MINISTÈRE GLADSTONE
l'empire à son apogée
On peut dire du deuxième ministère Gladstone qu'il vit la grandeur britannique à son apogée. L'Inde était paisible ; la possession de l'Egypte assurée ; l'Australie et la Nouvelle-Zélande entraient dans une période de prospérité inouïe ; le Canada allait mettre au service de l'Empire son chemin de fer transcontinental ; et le grand homme d'Etat à qui la faveur populaire allait bientôt se refuser, se préparait à entreprendre la solution du problème le plus dangereux de la politique anglaise ; l'émancipation de l'Irlande. Le génie de Gladstone s'échoua sur cet obstacle que le temps n'avait fait que rendre plus difficile à surmonter ; son prestige politique s'éclipsa et il dut quitter son poste et, peu après, la scène de ce monde, avant que son pays n'ait reconnu la grandeur et la justesse de ses vues. Il était le dernier survivant des grandes luttes de Cobden et de l'école anti-impérialiste. Son disciple de prédilection, lord Rosebery, lui succéda — dans l'ordre chronologique. Singulier composé d'homme d'Etat et de dilettante sceptique, lord Rosebery s'aperçut bientôt qu'il n'avait pas la vigueur nécessaire pour contenir dans leurs limites de parti, les éléments incohérents de sa majorité parlementaire. Détail curieux : devenu aujourd'hui l'un des tenants de la doctrine impérialiste, il prononça à cette époque un discours d'adieu à ses amis politiques où il résuma, dans cette manière claire, élégante et plausible qui lui est propre, les dangers de l'impérialisme.