LEGENDE DU "CANADA
Par hasard, j'ai lu le "Canada" ce matin, — depuis que j'ai commis le péché de fonder un journal, il faut bien que je lise les autres, de temps en ternes — et je constate que l'organe du ministère veut, à toute force, entretenir la légende qu'il a créée: à savoir, que la flotte qu'on allait construire serait une flotte canadienne, sous le contrôle du gouvernement canadien, pour la seule protection du Canada. Ce matin, — comme ces poltrons qui chantent à tue-tête en passant devant les cimetières, afin de se faire oublier qu'ils ont peur des morts, — ce matin, le "Canada" va encore plus loin. Il affirme tranquillement que le texte que je viens de lire nous place ni plus ni moins que dans la position d'une nation indépendante, alliée à la Grande- Bretagne, qui s'engagerait par traité à joindre ses forces navales aux forces anglaises en cas de guerre.
Du reste, voici le langage du "Canada" :
LE PROJET DE LOI NAVALE
"Voilà qui garantit bien que notre milice navale ne pourra jamais être appelée en service actif sans le consentement du peuple canadien.
"Nous sommes ainsi placés ni plus ni moins que dans la position d'une nation indépendante alliée à la Grande-Bretagne, qui s'engagerait par traité à joindre ses forces navales aux flottes anglaises, en cas de guerre. ' '
S'imagine-t-on le gouvernement belge ■oumettant au parlement de Bruxelles un texte de loi qui l'autorise, en cas de guerre, d'invasion ou d'insurrection dans toutes les possessions françaises, à mettre l'armée belge au service de la république française et qui donne au ministre de la guerre, à Paris, à compter du moment de la mobilisation, le commandement des forces belges?
La république de Saint-Marin ne voterait pas un texte comme celui-là et ne mettrait pas à la disposition du roi d'Italie les cinq ou six hommes de police qui gardent son territoire, dans des termes aussi abjects que ceux dont le gouvernement se sert pour sacrifier l'autonomie de notre pays.
J'ai voulu souligner, en passant, le genre d'arguments que le ministère inspii'e à ses organes, à ceux qu'il charge d'aveugler la province de Québec.
Evidemment, le premier-ministre croit que dans sa "chère vieille province" on peut impunément se moquer de l'histoire, de la loi et même du simple bon sens, et que ses "chers compatriotes" sont ' l emplissables" à merci.
( Pardon du mot ! ) .