‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 77 sur 87 · B RI TAN N I C US · texte numérisé non relu

B RI TAN N I C US

Tous pleurez! Ah, ma chère princesse!

Et pour moi jusque-là votre cœur s’intéresse!

Quoi, madame! en un jour où, plein de sa grandeur,

Néron croit éblouir vos yeux de sa splendeur,

Dans des lieux où chacun me fuit et le révère,

Aux pompes de sa cour préférer ma misère1)!

Quoi! dans ce meme jour et dans ces memes lieux,

Refuser un empire, et pleurer à mes yeux2)!

Lui me trahir! Hé quoi! vous voulez donc, madame,

Qu’à d’éternels soupçons j’abandonne mon âme?

Seul de tous mes amis, Narcisse m’est resté.

L’a-t-on vu de mon père oublier la bonté?

S’est-il rendu, madame, indign-e de la mienne?

Néron, de temps en temps, souffre qu’il l’entretienne;

Je le sais. Mais il peut, sans violer sa foi,

Tenir lieu d’interprète entre Néron et moi.

Et pourquoi voulez-vous que mon cœur s’en défie?

*) Le caractère noble et vertueux de Junie rend son amour digne de la tragédie. L. R.

2) Cette expression, pleurer à mes yeux , n’est point faible, comme le dit L. d. B mais tendre dans le caractère et la situation de ces deux jeunes amants ; et combien l’auteur l’a relevée par cet hémistiche qui rend le vers si beau , refuser un empire ! C’est peindre en un seul vers la grandeur d’âme qui

Bri tannicus,

Mais, madame, arrêtez ces précieuses larmes :

Mon retour va bientôt dissiper vos alarmes.

Je me rendrais suspect par un plus long- séjour1) : Adieu. Je vais, le cœur tout plein de mon amour, Au milieu des transports d’une aveugle jeunesse,

Ne voir, n’entretenir que ma belle princesse.

Adieu.

Prince

On m’attend, madame, il faut partir.

J UNIE

Mais du moins attendez qu’on vous vienne avertir.

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