A QUI APPARTIENDRA CETTE FLOTTE
Ainsi, le but de cette marine n'est, pas de défendre nos ports, notre commerce, nos côtes ; c'est de remplacer dans la flotte anglaise l'escadre de l'Atlantique et l'escadre du Pacifique, que? l'amirauté anglaise enlevait, il y a ..quelques années, sans consulter le gouvernement ni le parlement canadien.
Quant à l'usage que le gouvernementbritannique entend faire de cette flotte, je ne vous lirai que deux lignes, lesi deux dernières, du rapport de M. Mc- Kenna.
Ijf Le parlement canadien n'avait pas été-
[consulté, la presse ministérielle nous-
vclamait partout, sur tous les tons, que
M. Borden et M. Brodeur, à Londres,
sauraient bien défendre nos droits ; et
(1) Rapport de la conférence, déjà cité,, page 32.
(2) Texte anglais, non revisé, des débat» de la Chambre, col. 1793.
au même moment, le ministre de la Marine britannique mouvait écrire sous sa signature :
"IL A ETE RECONNU PAR LES GOU- VERNEMENTS COLONIAUX QU'EN TEMPS DE GUERRE LES FORCES NAVALES LO- CALES DEVRAIENT ETRE SOUS LA DI- RECTION GENERALE DE L'AMIRAUTE." (1)
Sans doute, en temps de paix le Canada garde la direction de sa flotte ; mais, je vous le demande, une marine de guerre est-elle faite pour la paix ou pour la guerre?
On réserve peut-être à certains ministres et députés ministériels l'usage
des "Bristols" et des contre-torpilleurs pour aller faire les campagnes électorales le long des côtes du comté de Gaspé; mais je ne crois pas que ce soit le but principal de cette entreprise nationale ni son résultat le plus utile.
Et quand on vient nous demander, au nom de nos devoirs de citoyens britanniques, comme une obligation contractée envers la couronne d'Angleterre, de bâtir une flotte de guerre, je crois que c'est pour la guerre. Et si, dès le mois de juin, le gouvernement avait reconnu aux autorités britanniques que toujours, en temps de guerre, cette flotte «erait sous la direction de l'amirauté -anglaise, je vous le demande, que devient alors notre marine canadienne, sous l'autorité du gouvernement canadien, pour la défense du Canada?
C'est ce qu'aucune puissance européenne n'a jamais imposé à ses colonies. Ni l'Espagne ni la France, au temps de leurs ox^pires coloniaux conçus «et gouvernés sous la pensée de monarques autocrates, — ni l'Espagne de Charles- Quint, ni la France de Louis XIV n'ont jamais demandé ni imposé à leurs colonies une condition comme celle à laquelle deux de nos ministres sont allés consentir sans avoir reçu aucun mandat, ni d"i peuple, ni du parlement, alors que le grand charmeur se promenait dans le pays, disant: " Soyez tranquilles, je sauvegarderai votre autonomie", et que les Canadiens, toujours bons enfants, répétaient: "Tant que Laurier est là, il n'y a pas de danger".