poison, et les soupçons contre lui. C’est pour cela qu’il prodigue ces caresses trompeuses , dont l’artifice lui était familier, et que Bacine a rappelées dans sa préface , en citant les paroles de Tacite : factus naturâ vélare odium fallacïbus blanditiis . Ce caractère différait de celui de Tibère, en ce que la dissimulation de celuici était habituelle et sombre: il se commandait sans cesse, et voulait toujours intimider. Néron, d’ordinaire emporté par ses passions, ne feignait que par timidité: sa dissimulation était flatteuse et caressante. Chez Tibère c’était un principe de gou-
Br itannicus,
Désormais dans les cœurs grave votre puissance;
Et je bénis déjà cette heureuse froideur,
Qui de notre amitié va rallumer l’ardeur.
Quoi que Pallas ait fait, il suffit, je l’oublie;
Avec Britannicus je me réconcilie ;
Et, quant à cet amour qui nous a séparés,
Je vous fais notre arbitre, et vous nous jugerez.
Allez donc, et portez cette joie à mon frère.
Gardes, qu’on obéisse aux ordres de ma mère L).