‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 166 sur 289 · VOTE DU 13 MARS · texte numérisé non relu

VOTE DU 13 MARS

Voici le texte de l 'amendement Mondou-Lamarche, dont l'adoption eût assuré à la minorité le respect de ses droits:

"Que le bill numéro 115 ne soit pas lu une troisième fois maintenant, mais qu'il soit renvoyé au comité général de la Chambre avec instruction d'y ajouter l'article suivant, après l'article 7 du dit bill:

"7A— L'Article 22 de l'Acte du Manitoba, 1870, — 33 Vict., en. 13, — s'appliquera au territoire ajouté à la province, en vertu des dispositions de cette loi, en substituant au paragraphe 1 du dit article 22 le paragraphe suivant :

"lo. — Rien dans toute telle loi ne préjudiciera à aucun droit ou privilège, en matières d'écoles confessionnelles ou séparées, dont jouit aucune classe de personnes, à la date de l'adoption de cette loi, en vertu de la loi, ou en pratique, dans le territoire ajouté à la province sous le régime des dispositions de la présente loi' '

Cet amendement a été rejeté par le vote suivant:

POUE: MM.' Barrette, Béland, Bellemare, Boyer, Delisle, Deniers, Ethier, Guilbault, Lamatrche, Lapointe |(Kamouraska), Lapointe (Montréal), St- Jacques), McCoig, Marcil (Bonaventure), Michaud, Molloy, Mondou, Murphy, Papineau, Paquet, Power, Proulx, Séguin, Sévigny, Tobin--24.

CONTRE:— MM. Achim, Alguire, Ames, Armstrong (Lambton), Armstrong (York, Ont.), Arthurs, Bail, Barkard, Bennett (Calgary), Bennett (Simcoe), Best, Blain, Blondin, Boivin, Borden, Boulay. Bourassa, Bowman, Brabazon, Bradbury, Broder, Brouil-

lard, Brown, Buchanan, Burnham, Burrell, Cardin, Carroll, Carvell, Chabot. Champagne, Chisholm. (Antigonish), Chisholm, (Inverness), Clare, Clark (Bruce), Clark (Red Deer), Olarke ' (Wellington), Clément, Cochrane, Cockshutt, Coderre, Crocket, Cromwell, Crothers, Cruise, Currie, Davidson, Devlin, Law, Lemieux, Lennox, Lespérance, Lewis, Lovell, MacDonald, MacDonnell, McLean (Halifax), Mac- Lean (York, Ont.), MacNutt, McCraney, McKay, McKenzie, McLean (Queen's, I. P. E.), McLean, Sudbyry), Marcil (Bagot), Martin (Montréal, Ste-Marie), Meighen, Merner, Middleboro, Monk, Morphy, Munson, Nantel, Nesbitt, Neely, Nicholson, Nickle, Oliver, Pacaud, Paul, Peiietier^ Perley, Porter, Pugsley, Rainville, Reid, (Restigouche), Rhodes, Robb, Robidoux, Roche, Rogers, Ross, Schaffner, Doherty, Donnelly, Douglas, Elliott, Elson, Emmerson, Fisher, Fortier, Foster (Kings, N.-E.), Foster (Toronto N.), Fripp, Gauthier (Gaspé), Gauthier (St-Hyacinthe), Gauvreau, Girard, Goodeve, Graham, Hartt, Hazen, Henderson, Hepburn, Hughes (Kings, Ile Prince-Edouard), Hughes, (Victoria, Ont.) ; Jameson, Kemp, Kidd, Knowles, Lalor, Lancaster, Laurier (Sir Wilfrid), Lavallée, Sexsmith, Sharpe (Lisgar), Sharpe (Ont.), Shep^>erd, Sinclair, Smith, Stanfield, Staples, Steele, Stevens, Stewart (Hamilton), Stewart (Lunenburg), Sutherland, Taylor, Thooburn, Thompson (Yukon), Thompson (Qu'Appelle), Thornton, Tremain, Turgeon, Verville, Walker, Wallace, Warneck, Webster, Weichell, White (Renfrew), White (Victoria, Alta.), Wilcox, Wilson, (Wentworth), et Wright— 160.

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Des Sommets aux Bas-Fonds

L'iniquité 'est consommée; et comme tout le faisait prévoir, elle est consommée par l'alliance impure des chefs et de la masse des deux "grands partis."

Ce serait peut-être le moment de parler d'unlvoly alliance f

M. Laurier donnant la main à M. Monk, M. Pelletier tombant dans les bras de Rodolphe Lemieux, M. Namtel embrassant M. Oliver, M. Blondin fraternisant avec M. Gruthrie — oui, M. Blondin s 'associant à ceux qui l'accusaient hier de trahison et marchant bras dessus bras dessous avec les amis et les défenseurs de Lanctôt, de Richelieu ! Cette promiscuité révoltante, cette association dans le crime, cette "entente cordiale" pour répudier la signature de Macdonald et de MJackenzie, de Blake et de Campbell, pour violer un droit et spolier une minorité ! Tout cela offre un spectacle à la fois douloureux et répugnant, mais plein d'enseignements salutaires.

Les faibles y trouveront des motifs de découragement et de scepticisme: ils concluront peut être à l'abandon de la lutte, à l'inaction. Les forts doivent en tirer une leçon plus juste et plus féconde, et prendre au contraire la détermination de lutter davantage et sur un terrain plus vaste.

Eclairés sur le courage et la sincérité des politiciens, sur "l'attachement aux traditions", la "fidélité aux principes" et la véritable mentalité des "deux grands partis," les hommes de coeur, de conscience, de devoir et d'action — et même les seuls hommes d'esprit, ayant quelque respect de leur intelligence et quelque sentiment des convenances — comprennent chaque jour davantage qu'il faut reconstituer une opinion publique en dehors et au-dessus des partis. Il faut qu'une nouvelle mentalité nationale se forme, se coordonne et s'impose aux deux partis.

C'est à cette oeuvre de réfection morale que le Devoir invite tous ses lecteurs, tous ses amis, tous les honnêtes gens, à se dévouer par la parole et par l'action, par la propagande individuelle et par l'association. Nous y convions même tous les hommes sincères avec qui nous avons pu différer d'opinion en maintes circonstances, qui parfois peutêtre nous ont trouvés injustes à leur égard ou envers leurs chefs et leurs partis respectifs.

A tous, nous pouvons donner l'assurance que nous poursuivrons cet objet salutaire et éminemment "pratique", sinon sans erreur au moins sans défaillance. Ce fut, du reste, le but essentiel de la fonda-

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tion du Devoir; et en dépit des erreurs de tactique ou de jugement que nous avons pu commettre, nous n'avons cessé d'y tendre.

De plus en plus dégagés des liens de parti, nous nous dirigerons de plus en plus sûrement dans la voie où nous sommes entrés.

Les occasions ne nous manqueront pas de développer notre thèse. A eux seuls, les politiciens nous en fourniront plus d'une.

Mais ce qu'il importe de signaler immédiatement, c'est la portée du vote de mardi, sa relation avec le passé, ses conséquences pour l'avenir.

M. Héroux écrivait ici même, lundi dernier: "Jamais encore le parlement du Canada n'a refusé de sanctionner le principe de la conservation des droits des minorités."

Voilà ce qui constitue la gravité de l'acte de mardi. Et pour mieux la marquer, comme pour indiquer plus nettement l'évolution des partis politiques, qu'on me permette de décrire en quelques lignes les étapes parcourues depuis moins d'un demi-siècle.

De 1864 à 1867, les chefs des deux partis s'unissent pour faire du droit permanent des minorités à l'enseignement confessionnel et aux écoles séparées, l'une des pierres angulaires de la Confédération. ■George Brown, lui-même, le farouche ennemi de tout enseignement religieux à l'école, y accède avec répugnance, mais loyalement.

En présentant le projet de constitution à la Chambre des Pairs, lord 'Carnarvon, ministre des colonies, désigne le dispositif destiné à protéger ce droit scolaire des minorités comme l'un des quatre éléments essentiels de la loi.

En 1870, le parlement du Canada, sous un ministère de coalition, étend l'application intégrale de ce principe à ]a nouvelle province du Manitoba.

En 1875, un ministère libéral, avec le concours des chefs de l'opposition conservatrice, fait du même principe l'un des éléments essentiels de la constitution temporaire des Territoires, et en promet la conservation permanente dans chacune des provinces qui surgiront dans ces vastes régions.

A ce moment le principe est donc reconnu, sous une forme ou sous une autre, dans toute l'étendue de la Confédération canadienne, dans -chacune de ses provinces, dans chacun de ses territoires.

En 1890, la province du Manitoba, en 1892, la législature des Territoires portent les premières atteintes directes au principe.

Le gouvernement conservateur commence par hésiter et tergiverser, il refuse de désavouer les lois du Manitoba et les ordonnances du Nord-Ouest. En 1896, il se décide à tenter un effort pour réparer partiellement les brèches faites dans la muraille.

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Au lieu de l'aider, l'opposition libérale profite des faiblesses du ministère, le défait, tente de nouvelles démarches, obtient quelques réparations, et finit par manquer à une bonne partie de ses engagements les plus solennels.

En 1905, appelé à constituer deux provinces nouvelles, le ministère libéral se place tout d'abord "sur le roc de la constitution" et maintient le principe dans son intégrité. L'opposition conservatrice prend sa revanche de 1896 et attaque le principe. Le ministère cède en partie, et invoque, pour excuser sa retraite, les erreurs et les attaques de ses adversaires.

Jusqu'ici, dans cette marche descendante, dans cette dégradation constante, quelque chose du principe a toujours subsisté.

Cette semaine, on a fait table rase. Et pour compléter cette lamentable "revue": un ministère conservateur supprime toute garantie, arrache le droit du sol, et invoque pour sa justification le "précédent" libéral qu'il a dénoncé comme un crime. Et l'opposition libérale applaudit avec joie, elle ne songe qu'à une chose: elle se croit vengée des attaques qu'elle a subies depuis quinze ans de la part de ceux qui partagent aujourd'hui sa turpitude.

N'avais-je pas raison de m 'écrier, samedi: "En 1875, c'est l'union dans le repentir. En 1912, c'est la complicité dans la spoliation."

Quelle descente des sommets aux bas-fonds! L'ignominie s'est manifestée jusque dans le cynisme de certains mots, de certaines atti-

^ tudes, chez des hommes de qui l'on ne pouvait attendre rien de semblable. Et pourtant c'est logique: quand le coeur se corrompt, le verbe ■'avilit.

Mais je ne veux pas laisser mes lecteurs sur cette perspective propre à décourager les faibles.

Dans ces ténèbres, on aperçoit une lumière plus vive, dans cette odeur de caveau on sent un air plus pur qu'en 1905.

Nous ne restâmes que sept, en 1905 : deux libéraux et cinq conservateurs, dont l'un était M. Monk.

Hier, vingt-quatre votes ont protesté contre la spoliation.

Sept députés ministériels ont résisté à l'esprit de parti, aux prières des "amis", aux "larmes" des chefs, et même à l'appât des places et aux bénéfices du patronage. Dix-sept libéraux, dont deux anciens ministres, ont secoué, pour l'instant, le joug du Grand Chef et rompu ■avec la discipline abrutissante.

Il n'y a pas lieu de scruter à la loupe les motifs de chacun de ces votes, de les peser dans une balance de précision, de les étiqueter comme autant de produits chimiques.

Il suffit pour l'instant de signaler le fait et d'en dégager la signi-

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fication. Félicitons sans arrière-pensée tous ceux qui ont voté pour le bon droit et la justice.

L'avenir saura bien donner à toutes les convictions sincères l'occasion de s'affermir et de prouver leur constance.

Ce n'est pas le moment non plus de jeter la malédiction et l'opprobre à tous ceux qui ont voté la spoliation. Plusieurs, parmi les députés anglais surtout, peuvent plaider sincérité et maintes circonstances atténuantes.

L'opinion publique, éclairée par les déceptions successives qu'elle a subies, de plus en plus dégagée des partis, saura faire le partage des responsabilités et mesurer, au moment opportun, la juste proportion des châtiments nécessaires.

Henri BOURASS/L

14 mars 1912.

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