PITT ET WELLINGTON
Le second Pitt fut le grand homme d'Etat de cette idée. Comme Walpole, il était partisan de la paix, de la réforme politique, de la réorganisation financière.
Forcé de faire la guerre, il n'y consentit qu'à son corps défendant, après avoir laissé la France humilier ses ambassadeurs et fomenter la révolte en Irlande. Refusant de lancer son pays dans les aventures militaires et les conquêtes, il préféra donner de l'argent aux nations alliées pour qu'elles s'achetassent des soldats et des armes. Il comprenait, comme Napoléon, que l'Angleterre était une nation commerçante et qu'il valait mieux lui laisser des impôts à payer que de lui inoculer le virus du militarisme.
Ce n'est qu'après sa mort que la fièvre de la gloire s'empara de son pays et ouvrit la route au duc de Wellington et à ses armées. Certes, j'admire le grand général, moins à cause de sa victoire facile
(i) " I am perfectly convinced that, while the fault of Mr Rhodes is about as great a fault as a " politician or a statesman cari commit, there has been nothing proved — and, in my opinion, there *' exists nothing— which affects Mr Rhodes' personal position as a man of honour." — Paroles de M. Chamberlain à la Chambre des Communes. (Voir Times, de Londres, 27 juillet 1897, page 8, colonne 6).
sur un ennemi épuisé que pour sa ténacité et sa patience, pour sa générosité, sa grandeur d'âme, son humanité. Mais l'Angleterre se serait facilement passée du grand Duc ; et elle serait en meilleure posture aujourd'hui si son gouvernement eût continué la politique de Pitt, gardé les Anglais chez eux, aux colonies et sur leurs navires, et payé les nations du continent jusqu'à ce qu'elles fussent fatiguées de s'entre-égorger.
Bn dépit des monuments énormes et disgracieux qui proclament, dans toutes les villes du royaume, la gloire du vainqueur de Waterloo, je persiste à voir en William Pitt le grand homme de l'Angleterre contemporaine, (i). Tout en soutenant, à contre-cœur, le poids de l'ambition effrénée de Bonaparte, il réorganisa la flotte et la marine ; forcé de créer une dette nationale énorme, il en régularisa le fonctionnement et le rachat ; il refit le gouvernement des Indes ; il prépara la réforme électorale et l'émancipation des catholiques. En un mot, il gouverna l'Angleterre suivant son tempérament national, la lança dans sa voie normale et força pour ainsi dire ses successeurs whigs et torys à continuer une grande partie de son œuvre.