COBDEN ET SON ÉCOLE
Une autre circonstance qui vint à point fortifier notre jeune liberté fut la campagne de Cobden et le triomphe du libre-échange. Le commerce anglais prit un essor immense et fit de l' ancien ouvrier de Manchester le prophète de la Grande-Bretagne.
Cobden abhorrait l'impérialisme militaire et césarien ; il redoutait les conséquences de l'expansion coloniale. Il voyait dans les possessions lointaines de l'Angleterre une source de dangers extérieurs et intérieurs ; un obstacle aux réformes sociales, à cause de l'abondance des questions coloniales et étrangères qui absorbaient l'attention du parlement ; la nécessité d'une armée et d'une flotte de guerre, provocation constante aux puissances étrangères, entrave au commerce libre et à la paix universelle, ses deux rêves.
Il ne réussit pas à faire adopter ses idées tout entières ; mais il les fit pénétrer suffisamment dans l'esprit du peuple anglais pour faire accepter la politique de décentralisation coloniale absolue, comme acheminement vers la séparation complète. Sa comparaison de l'arbre et des fruits mûrissants, empruntée, si je ne me trompe, à Turgot, devint la forme familière sous laquelle gouvernants et gouvernés envisagèrent l'empire britannique. On fit comprendre aux colonies qu'elles devaient se suffire à elles-mêmes, et que le jour où il leur plairait de se détacher de la métropole, on n'y mettrait pas obstacle.