‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 10 sur 289 · COLONIES D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

COLONIES D'AMÉRIQUE

Revenons aux colonies d'Amérique.

L,a même répugnance à acquérir du territoire se fit sentir à leur endroit. Néanmoins, leur prospérité et les relations commerciales que les colons nouèrent avec les négociants de la métropole, finirent par attirer l'attention du gouvernement et, comme aux Indes, lui imposèrent une reconnaissance officielle. Il en résulta les diverses constitutions coloniales, où Sa Majesté Britannique reconnaissait l'allégeance de ses sujets d'outre-mer, leur laissant le soin de se gouverner, de se taxer et de se défendre eux-mêmes.

Par cette singulière oblitération du sens historique, qui fait souvent confondre la cause et l'effet, on a fini par croire que ces constitutions étaient l'œuvre du génie clairvoyant de l'Angleterre. En réalité, cette disposition qui remettait aux colonies presque toutes les charges et les responsabilités de leur gouvernement, était, dans la pensée des autorités britanniques, le prix onéreux du marché par lequel les colons obtenaient l'insigne privilège d'être admis au rang de sujets de Sa Majesté.

C'est ce principe décentralisateur, tout nouveau, radicalement opposé au régime paternel des empires coloniaux de l'Espagne, du Portugal et de la France, qui devint la base de l'empire anglais et permit à cette petite île du nord de l'Europe de gouverner un jour

(i) Je n'excepte pas même Gladstone. Gladstone est assurément un plus grand homme mondial que Pitt ; sa politique est à la fois plus idéale, plus éclectique, plus humaine : toutes les nations peuvent y puiser des enseignements. Gladstone appartient à l'humanité. Pitt est essentiellement Anglais : sa politique ne convient qu'à l'Angleterre, mais elle lui convient admirablement.

le territoire le plus vaste et le plus disséminé qui eut jamais reconnu une autorité unique. On peut donc affirmer sans paradoxe que l'empire britannique est né de l'instinct anti-impérialiste du peuple anglais et qu'il n'a vécu que grâce à la force de cet instinct.

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