CONSEQUENCES POUR L'EMPIRE
Quelles seront, au point de vue impérial, les conséquences de la politique qu'on nous impose?
M. Laurier — il n'était pas alors chevalier de Saint-Michel et de Saint- Georges — disait à Boston, en 1891, que jamais le Canada ne consentirait à la fédération impériale, même sur des bases purement commerciales, parce que la conséquence serait d'entraîner le Canada à prendre part aux guerres de l'Empire, et que jamais — et il faisait sans doute alors ce beau geste du mouchoir et du revers de l'habit avec lequel il a si souvent amolli nos courages et désarmé nos méfiances — JA- MAIS, disait-il, le Canada n'y consentira.
Et en 1910, le 12 janvier, le même sir Wilfrid Laurier, — devenu chevalier de Saint-Michel et de Saint-Georges, — accepte et proclame qu'en principe nous devons prendre part à toutes les guerres de l'Angleterre, sans en avoir obtenu une seule faveur commerciale, sans même avoir demandé le droit d'être représentés dans les conseils qui décideront de ces guerres, de leur préparation, de leur direction, de leur règlement, et des traités et des alliances qui en sont les causes ou les résultats.
Croyez-vous, messieurs, que cette politique en restera là?
Ici encore, ouvrez les pages de l'histoire d'Angleterre ; je dirai plus, tâtez le pouls de l'Anglo-Saxon, anaysez les pensées et les instincts divers de cet être puissant, qui a bien, ma foi, mérité de dominer le monde; et vous constaterez que toute son histoire, comme toute sa vie, est un ballottement, mais un ballottement bien équilibré, entre sa passion et sa raison, entre son enthousiasme et son bon sens, entre son patriotisme et son instinct des " affaires".
Et vous conclurez avec moi que si la politique de M. Laurier est acceptée, il s'ensuivra immédiatement, au Canada, une agitation pour obtenir un tarif de faveur réciproque entre la Grande-Bretagne et ses colonies.