SIR FREDERIC YOUNG A TORONTO
* Le 25 octobre dernier, la Ligue de l'Empire britannique (section canadienne) avait convoqué une réunion à Toronto pour entendre sir Frédéric YOUNG, vice-président de l'Institut Colonial de la Grande-Bretagne.
M. Young prêcha naturellement l'évangile impérialiste, dont il est l'un des apôtres les plus zélés. Je prends les citations suivantes dans le compte-rendu que le Globe, de Toronto, a donné de cette réunion (numéro du 26 octobre) :
On m 'a invité à vous parler de cette grande question nationale qui s 'appelle
"Fédération Impériale " Ce sujet occupe activement mon esprit depuis un
grand nombre d'années. Il y a plus d'un quart de siècle, j'ai publié, sous ce titre de Fédération Impériale, un volume où je développais le principe qui doit servir de base à cette question. Ai-je besoin d'ajouter que les idées que j'émettais alors n'ont fait que
grandir et se fortifier dans mon esprit ! On s'en moqua à profusion ; on les qualifia de visionnaires et de chimériques ; mais le temps a fini par prouver qu'elles étaient réalisables jusqu'au point de me porter à croire qu'elles descendent enfin de la région des nuages et que nous approchons rapidement du jour où elles tomberont dans le domaine de la politique pratique.
Et maintenant, je veux vous donner une courte définition de la fédération impériale. Elle s'exprime en huit mots : " Le gouvernement de l'Empire par l'Empire."
— Pour remplacer "le gouvernement du peuple par le peuple.
Je n 'entreprendrai pas de définir exactement toute la série des questions qui, sous un régime de fédération impériale, tomberait sous la juridiction d'un sénat suprême de l'Empire tout entier ; je me contenterai d'en désigner un ou deux. Les sujets dont je veux parler seraient les questions de paix et de guerre ; la défense nationale, les communications entre le cœur et les extrémités de l'Empire, les questions fiscales envisagées au point de vue de l'Empire, l'émigration ou la colonisation
Iy' orateur parle ensuite du voyage de Leurs Altesses Royales à travers l'Empire et des "sentiments de fidélité" et du "dévouement enthousiaste' ' des populations qui habitent toutes les possessions de Sa Majesté ; et il ajoute :
Mais même ces explosions de sentiment ne suffisent pas. Car ce sentiment peut s'affaiblir et même disparaître ; et quelle que soit la force de cette fidélité individuelle, un grand empire exige, pour son organisation politique, et dans l'état actuel du monde, un régime constitutionnel qui lui assure un gouvernement propre et efficace
L'honorable M. ROSS, premier ministre d'Ontario, proposa un vote de remerciements à Sir Frédéric Young.
Il est vrai, dit-il, ainsi que Sir Frederick Young l'a dit, qu'il fut un temps où il existait, en Angleterre, une apathie considérable à l'endroit des colonies. Je crois que ce temps est passé, par bonheur. . . . Sir Frederick Young a parlé de la grande question de la Fédération de l'Empire. Parmi tous les autres problèmes c'est celui qui décidera finalement si l'Empire britannique doit se consolider ou si les colonies doivent continuer, comme aujourd'hui, à rester isolées dans l'Empire Faites la fédération
aussitôt que possible ; mais assurez-vous en même temps que nous» qui vivons aux extrémités de l' Empire conservions, comme l 'Angleterre elle-même, autant de liberté que nous en possédons aujourd'hui.
Parmi les différents projets qu'on a suggérés, M. Chamberlain — et de tous nos secrétaires coloniaux, il est, je crois, celui qui a le mieux saisi la situation des colonies — M. Chamberlain a parlé d'un Conseil consultatif siégeant en permanence pour les colonies, Je n'approuve pas l'idée d'un Conseil permanent qui ne serait pas responsable au
peuple du Canada mais en attendant, je crois que nous devons continuer le
régime adopté depuis quelques années, c'est-à-dire nous entendre pour organiser des conférences siégeant à Londres
En conclusion, M. Ross dit que les questions de défense, de commerce et autres questions analogues, pourraient être remises à la direction d'un parlement fédéré. Il est essentiel de convaincre le peuple de la mère-patrie de nos ressources commerciales; et il conseilla à ce sujet une propagande active en Angleterre. Une fois l'attention du peuple anglais fixée, il sentirait bientôt les avantages du grand marché qui lui serait ouvert.
Il y a beaucoup de sens commun dans ces dernières lignes — beaucoup plus que dans quelques-unes des déclarations de M. Ross, à Londres, l'été dernier. Mais s'il veut " convaincre le peuple de
la mère-patrie" que nous sommes gens d'affaires, le premierministre d'Ontario et ses confrères en impérialisme devraient cesser de proclamer que l'Angleterre peut compter sur le dévouement sans bornes du Canada.
L'honorable M: FOSTKR, ancien ministre des Finances, appuya la proposition de M. Ross.
Il exprima ses regrets devant l'apathie dont les hommes d'Etat britanniques font preuve à l'endroit de cette grande question de l'union de l'Empire ; et il manifesta l'espoir que le voyage des princes et la guerre sanglante mais glorieuse de l'Afrique du Sud réussiraient à secouer cette apathie
Il parla aussi de l'importance d'une coopération entre la Grande- Bretagne et ses colonies pour résister à la concurrence aiguë du commerce étranger :
Les Anglais, dit-il, -parlent de la générosité avec laquelle ils achètent sur tous les marches ; mais la générosité bien ordonnée, comme la charité, commence par soimême.
Le Dr PARKIN, C. M. G., ne pouvait manquer cette occasion de faire valoir ses idées :
Il parla brièvement de l'apathie qui, à son avis, existe aussi au Canada La
situation actuelle du Sud- Africain est une cause d'anxiété et cependant les Canadiens restent froids et critiquent On vante la mobilité de la police à cheval du Nord- Ouest. Pourquoi 5,000 hommes de ces troupes ne sont-ils pas aujourd'hui en Afrique ? Les Canadiens devraient aussi étudier soigneusement leur devoir et se demander s'ils doivent continuer à jouir des avantages de leur allégeance envers l'Angleterre et se soustraire aux responsabilités qu'elle comporte. Il partage l'opinion de sir Wilfrid Laurier : les Canadiens devraient avoir leur place dans les conseils de l'Empire.