LA CONSCRIPTION NAVALE
Pour faire accepter son projet de loi, M. Laurier l'a fait précéder d'observations où il a beaucoup insisté sur le fait que, d'après cette nouvelle loi, il n'y aurait pas de conscription pour forcer les Canadiens à. s'embarquer sur ces vaisseaux.
Vraiment ! Nous en sommes rendus au point où le premier-ministre est obligé de déclarer qu'il ne rétablira pas le droit de presse, aboli en Angleterre il y a près d'un siècle; qu'il ne reviendra pas au régime des galères de Richelieu et de Louis XIV!
Mais la conscription navale n'existe dans aucun pays du monde, — ni en France, ni en Allemagne, ni en Russie!
Et il est souverainement absurde de prétendre que nous n'entrons pas dans le " tourbillon du militarisme" parce que nous n'avons pas la conscription navale.
L'Angleterre est, de toutes les nations du globe, celle à qui sa flotte est le plus essentielle pour la défense de son territoire, de son commerce et de son pain quotidien; et cependant l'Angleterre n'a pas plus la conscription navale que la conscription de l'armée.
LE SENTIMENT ANTI-MILITA- RISTE
Le ministre de la marine, M. Brodeur,— dont je ne veux ce soir dire qu'un mot, car je sais qu'il est malade; et ni mes habitudes ni mon tempérament ne me portent à attaquer des adversaires couchés, — M. Brodeur nous disait, il y a peu de temps, que ceux qui soulèvent les passions de la foule
LE PROJET DE LOI NAVALE
en les effrayant avec le spectre du militarisme sont de mauvais citoyens.
Ma foi, il est évident que la notion des devoirs civiques est aussi profondément changée dans notre sphère politique que la notion du devoir
envers 1' Angleterre. Il n'y a pas très longtemps, si je me souviens, que tout le
parti libéral, auquel j'appartenais, dénonçait le gouvernement conservateur parce qu'en 1895 M. Desjardins dépensait un million pour acheter des fusils.
Si le militarisme, sous un gouvernement conservateur, était un crime, devient-il une vertu sous un ministère libéral ?