OPINION DE SIR EDWARD BRADDON
Le Times du 26 juin publiait le compte-rendu d'une interview que sir Edward BRADDON, premier-ministre de la Tasmanie, avait accordée à un reporter de l'Agence Reuter. Au sujet de la défense impériale, M. Braddon déclara : \
Mon opinion reste à peu près ce qu'elle était au moment de la conférence des premiers-ministres d'Australie, tenue, l'an dernier, à Sydney. Il fut alors reconnu que, jusqu'à ce que les colonies fussent fédérées, il serait difficile d'organiser un système régulier de défense. Pour qu'une force armée soit efficace, il est essentiel qu'elle soit sous la direction d'un seul officier ayant le grade de commandant -en-chef. Actuellement, chaque colonie possède sa petite armée, composée surtout de volontaires, sous l'autorité d'un commandant local. Il me semble que, pour des raisons multiples, la fédération doit passer avant tout projet sérieux de défense de l'Empire.
Abordant la question plus vaste de la fédération impériale, sir Edward Braddon dit :
Il est indubitable que cette question a fait de grands progrès et que la réception magnifique que les premiers-ministres des colonies ont reçue le jour du Jubilé a fortifié le sentiment favorable à la Fédération impériale. Les conférences avec M. Chamberlain et l'échange mutuel de nos opinions devront aussi activer le mouvement. Aux colonies, un
certain nombre de gens s'opposent à la Fédération impériale ; beaucoup la favorisent.. Quant aux premiers-ministres coloniaux, tout ce qui se passe en ce moment, à Londres, développe l'idée que le nombre de ceux qui désirent l'exécution de ce projet va se trouver considérablement accru. Mais la Fédération impériale doit avoir une croissance normale ;.
on ne saurait l'accomplir par un coup-de-main Pour être complète, la Fédération
impériale doit comporter la création, à Westminster, d'un parlement fédéral où les colonies seront amplement représentées. Il est manifeste que ceci ne peut s'effectuer tout à coup. Mais peu à peu, par un conseil impérial ou par un autre mode, le but peut être atteint, lorsque le Royaume-Uni et les colonies en sentiront la nécessité. En Tasmanie, je crois que si la question était soumise au peuple, on constaterait que la majorité désire une Fédération impériale.
DOUCHE DE SIR MICHAKlv HICKS BKACH
Au milieu des épanchements d'amour tendre qui marquaient chacune des nombreuses rencontres des hommes d'Etat britanniques et des délégués coloniaux, sir Michael HICKS BEACH, Chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances), vint à propos jeter une douche froide sur ces ardeurs juvéniles. On trouvera, aux autres chapitres, plusienrs extraits des discours prononcés par cet homme d'Etat éminent, l'un des plus fermes et des plus écoutés parmi les leaders du parlement. Le trait caractéristique des déclarations du chancelier, c'est la précision avec laquelle il exprime sa pensée. Il n'a jamais manqué l'occasion de bien définir son attitude sur la question impérialiste : c'est que les colonies doivent contribuer à la défense de l'Empire, fournir à l'Angleterre des marins, des soldats et de l'argent ; mais qu'elles ne doivent rien attendre en retour,
Le 30 juin 1897, sir M. HICKS BEACH était l'hôte d'honneur d'un banquet, à l'Hôtel Cecil, à Londres. Après avoir signalé, dans la célébration du Jubilé, la manifestation du sentiment populaire, en Angleterre et aux colonies, en faveur d'une union plus intime, il disait :
Un autre point mis en lumière par les fêtes récentes, c'est notre marine,dont ils ont pn — [les délégués des colonies] — constater la puissance, samedi dernier ; cette marine est une source d'orgueil pour eux et peut -^tre une légère cause de jalousie pour l'étranger. Notre flotte coûte aux contribuables de la Grande-Bretagne £22,000,000 par année. Notre marine ne défend pas seulement les côtes du Royaume-Uni : elle protège notre commerce dans le monde entier et principalement notre commerce avec les colonies ; elle aiderait aussi les colonies à repousser toute invasion étrangère. Les colonies forment toutes de grandes nationalités toujours croissantes. On a tout récemment appelé le Canada une nation, et cette appellation est exacte ; mais le Canada paie-t-il sa part du coût de la marine impériale ? Lorsqu1 on en viendra à parler affaires, voilà une question que les ministres de Sa Majesté et les représentants de leurs grandes colonies autonomes devront discuter à fond ; et j'ai confiance qu'elle sera résolue d'une manière satisfaisante.
Considérons en outre la question commerciale. Je crois qu'il n'est guère d'idée plus fascinante que celle d'un zollverein impérial ; mais jusqu'ici les propositions qui nous sont venues des colonies à se sujet étaient toutes contraires à la politique libre-échangiste bien définie de V Angleterre. Récemment, néanmoins, le Canada a fait une proposition d'un genre tout à fait différent, qui ne violera pas la politique établie. Cette proposition reconnaît les avantages considérables que le Canada a trouvés, comme nos autres colonies, dans le régime des ports libres de notre pays ; et le Canada nous rend la pareille,
au moins dans une certaine mesure, en entr 'ouvrant ses ports à notre pays. C'est là une entente sur le terrain d 'un bénéfice mutuel, qui me semble plus possible que tout ce qu'on a proposé jusqu'ici, — bien qu'il y ait encore des obstacles sur la route. Je crois que les fêtes de cette année nous ont fait avancer dans la voie de la Fédération impériale. Elles nous ont fait comprendre, je pense, non-seulement les grands intérêts qui nous sont communs, mais aussi les principes d'où découle cette communauté d'intérêt : le principe de l'Empire et celui de la liberté. — {Times, ier juillet 1897).
LES PREMIERS MINISTRES DES COLONIES A ' ' MANSION HOUSE ' r
1er Juillet 1897.
En proposant la santé des premiers ministres coloniaux, le Lord- Maire dit :
Nous sommes fiers de reconnaître la même Souveraine, de parler la même
langue, d'être unis dans une même liberté sous une monarchie constitutionnelle, et de marcher chaque jour, la main dans la main, pas à pas, vers le but suprême, vers une fédération impériale qui ferait de cet Empire, couvrant déjà un sixième de tout le globe, le plus grand Empire que le soleil ait jamais éclairé. . . .
SIR WILFRID LAURIER : Je ne puis que remercier le Lord Maire des paroles qu'il a prononcées à l'endroit des colonies. Le Lord Maire a dit que nous étions tous des Anglais assis à cette table. Je le remercie de tout cœur de ces paroles. Je ne puis réclamer le privilège d'une origine anglaise puisque je suis d'origine française. Je me glorifie de descendre de cette grande nation qui fut, pendant tant d'années et de siècles, la rivale de la Grande Bretagne. Je suis fier de mon origine ; mais je suis britannique dans l'âme (British to the coré). {Times, 2 juillet 1897).