‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 84 sur 87 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

AGRIPPINE, BURRHUS

AGRIPPINE

Ah ciel! de mes soupçons quelle était l’injustice1)! Je condamnais Burrhus pour écouter Narcisse ! Burrhus, avez-vous vu quels regards furieux Néron en me quittant m’a laissés pour adieux?

C’en est fait, le cruel n’a plus rien qui l’arrête;

Le coup qu’on m’a prédit va tomber sur ma tête.

Il vous accablera vous-même à votre tour.

BURRHUS

Ah, madame ! pour moi, j’ai vécu trop d’un jour. Plût au ciel que sa main, heureusement cruelle,

Eût fait sur moi l’essai de sa fureur nouvelle;

Qu’il ne m’eût pas donné, par ce triste attentat,

Un gage trop certain des malheurs de l’Etat!

Son crime seul n’est pas ce qui me désespère 2) ;

Sa jalousie a pu l’armer contre son frère:

Mais s’il vous faut, madame, expliquer ma douleur, Néron l’a vu mourir sans changer de couleur.

Ses veux indifférents ont déjà la constance D’un tyran dans le crime endurci dès l’enfance3).

!) C’est ainsi que tôt ou tard l’innocence est reconnue. Burrhus qui a été suspect à Agrippine et à Néron, a déjà été justifié par Néron dans le quatrième acte: il l’est encore ici par Agrippine. L. R.

2) Si Néron n’était que l’empoisonneur de son frère, Burrhus espérerait encore: mais Néron est parricide tranquille: la vue de son premier crime ne l’a point ému; Burrhus, qui n’a plus rien à espérer, ne souhaite que la mort. L. R ,

3) L. H. en admirant cette peinture qui est entièrement due à Racine, comme digne du pinceau de Tacite, dit qu’en plus d’un endroit de cette pièce le poète sait peindre comme ce fameux historien du temps des empereurs romains, même sans lui rien emprunter.

Qu’il achève, madame, et qu’il fasse périr Un ministre importun qui ne le peut souffrir.

Hélas! loin de vouloir éviter sa colère,

La plus soudaine mort me sera la plus chère.

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